Emmanuel-Philibert, duc de Savoie - Emanuele Filiberto, duca di Savoia

Emmanuel-Philibert, duc de Savoie - Emanuele Filiberto, duca di Savoia





Emanuele Filiberto, piazza San Carlo, Torino.

La statue équestre du duc commémore son entrée solennelle à Turin le 7 février 1563 ; elle le représente remettant l'épée au fourreau et arrêtant son destrier pour toujours.



Emmanuel-Philibert (1553 - 1580) et la restauration de l'Etat savoyard par l'archiviste et historien Roger Devos + [notes Alain Cerri]


(Histoire de la Savoie, tome III : La Savoie de la Réforme à la Révolution française, Ouest-France, 1985)



Victime de l'affrontement des deux plus grandes puissances européennes, l'Etat savoyard dut en grande partie sa restauration à l'énergie et à l'intelligence d'un prince qui ne désespéra jamais de son destin. Spolié de la plus grande partie de ses terres, dénué de ressources, Emmanuel-Philibert comprit qu'il pouvait au moins se servir de sa qualité de neveu de Charles Quint pour briller dans le service des armes et, en devenant un des grands capitaines de son temps, tenter de reconquérir son héritage à la pointe de son épée, illustrant par là sa fière devise : Spoliatis arma supersunt. Mais il eut la sagesse de limiter ses ambitions au possible, préférant les lenteurs diplomatiques aux folles entreprises guerrières. Sans renoncer à jouer un rôle important sur la scène européenne, il sut consolider un présent qui ne le satisfaisait pas entièrement pour réserver l'avenir. [...] son règne prudent [...] [fit] entrer résolument l'Etat savoyard dans les temps modernes.

Né à Chambéry le 8 juillet 1528, Emmanuel-Philibert, par suite de la mort de ses deux aînés, resta, dès 1536, le seul espoir du malheureux Charles III. C'est Aymon de Genève, baron de Lullin, ancien bailli de Vaud, le fidèle entre les fidèles, qui fit du garçon chétif, couvé par une mère qui avait vu mourir tous ses enfants, un prince habile à tous les exercices corporels, sachant dominer la fatigue et la souffrance grâce à une volonté de fer, trait dominant de son caractère. Son éducation ne fit de lui ni un lettré ni un artiste, mais son intelligence lui permit [...] de s'intéresser à tous les problèmes de son temps. [...] Il parlait couramment le français et l'italien et, à la cour de Charles Quint, il apprit l'espagnol, l'allemand et le flamand.

A dix-sept ans, en mai 1545, il part rejoindre l'empereur qui s'apprête à combattre la ligue de Smalkalde. Dans l'esprit de son père, qui l'aime tendrement comme en fait foi leur correspondance, il ne s'agit que d'une ambassade, mais, en fait, c'est le début d'une longue aventure militaire pour le jeune prince décidé à ne pas s'arrêter avant d'avoir reconquis son héritage. Charles Quint lui donne sa chance et, à la bataille de Muhlberg, le 13 avril 1547, Emmanuel-Philibert commande l'arrière-garde de l'armée impériale. [Après moult voyages et batailles, il] reçoit des Catalans le surnom de Testa di ferro. [...] [En 1553,] Charles Quint le nomme, à vingt-cinq ans, capitaine général de l'armée des Pays-Bas [...] [Après] la mort de son père, survenue le 16 septembre 1553 [...], [...] il est officiellement investi du duché de Savoie par Charles Quint le 15 juillet 1554 [...] Le 27 octobre 1555, Philippe II le nomme gouverneur des Pays-Bas.

[...] au début de 1557, commence le dernier épisode des guerres d'Italie qui se joue en fait dans le nord de la France. [...] [A la tête d'une armée,] Emmanuel-Philibert se dirige sur Saint-Quentin défendu par l'amiral de Coligny et, par un habile mouvement tournant, taille en pièces l'armée du connétable de Montmorency venue au secours de la place. [...] Profitant de cette déroute française, Emmanuel-Philibert veut marcher sur Paris, mais l'argent et les vivres manquent. [...] [Au traité du Cateau-Cambrésis en avril 1559, le duc, qui épouse Marguerite de France, fille de François 1er, recouvre le Piémont, la Savoie, la Bresse et le Bugey, mais la France conserve en gage les cinq places fortes de Turin, Chieri, Pignerol, Chivasso et Villanova d'Asti.] [En 1562,] Emmanuel-Philibert joue habilement des difficultés françaises [...] [et obtient la restitution de quatre places fortes dont Turin qui devient capitale de l'Etat savoyard restauré]. [S'il abandonne le pays de Vaud, il récupère le nord de la Savoie et trouve un modus vivendi avec les Suisses.]

Fort de l'expérience acquise dans l'entourage de Charles Quint et de Philippe II, puis comme gouverneur des Pays-Bas, Emmanuel-Philibert s'applique à faire de son héritage, restitué pour l'essentiel, un Etat moderne et centralisé sur le modèle des grandes monarchies européennes [Conseil d'Etat, Sénat, Chambre des comptes, réforme fiscale, impulsion économique...]. Il est le premier duc de Savoie à gouverner d'une manière absolue. [...] [Les Trois Etats se réunissent pour la dernière fois : en Piémont, en 1560 ; en Savoie, en 1561 ; en Bresse, en 1569.] Le duc a conscience désormais de posséder, de droit divin, la totalité du pouvoir dont il délègue l'exercice à ses magistrats et officiers sans le partager avec eux.

Emmanuel-Philibert a la sagesse de ne s'engager dans aucun conflit majeur et [l'Etat savoyard] connaît sous son règne vingt années de paix. Mais la situation sur la frontière française est explosive par suite des guerres civiles [...] [Aussi le duc dote-t-il son Etat] d'une armée permanente et d'une milice [...] [ainsi que d'] une ceinture de forteresses [...] et même d'une marine.





Henri Menabrea, dans Histoire de la Savoie, écrit : Emmanuel-Philibert avait toujours été sombre ; il le devint plus encore pendant ses dernières années. Son veuvage l'avait attristé, son salut éternel le préoccupait et la lassitude, peut-être même le dégoût des hommes lui étaient venus [...] Il ne négligeait aucun de ses devoirs de chef, mais il cherchait la solitude [...] Sa première devise est un cliquetis d'épée ; la dernière est plus intime et secrète : Perficior. Il mourut le 30 août 1580.




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