History of Savoy - Histoire de la Savoie

History of Savoy - Histoire de la Savoie

Page Alain Cerri : modifiée le 5 août 2016.



Allobroges vaillants ! dans vos vertes campagnes,
Accordez-moi toujours asile et sûreté,
Car j'aime à respirer l'air pur de vos montagnes ;
Je suis la Liberté ! la Liberté !



(Le chant des Allobroges, hymne de la Savoie sur Youtube) (Historique et différentes versions du chant des Allobroges)



D'emblée, soyons clair : un Savoyard ou Savoisien ou Savoyen est un natif de Savoie ;
un pur Savoyard est une fiction. Mais, pour faire un Savoyard, peut-être faut-il aussi un sentiment d'appartenance à la Savoie !


Carte de la Savoie (serveur Savoie) et des zones franches

Savoy, a historical region - La Savoie, une région historique

Le duché de Savoie vu par l'historien Paul Guichonnet

Le caractère savoyard selon Paul Guichonnet

Etats de la maison de Savoie

La devise de la maison de Savoie

Les princes qui ont fait la Savoie par l'historien Bernard Demotz

Le francoprovençal par la linguiste Henriette Walter

Liste de liens




Carte de la Savoie (serveur Savoie) et des zones franches


(Dès le XIIe siècle, la maison de Savoie adopte les armoiries du Saint Empire romain germanique et hésite longtemps entre deux bannières impériales : la bannière traditionnelle de l'empereur à aigle de sable en un champ d'or, attachée au comté de Maurienne, et sa bannière de guerre à croix d'argent sur champ de gueules qui s'impose sous Amédée V au début du XIVe siècle.)


Les départements actuels de la Savoie et de la Haute-Savoie en France correspondent :

  • en 1416, lors de l'érection du duché de Savoie, aux bailliages de Chablais, Faucigny, Genevois et Savoie (avec la Tarentaise et la Maurienne) ;

  • de 1718 à 1792, dans le royaume sarde, au duché de Savoie avec les intendances de Chablais, Faucigny, Carouge (1780), Genevois, Savoie propre, Tarentaise et Maurienne ;

  • de 1818 à 1860, au sein du royaume de Piémont-Sardaigne, au duché de Savoie avec les provinces de Chablais, Faucigny, Carouge (jusqu'en 1837), Genevois, Haute-Savoie, Savoie propre, Tarentaise et Maurienne.


    (Mon arrière-grand-père paternel, Albert Volland, était douanier à la limite de la grande zone franche de Haute-Savoie à Thorens-Glières.)




    Savoy, a historical region - La Savoie, une région historique





    Traduction en français.



    Savoy (originally a small land, an ancient pagus, then a county and, finally, a duchy, more than 4200 sq miles) is a historical region lying in the French Alps at the border of Italy and Switzerland.

    The land of Savoy was the cradle of the House of Savoy, the oldest ruling house in Europe, founded around 1000 by Humbert the Whitehanded and developed by the Counts, then Dukes of Savoy who created a sovereign state between the Kingdom of France and the Holy Roman Empire (capital Chambéry in Savoy, then Torino in Piedmont). In the beginning of the 18th century, the Dukes of Savoy became Kings of Sardinia.

    Often invaded by the French, Savoy, a duchy in the Sardinian States, was annexed by France during the French Revolution and was part of the First Empire. Afterwards, Savoy was returned to the Kingdom of Piedmont-Sardinia. But, in 1860, when the Dukes of Savoy became Kings of Italy, Savoy was given to France and the Savoyard people approved this transfer by plebiscite. From that time, the historical region of Savoy formed two French departments : Savoie (chief town Chambéry) and Haute-Savoie (chief town Annecy).



    Traduction en français.



    La Savoie (à l'origine une petite terre, antique pagus, puis un comté et, finalement, un duché de plus de 11000 km2) est une région historique qui s'étend dans les Alpes françaises à la frontière de l'Italie et de la Suisse.

    La terre de Savoie fut le berceau de la maison de Savoie, la plus vieille famille régnante en Europe, fondée vers l'an 1000 par Humbert aux Blanches Mains et développée par les comtes, puis ducs de Savoie qui créèrent un Etat souverain entre le royaume de France et le Saint Empire romain germanique (capitale Chambéry en Savoie, puis Turin en Piémont). Au début du XVIIIe siècle, les ducs de Savoie devinrent rois de Sardaigne.

    Souvent envahie par les Français, la Savoie, duché dans les Etats sardes, fut annexée par la France au cours de la Révolution française et fit partie du Premier Empire. Ensuite, elle fut rendue au royaume de Piémont-Sardaigne. Mais, en 1860, lorsque les ducs de Savoie devinrent rois d'Italie, la Savoie fut cédée à la France et la population savoyarde approuva cette cession par un plébiscite. Depuis cette époque, la région historique de la Savoie forme deux départements français : la Savoie (chef-lieu Chambéry) et la Haute-Savoie (chef-lieu Annecy).




    Le duché de Savoie vu par l'historien Paul Guichonnet



    (Histoire de la Savoie, Edouard Privat, 1973)



    Le duché de Savoie, situé à la charnière des Alpes franco-piémontaises et des Alpes centrales helvétiques, occupe une région privilégiée de franchissement entre l'axe rhodanien et la haute Italie et, à plus grande échelle, entre l'Europe nord-occidentale et la Méditerranée. D'où, dans la succession d'expansions et de compressions qui caractérisent son assiette territoriale, la fréquence des empiètements sur les espaces périphériques et les solidarités avec les contrées avoisinantes. Un peu comme la Suisse, mais avec un succès moins éclatant et moins durable, la Savoie s'est formée au long des routes et autour des cols. Elle a pu demeurer indépendante, en face des Etats riverains, en raison même de sa fonction instrumentale de gardienne des passages alpins les plus fréquentés [...]

    Berceau d'un Etat dont la direction lui échappe dès le début du XVIe siècle, la Savoie mêle ainsi son histoire à celle de la Bresse, de la Suisse romande, du Dauphiné, du Val d'Aoste et du Piémont. Il n'est pas toujours simple de distinguer en elle la province de l'Etat ni ce qui lui revient en propre dans l'évolution de la mosaïque de terres qui, du comté au duché, puis au royaume de Sardaigne, allait voir flotter l'étendard à croix blanche de sa dynastie de Chambéry à Turin, à Florence, à Naples, à Venise et à Rome...

    La Savoie conserve, dans la conscience de ses habitants, une identité fortement perçue. Elle exprime globalement l'appartenance à l'ancien duché, mais recouvre une série de variétés locales [...]

    Quand on observe les composantes fondamentales de l'histoire savoyarde, c'est l'ouverture vers l'extérieur qui l'emporte sur le repli. [...] L'émigration saisonnière, remède au surpeuplement, est un puissant véhicule de dépaysement et d'idées. La grande diaspora savoyarde peuple de ses marchands la Suisse, l'Alsace, la Franche-Comté et l'Allemagne méridionale [...]




    Le caractère savoyard selon Paul Guichonnet



    Le profond enracinement dans le terroir s'est combiné avec l'usage du monde et la séculaire appartenance à un Etat à cheval sur les Alpes pour donner au Savoyard une psychologie dont les caractères différentiels le distinguent vigoureusement de ses voisins.

    Individualiste, mais passionné de la chose publique ; humoriste plutôt que gai ; accueillant, mais d'abord réservé ; soldat courageux, c'est un esprit positif et juridique, davantage porté vers les sciences exactes et les affaires qu'enclin à la création artistique. Mais le trait distinctif de sa personnalité fut sans doute - et demeure - l'attachement au catholicisme, d'une tonalité salésienne, à la fois intransigeant dans sa rigueur morale et pragmatique dans les contingences de la vie.




    Etats de la maison de Savoie





    Etats issus du rassemblement de divers territoires par les comtes de Savoie. Occupant les deux versants des Alpes méridionales, ils voient leur centre se déplacer de la Savoie au Piémont et sont à l'origine de l'unité italienne.


    Les origines


    Implantée au sud du lac Léman, la famille des comtes de Savoie, en rivalité avec les comtes de Genève et avec les dauphins, remonte au Xe siècle. C'est en 1003 qu'une première mention de la tige de la maison de Savoie, Humbert (« comte », sans autre précision), apparaît dans une concession faite par son parent l'évêque de Belley. Comte de Belley, principal conseiller de la reine de Bourgogne Ermengarde, possessionné depuis 1014 dans le comté de Savoie (terre entre Conflans et le lac du Bourget), comte d'Aoste depuis 1023, comte de Viennois, Bugey et Sermorens depuis 1025, comte de Chablais en 1032 avec autorité sur l'abbaye de Saint-Maurice d'Agaune, Humbert soutient l'empereur Conrad II lors de la guerre de succession du royaume de Bourgogne et, en 1033, la maison de Savoie se rattache au Saint Empire romain germanique. Devenu également comte de Maurienne entre 1039 et 1043, Humbert Ier (aux Blanches Mains, selon des chroniques du XVe siècle) édifie une principauté de grande taille (entre le lac Léman au nord, la vallée de l'Arc au sud, le sillon rhodanien à l'ouest et la haute vallée du Pô à l'est) et s'assure la maîtrise des grands cols alpins (Grand et Petit Saint-Bernard, mont Cenis). Néanmoins, cet important ensemble de terres ne comprend pas encore le vaste Faucigny, le Genevois et toute la Tarentaise, mais, en 1045, Odon, le fils cadet de Humbert Ier (1003 - vers 1048), épouse Adélaïde de Suse qui apporte en dot le marquisat en Piémont et fonde, en 1064, l'abbaye de Sainte-Marie de Pignerol, future base de l'expansion savoyarde en Italie. Ainsi, l'empereur Henri IV, qui a épousé Berthe de Savoie en 1066, peut-il franchir les Alpes sans difficulté pour se rendre à Canossa. En effet, « le seigneur de Savoye est comme empereur en ses estats ».

    Les successeurs d'Humbert Ier aux Blanches Mains - notamment, jusqu'au XVe siècle, les grands souverains Pierre II, Amédée V le Grand, Amédée VI le comte Vert, Amédée VII le comte Rouge, Amédée VIII le duc-pape - accroissent le patrimoine familial. Sans supplanter le titre usuel (jusqu'au XIIIe siècle) de comte de Maurienne et marquis en Italie, le seul titre de comte de Savoie est mentionné, pour la première fois, par Amédée III dans une donation en 1143. Au XIIIe siècle, la capitale se fixe à Chambéry tandis que les premiers Statuts de Savoie, rédigés vers 1264, marquent la prépondérance du droit romain sur le droit coutumier et celle de la souveraineté sur la suzeraineté : l'Etat de Savoie est né ; châtelains, baillis et administration centrale imposent le pouvoir comtal sur vassaux et communautés. Obtenant le titre de vicaire impérial pour l'Italie du Nord, les comtes de Savoie acquièrent la Bresse, le pays de Vaud, et étendent leur domination sur le Piémont et le Valais. Au siècle suivant, les comtes, désormais princes d'Empire, contrôlent le Canavais, conquièrent le pays de Gex et le Beaujolais d'Empire, et constituent le grand Chablais savoyard. Mais la progression territoriale, due surtout à la maîtrise des cols et de la route d'Italie que les souverains ne cessent de monnayer, est freinée par la puissance de la France et de l'Empire habsbourgeois. Après la signature avec le roi Jean II le Bon des traités de Paris (1354 - 1355), où la Savoie cède le Viennois en échange du Faucigny et du pays de Beaufort, l'expansion savoyarde s'oriente vers l'Italie. L'achat du comté de Nice en 1388 donne aux Etats de Savoie un débouché maritime. Amédée VIII, qui a acquis le Genevois en 1401, obtient de l'empereur l'érection du comté de Savoie en duché (1416), domine Saluces et Montferrat, et incorpore définitivement (1419) le Piémont à ses Etats qui connaissent leur apogée au XVe siècle.


    Les conflits avec Genève et la France


    La pression française s'accentue au temps de Louis XI et l'orientation de la dynastie vers l'Italie entraîne la création d'un parti savoyard et d'un parti piémontais. Presque entièrement occupée par la France lors des guerres d'Italie (1536 - 1559), la Savoie revient, en 1559, à Emmanuel-Philibert (1553 - 1580) qui restaure l'Etat savoyard. La capitale est définitivement transférée à Turin en 1562. Dans le même temps, le développement de la Contre-Réforme (avec saint François de Sales) provoque une guerre avec Genève dont la Savoie reconnaît officiellement l'indépendance en 1603. Les conflits avec la France se poursuivent au XVIIe siècle. Après l'annexion par Henri IV des pays entre Saône et Rhône (Bresse, Bugey et pays de Gex) [1601] en échange du marquisat de Saluces, la Savoie abandonne à la France la forteresse de Pignerol (1631) et le pays, entré dans les coalitions formées contre Louis XIV, est occupé à deux reprises (1690 - 1696 et 1703 - 1713) par les Français.


    Les Etats sardes (1718 - 1861)





    Le traité d'Utrecht (1713) attribue à Victor-Amédée II une partie du Milanais et surtout la couronne de Sicile, échangée contre la Sardaigne en 1718. Les Etats de Savoie prennent alors le nom d'« Etats sardes ». Duc de Savoie, prince de Piémont et roi de Sardaigne (1720 - 1730), le souverain modernise les institutions et entreprend des réformes libérales. Le royaume, qui s'agrandit en 1738 et 1748 jusqu'au lac Majeur et au Tessin aux portes de Milan, devient un véritable laboratoire de l'« absolutisme éclairé » en Europe (justice fiscale, abolition des droits seigneuriaux, enseignement d'Etat...). Toutefois, le despotisme éclairé prend fin avec Victor-Amédée III (1773 - 1796) qui redoute la contagion de la Révolution française. Le duché de Savoie est occupé et annexé par les Français (1792 - 1793), puis officiellement cédé à la France en 1796 quand le Piémont est envahi par les troupes de la campagne d'Italie. Victor-Emmanuel Ier (1802 - 1821) recouvre la totalité de ses Etats en 1815 et le congrès de Vienne lui attribue la République de Gênes. Cependant, une insurrection révolutionnaire l'oblige à abdiquer en 1821. Charles-Albert (1831 - 1849) accorde une Constitution libérale (le Statuto, qui va constituer, pendant une centaine d'années, la loi fondamentale du royaume d'Italie) et entre en lutte avec l'Autriche. Mais, battu à Custozza et Novare (1848 - 1849), il abdique en faveur de Victor-Emmanuel II (1849 - 1878). Celui-ci s'appuie sur Cavour pour réaliser l'unité italienne. En 1859, le Piémont s'empare de la Lombardie avec l'aide de Napoléon III. Les plébiscites de mars 1860 rattachent Parme, Modène, la Romagne et la Toscane au royaume. En contrepartie de son concours, Napoléon III exige la cession du duché de Savoie et du comté de Nice, lesquels sont remis à la France par le traité de Turin du 24 mars 1860, confirmé par des plébiscites en avril. Le résultat favorable à l'Empire français conservateur est acquis grâce à l'action des agents de Paris et des notables locaux (grands propriétaires terriens et clergé catholique) qui, contre les voeux des bourgeois libéraux, entraînent leur clientèle et la masse paysanne hostile à la politique religieuse de Cavour. Après les plébiscites de l'automne 1860, qui entérinent l'annexion du royaume des Deux-Siciles et des provinces pontificales des Marches et de l'Ombrie, Victor-Emmanuel II est proclamé roi d'Italie par le premier Parlement élu (1861), confondant la destinée des Etats sardes avec celle de l'Italie.




    La devise de la maison de Savoie



    Sur les monnaies du duc Amédée VIII, apparaît le mot Fert (« Il porte, il supporte, il remporte ») qui est, à l'origine, la devise de l'ordre de l'Annonciade créé en 1362 ou 1364 par le comte Amédée VI sous le nom d'ordre du Collier ou du Lac d'Amour et renouvelé sous son nom moderne en 1518 par le duc Charles III, puis en 1869 par le roi Victor-Emmanuel II. Fert est considéré comme un acronyme, en tout cas à partir de 1392 où Boldù y voit la contraction de Fortitudo Ejus Rhodum Tenuit (« Sa vaillance a sauvegardé Rhodes »). Cette interprétation fait référence à un exploit prétendu d'Amédée V qui, apprenant que Rhodes était sur le point d’être enlevée aux Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem (les chevaliers de Rhodes) par le sultan ottoman, aurait volé au secours de cette île et forcé les Turcs à se retirer, mais cela relève de la légende. Cela dit, Amédée VI a été le seul prince d'Occident à réussir une arrière-croisade en 1366 - 1367, laquelle a assuré avec efficacité à la fois la défense de la chrétienté contre une menace musulmane redoutable et l'unité de cette même chrétienté dans ses éléments grec et latin (Bernard Demotz, voir ci-dessous). En effet, Amédée VI a repoussé les Turcs, délivré Byzance, puis l'empereur Jean V Paléologue, fils d'Anne de Savoie, prisonnier des Bulgares, en s'emparant de plusieurs places fortes turques et bulgares.

    Cependant, comme Albèri fait observer que le terme Fert se trouve gravé sur le tombeau de Thomas II dans la cathédrale d'Aoste (les paléographes y voyant plutôt l'abréviation de Feliciter mal recopiée), Favin et Guichenon pensent qu'il serait la devise d'un ancien ordre du Lac d’Amour et que ses quatre lettres signifieraient : « Frappez, Entrez, Rompez Tout », ce qui semble plus conforme à l’esprit de l’ancienne chevalerie, mais paraît peu probable, car, à coup sûr, ces mots n’étaient pas en français. Aussi d'autres significations ont-elles été envisagées : Fides Est Regni Tutela (« La foi est la protectrice du royaume ») ou Foedere Et Religione Tenemur (« Nous sommes tenus par l'alliance et la religion »). Toutefois, avant la fin du XIVe siècle, Fert (« Il porte, il supporte, il remporte ») n'était sans doute pas un acronyme...




    Les princes qui ont fait la Savoie par l'historien Bernard Demotz



    (Histoire de la Savoie, tome II : La Savoie de l'an mil à la Réforme, Ouest-France, 1984)



    Durant plus de deux siècles (de la fin du XIIe au milieu du XVe siècle), la Savoie a eu la chance exceptionnelle d'être dirigée par une lignée presque ininterrompue de chefs d'Etat de valeur. Par-delà les différences des tempéraments entre les fougueux (Pierre II, Edouard) et les calculateurs (Philippe, Amédée VIII), il est stupéfiant de constater combien est assurée la continuité politique sans laquelle rien de sérieux ne se réalise. Hommes d'Etat, les Humbertiens utilisent continuellement les ressources du droit féodal pour assurer leur suzeraineté sur les seigneurs et, en même temps, ils prennent appui sur les communautés rurales et urbaines, tout en mettant en place un encadrement administratif lui-même très contrôlé. Chefs de guerre, ils savent mener avec discernement une politique de fortification très dense et ils conduisent au succès des troupes combatives, entraînées et disciplinées, soit en refoulant leurs adversaires, soit en mettant leur épée au service de souverains moyennant finances. Diplomates, ils usent avec virtuosité de la politique traditionnelle des alliances : ils se font reconnaître comme les représentants de l'empereur (vicaires impériaux), mais ne négligent pas les relations avec la papauté ; ils soutiennent politiquement et militairement les Plantagenêts ou les Valois, mais rééquilibrent alors les alliances en Italie ; ils donnent priorité à l'Occident médiéval, mais songent à une politique de l'Orient vers Byzance. Ainsi obtiennent-ils les droits et les fonds qui permettent la grande expansion territoriale. Il serait donc simpliste de croire qu'ils attendent passivement les occasions. Ce sont des hommes énergiques qui se dépensent beaucoup pour assurer leur fortune et celle de tous ceux qui les suivent, et surtout pour rallier un nombre croissant de dépendants dans toutes les Alpes occidentales et dans les avant-pays situés de part et d'autre, voire dans le Jura. Ce sont des hommes prudents, agissant lorsque le droit coutumier ou romain le permet, s'arrêtant lorsque les inconvénients l'emportent sur les avantages ou lorsqu'un voisin devient trop dangereux. Ce sont enfin des hommes de terrain d'une façon qui va même au-delà des habitudes des princes médiévaux.




    Le francoprovençal par la linguiste Henriette Walter



    (L'aventure des langues en Occident, Robert Laffont, 1994)



    Si le francoprovençal - parlé en France, mais aussi en Italie et en Suisse - a aujourd'hui du mal à survivre, c'est qu'aucun de ses dialectes n'a pris de véritable importance, alors qu'ils avaient été parlés dans de grandes capitales régionales comme Lyon ou Genève. Mais, dès le XIVe siècle, aussi bien Lyon que Genève avaient favorisé la pénétration, puis la diffusion du français. C'est donc sans doute en raison de sa grande fragmentation en de multiples dialectes que le francoprovençal a subi une régression qui se poursuit et s'accélère irrémédiablement depuis un siècle.



    (Le français dans tous les sens, Robert Laffont, 1988 + notes Alain Cerri : A.C.)



    (Parmi les parlers romans, entre la zone des dialectes d'oc et celle des dialectes d'oïl, A.C.) le francoprovençal s'étend sur trois pays européens :
    - en France, dans le Lyonnais, la Savoie, le nord du Dauphiné et une partie du Forez et de la Franche-Comté ;
    - en Suisse romande, c'est-à-dire dans les cantons de Neuchâtel, de Vaud, de Genève, de Fribourg et du Valais ;
    - en Italie, dans le Val d'Aoste.

    [...] La spécificité de ce domaine n'a été reconnue que depuis un siècle et la graphie francoprovençal, en un seul mot, sans trait d'union, est un moyen pour les spécialistes de montrer l'unité d'un domaine qui n'est pas un mélange de français et de provençal et qui, selon (l'éminent linguiste, A.C.) André Martinet, serait de façon plus adéquate nommé rhodanien.


    Le nombre des patoisants s'amenuise de jour en jour, mais les patois ne sont pas morts [...] Ainsi, en 1975, il y avait encore à Saint-Thurin, petite commune de trois cents habitants dans le département de la Loire, 96 pour cent des habitants qui comprenaient le francoprovençal et 73 pour cent qui le parlaient. (En outre, selon l'Ethnologue Database, le francoprovençal est encore parlé par plus de soixante-dix mille locuteurs sur le versant italien des Alpes, A.C.)


    Il n'est pas facile de caractériser le francoprovençal dans son ensemble, car il s'est diversifié en une multitude de variétés. On peut dire qu'il a, sur bien des points, évolué dans le même sens que les dialectes d'oïl, mais avec des résultats assez différents. C'est ainsi qu'on ne trouve, en Savoie, pour le groupe CA- du latin, ni le ca- du provençal ni le cha- du français, mais une consonne th- (comme dans l'anglais thin). Ainsi CARBONE(M) a évolué en tharbon (« charbon »), CANTARE en thantò (« chanter »), CAPRAM en thèvra (« chèvre »).

    Par rapport aux autres parlers gallo-romans, on peut caractériser sommairement le francoprovençal en disant que c'est une langue d'oc influencée très tôt par les parlers du Nord : oc « oui » y est devenu oua [...], mais dans des conditions particulières [...]

    Certains traits opposent le francoprovençal aussi bien au provençal qu'au français : balma, qui désignait la caverne, y a gardé son -l- [...]

    Comme le provençal, le francoprovençal conserve les voyelles inaccentuées finales que le français a perdues [...], mais les voyelles conservées ne sont pas identiques [...]



    Arvi à tôs ! et souvenez-vous : Tan mé on brafe la merda, pè mandre lè chouan.




    Liste de liens internes



  • Emigration et immigration en Savoie.

  • Photos et histoire d'Annecy.

  • Photos du lac d'Annecy.

  • La bataille des Glières.

  • Mon père Roger dans la Résistance en Savoie (Glières).

  • Mon père Roger dans la bataille du mont Froid en haute Maurienne.



    Liste de liens externes



  • Serveur Savoie de Robert F. Jeantet.

  • Savoie lecture.

  • Le francoprovençal dans l'Ethnologue Database.

  • Le site de l'arpitan en France, Suisse et Italie.

  • Breve storia di Torino (capitale historique de 1562 à 1860 pour la Savoie).




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    General contents - Table générale des matières.


    Alain Cerri : E-mail.


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