La bataille des Glières

 

La bataille des Glières

Vivre libre ou mourir (devise du maquis des Glières)

Page établie en mars 1996, modifiée la dernière fois le 31 octobre 2019.

 

Table des matières

 

Glières fut une grande bataille dans la guerre psychologique (conquête de l'opinion et soutien des Alliés)

Défaite des armes, mais victoire des âmes. Romans-Petit, chef de l'Armée secrète dans l'Ain et en Haute-Savoie.

La douloureuse épopée des Glières eut un retentissement considérable. Les conséquences en furent un affermissement de prestige pour le gouvernement de la France libre et un appui accru pour nos mouvements. Alban Vistel, chef régional de la Résistance.


La flamme de la Résistance ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas. Charles de Gaulle, 18 juin 1940.

La Résistance n'a rien à gagner à prétendre imposer ce qui peut apparaître comme une légende et risque simplement, par son outrance, de minimiser la valeur du sacrifice réellement consenti par tous ceux qui ont laissé leur vie dans les combats. Henri Noguères, 1981.

L'héroïsme n'est jamais dans le nombre des morts ennemis, mais dans le risque assumé et le péril librement accepté. Henri Amouroux, 1985.

L'action armée de la Résistance intérieure, enjeu essentiel dans la conquête de l'opinion, est systématiquement exploitée dans la guerre psychologique. Pierre Laborie, 1990.

La Résistance ne fut pas un mythe, mais le métarécit convenu [...] d'un consensus favorable aux Alliés, à de Gaulle et à la Résistance, que certains historiens continuent de soutenir, [est] foncièrement erroné. Paul Abrahams, 1991.

 


La bataille des Glières en bref

La France libre ayant décidé de former des réduits dans les montagnes françaises, le plateau des Glières, homologué comme terrain de parachutage, devient, dès février 1944, une base d'opérations en vue de harceler les Allemands lors du débarquement attendu des Alliés et de montrer à ceux-ci que la Résistance est capable d'actions de grande envergure. 

Situation

Date 31 janvier - 26 mars 1944
Lieu plateau des Glières, massif des Bornes, Haute-Savoie, France

Forces en présence

env. 450 maquisards (56 Espagnols républicains, env. 80 F.T.P. communistes) SUR PLACE : env. 700 gardes mobiles, 650 GMR, puis 700 miliciens français et plus de 3000 soldats allemands

Artillerie

néant 10/12 canons de montagne de 75 mm, 2 obusiers de 150 mm

Aviation

néant 3 Heinkel 111 et 4 Focke Wulf 190

Commandants

lieutenant Tom Morel, puis capitaine Maurice Anjot intendant de police Georges Lelong, puis Generalleutnant Karl Pflaum

Pertes

env. 120 maquisards tués ou morts de la déportation
20 sédentaires tués ou morts de la déportation
env. 20 gardes mobiles, GMR et miliciens tués, 3 Allemands tués et 7 blessés (dont 5 accidentellement)



Table des matières

 

Un combat pour l'honneur (nouvelles explications et notes explicatives)

Carte de la bataille et chronologie des opérations

Opérations des bataillons allemands sur le plateau (photos et témoignages de soldats allemands)

Organigramme du bataillon des Glières

Unités de la Wehrmacht aux Glières

Pertes de la Résistance et de la Wehrmacht aux Glières

Pertes humaines en Haute-Savoie sous l'Occupation

Bilan de la bataille des Glières par l'historien Jean-Louis Crémieux-Brilhac

Bibliographie commentée, liens et documents

Effectifs des Allemands et de leurs auxiliaires français aux Glières

Les miliciens aux Glières

Le combat décisif de Monthiévret le 26 mars 1944

La 157. Reserve-Division de la Wehrmacht en mars 1944

SS-Polizei et Waffen-SS

The Battle of Glières (English and German translation)

Biographie du capitaine Maurice Anjot




Un combat pour l'honneur

(Haute-Savoie, 31 janvier - 26 mars 1944)

 

Le 11 novembre 1942, afin de prévenir un débarquement anglo-américain sur les côtes méditerranéennes, les Allemands envahissent la « zone libre ». Le 27 novembre, l'armée d'armistice est désarmée et dissoute ; le gouvernement de Vichy ordonne que les dépôts d'armes clandestins soient livrés à l'Axe. Contrairement à la plupart de ses collègues *1, le commandant Vallette d'Osia, qui vient d'être nommé chef d'état-major de la subdivision militaire de la Haute-Savoie après avoir été l'énergique et charismatique chef de corps du 27e bataillon de chasseurs alpins d'Annecy, refuse et passe dans la clandestinité où il met en place les premières structures départementales de l'Armée secrète (A.S.).

Ayant impérieusement besoin de main-d'oeuvre pour remplacer les travailleurs allemands mobilisés, le Reich pousse le gouvernement de Vichy à instaurer le Service du travail obligatoire (en Allemagne), le S.T.O. : par une loi du 16 février 1943, complétée par deux décrets d'application, trois classes d'âge sont requises, celles des hommes nés en 1920, 1921 et 1922. Dès le mois de mars, de nombreux Savoyards refusent de partir et se cachent *2. Plus tard, des jeunes gens d'autres régions viennent en Savoie pensant que les montagnes leur offriront un abri sûr. Les Mouvements unis de résistance (MUR) et le Front national (d'obédience communiste) s'efforcent de les regrouper dans des camps et de leur donner une formation militaire, mais seule une minorité accepte de se battre *3. Néanmoins, malgré le manque de moyens et de soutien de la France libre (qui sous-estime une action favorisant l'autonomie des MUR *4), malgré la répression, les maquis se multiplient durant l'été 1943 et commencent par s'attaquer aux collaborationnistes. Comme les officiers de l'ex-armée d'armistice qui se proposent alors pour encadrer les maquisards sont très rares *5, des écoles de cadres sont créées au sein de l'Armée secrète. Vallette d'Osia ayant été arrêté en septembre, c'est le capitaine Romans-Petit (organisateur de l'Armée secrète dans l'Ain et chef de l'A.S. en Haute-Savoie de fin novembre 1943 à début février 1944) qui institue une école de cadres à Manigod dans le massif préalpin des Bornes près du plateau des Glières.

En vue de harceler l'ennemi lors du débarquement attendu des Alliés, l'Armée secrète a besoin d'armes. En effet, la plupart des dépôts clandestins de Vallette d'Osia ont été découverts par l'occupant, souvent sur dénonciation *6. Afin de prospecter la région pour y reconnaître d'éventuelles aires de parachutage, une mission est envoyée de Londres. En fait, elle est avant tout chargée d'évaluer les capacités du maquis et s'impose difficilement à la Résistance locale déjà bien organisée *7. Cette mission est composée du lieutenant-colonel anglais Heslop, dit Xavier, et du capitaine français Rosenthal, dit Cantinier (voir les citations de XAVIER). Parmi les six terrains qu'elle examine, c'est le plateau des Glières qui est homologué. En effet, ce vaste alpage, sis à 1400 mètres d'altitude au coeur du massif des Bornes, est tout à fait indiqué pour recevoir des parachutages de matériel. Relativement isolé (la route actuelle n'existe pas encore), il présente de grands pâturages assez plats éloignés des hauts sommets ; de plus, il est facilement repérable d'avion en raison de son alignement sur le lac d'Annecy.

 

Le plateau des Glières en mars 1944.

 

Fin janvier 1944, Romans-Petit confie le commandement des maquis au lieutenant Tom Morel. Ancien instructeur à l'école militaire de Saint-Cyr, celui-ci est un officier intelligent, énergique et audacieux qui a été fait chevalier de la Légion d'honneur à vingt-quatre ans sur le front des Alpes en 1940. La mission que Romans-Petit donne à Tom Morel ne consiste pas du tout à créer un camp retranché aux Glières, mais à réceptionner les parachutages promis par les Anglais. A ce sujet, dans son livre Les obstinés, publié en 1945, Romans-Petit déclare p. 70 : J'ai reçu des promesses formelles pour de prochaines opérations aériennes. [...] Xavier [le lieutenant-colonel anglais Heslop en liaison directe avec le SOE à Londres par son opérateur radio] me communique l'accord de l'état-major interallié pour le terrain de réception des Glières. Il ajoute p. 77 : Tom Morel [...] a mission de concentrer deux cent cinquante hommes environ pour assurer un plein succès aux opérations aériennes. Nous attendons en effet plusieurs tonnes d'armes qui, pour être acheminées vers leur point de destination, à travers un terrain difficile et enneigé, exigeront un personnel nombreux. Le 6 février 1944, il doit partir dans l'Ain où ses maquis sont attaqués par les Allemands (opération Korporal *8) et laisse la responsabilité du département au capitaine Clair assisté de Cantinier comme officier de liaison avec Londres. Deux jours plus tard, au cours d'une réunion tenue à Annecy, ce dernier, représentant de la France libre, convainc les autres responsables de rassembler le plus grand nombre des maquisards sur le plateau afin d'établir une base d'attaque contre les Allemands, qui montrera aux Alliés que la Résistance, sous la direction du général de Gaulle, est capable d'actions de grande envergure (voir les explications d'Alban Vistel, responsable régional de la Résistance). En effet, le 20 janvier 1944, le Bureau (français) de renseignement et d'action de Londres a prévu, entre autres, de former des réduits dans les montagnes françaises *9. Comme l'écrit très justement l'historien Dalotel, le cadre local est dépassé ; d'une part, Vichy fait de ses opérations de maintien de l'ordre en Haute-Savoie un test national, d'autre part, la France libre [...] tente quelque chose de capital *10.

 

Tom Morel.

Quand on n'a pas tout donné, on n'a rien donné. (Attribué à Georges Guynemer, tiré de l'Evangile.)

 

Le 31 janvier 1944, la Haute-Savoie est mise en état de siège par l'intendant de police Lelong. Tout individu porteur ou détenteur d'une arme encourt la peine de mort. Au même moment, trois camps de l'A.S. (environ cent vingt hommes), sous la protection du corps franc de Thônes, montent au plateau pour constituer la base d'opérations prévue. Ils sont bientôt rejoints, dès début février, par une cinquantaine de réfugiés républicains espagnols, anciens soldats aguerris, travaillant comme bûcherons dans la région, puis, fin février - début mars, par deux groupes de F.T.P. (environ quatre-vingts Francs-tireurs et partisans, d'obédience communiste *11), qui veulent aussi des armes. Tom Morel accepte toutes les bonnes volontés et se refuse à distinguer entre A.S. et F.T.P. au moment où Vichy cherche à diviser la Résistance en accusant les communistes des pires crimes. Assiégés, à partir du 13 février, par des centaines de gardes mobiles, policiers et miliciens français, les maquisards des Glières (qui seront quatre cent cinquante après l'arrivée, le 12 mars, de cent vingt hommes du Chablais et du Giffre, voir l'organigramme du bataillon des Glières), bravant le froid et la faim, réceptionnent trois parachutages : le 14 février, le 5 et le 10 mars, soit au total, selon l'historien Crémieux-Brilhac, un peu plus de trois cents conteneurs (de 150 kg chacun, donc quelque 47 tonnes en tout) *12, lesquels leur procurent de l'armement léger d'infanterie.

Après un sanglant accrochage avec les forces de l'ordre, le chef des Glières conclut un accord de neutralité temporaire avec le commandant Raulet de la Garde mobile, puis avec l'officier de paix Couret, commandant par intérim du G.M.R. (Groupe mobile de réserve de la police de Vichy) Aquitaine, mais ces engagements ne sont pas respectés par le commandant Lefèbvre revenu le 7 mars. Aussi Tom Morel décide-t-il de mener contre cette unité la première opération d'envergure du maquis des Glières. Dans la nuit du 9 au 10 mars 1944, cent cinquante maquisards cernent le village d'Entremont et capturent soixante GMR qu'ils désarment au terme d'un vif échange de tirs. Dans son carnet de route d'avril 1944, Roger Cerri, chef de groupe au corps franc de Thônes (bientôt section Saint-Hubert), écrit : Avec quelques gars, je fais le tour de la localité pour couvrir l'amont. A l'arrivée aux abords du village, la garde, qui nous a repérés, commence à tirer au fusil-mitrailleur. La riposte est immédiate. Les balles traçantes forment des arcs-en-ciel et les tas de bois servent heureusement d'abris. Enfin, au bout d'une heure, les GMR, qui ne se sentent vraiment pas en force, arrêtent le combat. Les prisonniers, les bras en l'air, sont rassemblés sur la route, armes et matériel aussi, et le tout prend le chemin du plateau. Hélas, dans notre coup de main, on déplore la mort du lieutenant Morel et de deux camarades ainsi que quelques blessés (voir le récit inédit de Roger Cerri). A la tête de la section d'éclaireurs-skieurs, Tom réussit à s'emparer de l'hôtel de France, siège de l'état-major du G.M.R.. Une violente discussion s'engage entre Morel et le commandant Lefèbvre. Sortant de sa poche un petit revolver, ce dernier tire à bout portant sur le lieutenant qui s'affaisse, tué sur le coup d'une balle en plein cœur (d'après les témoignages, entre autres, du maquisard René Dechamboux et de l'officier de paix Couret, tous deux présents). Lefèbvre est immédiatement abattu, mais la mort de Tom, remarquable entraîneur d'hommes, laisse un grand vide. Le lieutenant Jourdan-Joubert et, à partir du 14 mars, le lieutenant Bastian assurent le commandement par intérim du bataillon des Glières jusqu'au 18 mars où le capitaine Anjot (adjoint de Vallette d'Osia, puis de Clair) succède à Tom Morel.

Il était convenu entre Vichy et les Allemands que ceux-ci attaqueraient le plateau si les forces françaises ne parvenaient pas à le réduire. Deux jours après le grand parachutage du 10 mars par les avions anglais, l'aviation allemande commence à bombarder les chalets. Les GMR, puis la Milice française (organisation fasciste et antisémite, voir les miliciens aux Glières) lancent quelques assauts, mais ceux-ci se soldent par de cuisants échecs. A partir du 23 mars, quatre bataillons d'infanterie, un bataillon de sécurité et un bataillon de police allemands, accompagnés par de l'artillerie (plus de quatre mille hommes réellement engagés dans l'opération Hoch-Savoyen*13, se concentrent en Haute-Savoie où se trouvent déjà près de quatre mille membres des forces de l'ordre françaises, dont la moitié encercle le plateau des Glières (voir les effectifs des Allemands et de leurs auxiliaires français aux Glières).

Pour le capitaine Anjot, la raison commanderait de se replier pendant qu'il est encore temps. La raison, mais pas l'honneur. En effet, depuis plusieurs semaines, à l'initiative de Cantinier qui, au nom de la France libre, veut un combat exemplaire (il a même annoncé la fausse nouvelle du largage d'un bataillon canadien de parachutistes ! *14), un duel sur les ondes oppose deux orateurs de talent, Maurice Schumann pour Londres, Philippe Henriot pour Vichy *15. En France, en Grande-Bretagne et en Amérique, on apprend qu'une glorieuse rébellion a éclaté dans le Sud-Est. Manifestement, Glières est devenu un élément important de la guerre psychologique. Pour l'honneur de la Résistance, Anjot, officier expérimenté, réfléchi et impassible, se battra bien que sachant ce combat désespéré (« Sa grande idée est de sauvegarder l'honneur en épargnant le plus possible la vie des hommes », Pierre Golliet).

 

Maurice Anjot.

Ma vie importe peu si je parviens à sauver celle des autres.

 

Du 23 au 26 mars 1944, sous le commandement du colonel Schwehr, un groupement tactique de la 157e division de réserve (157. Reserve-Division) de la Wehrmacht, réunissant les quatre bataillons du 1er régiment de chasseurs de montagne de réserve (Reserve-Gebirgsjäger-Regiment 1 : Bataillon I./98, déjà stationné à Annecy, Btl. II./98, 99 et 100) et notamment deux batteries du 79e groupe d'artillerie de montagne de réserve (Reserve-Gebirgs-Artillerie-Abteilung 79), prend position autour du plateau des Glières (voir les effectifs des Allemands et de leurs auxiliaires français aux Glières). Le plan d'attaque est arrêté. Le groupe de combat (effectif d'un bataillon avec éclaireurs-skieurs en tenue blanche de camouflage) Stöckel (Btl. I./98) attaquera à partir de Thuy ; le groupe Schneider (Btl. 99) attaquera à partir d'Entremont ; le groupe Geyer (Btl. II./98) attaquera à partir du Petit-Bornand, le Btl. 100 (Kunstmann) demeurant en réserve à Thônes ; les opérations débuteront le 28 mars à l'aube *16.

Le 25 mars, l'artillerie pilonne et détruit les chalets de Monthiévret. Le 26 mars, l'aviation incendie une dizaine de chalets et mitraille les sous-bois. Tandis que de nouvelles tentatives de la Milice française sur le versant nord-ouest échouent, le commandement allemand lance deux Züge (sections) à l'attaque afin de tâter le dispositif de défense adverse aux deux extrémités du versant est, le plus accessible du plateau. En début de matinée au Lavouillon, la première Zug est repoussée par la section Liberté chérie bien retranchée dans les rochers ; en fin d'après-midi à Monthiévret (voir le combat décisif de Monthiévret), la seconde Zug (environ cinquante hommes avec quatre fusils-mitrailleurs MG 34 ou MG 42 et un lance-grenades de 50 mm) parvient à surprendre la section Saint-Hubert (dix-huit hommes avec trois F.-M. Bren) de flanc (voir la tactique de l'infanterie allemande dans l'attaque) et, malgré la contre-attaque d'une sizaine de la section Jean-Carrier, oblige les maquisards à se replier à la faveur de la nuit. Dans son carnet de route d'avril 1944, Roger Cerri, chef de groupe à la section Saint-Hubert, écrit : Vers cinq heures du soir, des coups de feu éclatent derrière nous ; l'alerte est donnée ; on ne voit rien ; un copain part en éclaireur (1 sur le croquis ci-dessous) et nous prévient qu'un nombre imposant de Boches nous ont pris à revers (2). La situation est critique : sur le grand alpage de Monthiévret, on est seulement dix-huit éparpillés en petits groupes (3, 4, 5). Les Boches, dissimulés par les arbres, avancent sans bruit. Brusquement, ils font leur apparition : les armes automatiques crépitent et les grenades explosent partout... Plusieurs camarades sont touchés. Plus de nouvelles de la première sizaine qui est avancée (5)... Les Boches projettent des grenades depuis la barre rocheuse située en arrière (6) ; la position devient intenable... L'ordre de décrochage est donné. A six, on se replie dans les rochers (7) ; une grotte nous sert d'abri (voir le récit inédit de Roger Cerri).

 

 

Voir le combat décisif de Monthiévret le 26 mars 1944.

Apprenant que les Allemands ont ouvert une brèche, mais ignorant qu'ils sont redescendus, le capitaine Anjot, qui estime l'honneur sauf, ordonne l'exfiltration du bataillon des Glières à vingt-deux heures (voir les précisions de Jean-René Bachelet, général d’armée et chasseur alpin, ancien président de l’Association des Glières). Le lendemain, les Allemands, qui ont capturé quelques hommes, s'aperçoivent que les maquisards tentent de s'échapper ; ils donnent aussitôt l'assaut général prévu pour le 28 mars, mais trouvent un plateau évacué par ses défenseurs. (En tout cas, la résistance qui leur a été opposée à Monthiévret les a certainement dissuadés d'attaquer de nouveau sur ce point.) Le chef régional de la police de sécurité (Sipo-SD de Lyon), le lieutenant-colonel SS (SS-Obersturmbannführer) Knab, adresse le télégramme suivant à ses supérieurs : [...] l'opération a démarré aujourd'hui prématurément. [...] Le colonel Schwehr a été amené à prendre cette décision lorsqu'il a été en possession de renseignements sûrs disant que les terroristes avaient reçu l'ordre de quitter le plateau isolément. [...] Il ressort des dépositions des terroristes faits prisonniers qu'en raison du feu d'artillerie du 26 mars et de l'attaque d'une section d'assaut allemande le même jour, [les chefs de] ceux-ci étaient d'avis que l'attaque générale était déclenchée et avaient donné l'ordre de décrocher dans la nuit du 26 au 27 [...]. *17

Commence alors une chasse à l'homme méthodiquement organisée. Traqués, dénoncés entre autres par les GMR prisonniers pourtant bien traités, de nombreux maquisards sont abattus ou capturés par la Wehrmacht ou la Milice française. Comme Anjot a donné l'ordre de décrocher avant l'attaque générale déclenchée le 27 mars, les Allemands, de l'aveu du Kommandeur der Sipo-SD de Lyon, n'obtiennent pas « le résultat espéré au point de vue du nombre de tués et de prisonniers ». En définitive, il y aura environ cent quarante morts (vingt sédentaires et cent vingt maquisards dont Anjot et tous ses officiers sauf deux), tués au combat, sous la torture, fusillés ou déportés (voir la liste des morts des Glières : qui, comment, par qui, quand, où). En effet, les Allemands ne considèrent pas les maquisards comme des soldats réguliers, mais comme des francs-tireurs. La région est bouleversée par cette tragédie, mais cette défaite se transforme en victoire morale (« Défaite des armes, mais victoire des âmes », Romans-Petit). Le sang des défenseurs du plateau n'a pas été versé en vain. En 1944, pour les combattants des Glières, qui ont affronté l'ennemi à visage découvert, il a racheté la mollesse et la soumission de la France.

 

18 octobre 1944, cimetière de Morette : troisième à partir de la droite, Roger Cerri porte le cercueil du capitaine Anjot, précédé de celui du lieutenant Dancet et suivi de celui du sergent Vitipon.

 

A l'époque, l'événement fait grand bruit : Radio Paris, à la solde de l'occupant, passe sous silence l'intervention allemande et crie à la victoire des forces de Vichy sur un « ramassis de lâches terroristes communistes et étrangers » qui se seraient rendus sans se battre ; au contraire, Radio Londres et Radio Alger, au service des Français libres, glorifient la résistance des patriotes qui auraient, en tenant deux semaines face à une division alpine de la Wehrmacht au complet, soutenue par des Waffen-SS et appuyée par une forte artillerie et une nombreuse aviation, « ressuscité [l'armée française] sur le sol même de la nation ». Ainsi, comme l'écrit l'historien Crémieux-Brilhac, « un épisode local de résistance [se transforme] en épopée [...] et la bataille des Glières [devient] une des phases les plus dramatiques de la guerre psychologique » *18.

Pour le chef régional Alban Vistel, il est indéniable que la douloureuse épopée des Glières eut un retentissement considérable [...] Les conséquences en furent un affermissement de prestige pour le gouvernement de la France libre et un appui accru pour nos mouvements *19.

En particulier, le grand parachutage anglo-américain du 1er août 1944 sur le plateau des Glières a permis aux résistants d'empêcher la plus grande partie des Allemands (policiers, douaniers et soldats, la plupart hospitalisés), contraints au repli par l'avance alliée, de quitter le département *20.

 

(Alban Vistel, La nuit sans ombre, p. 362)

L'idée première fut de faire du plateau des Glières le centre des parachutages. La R.A.F. jugeait périlleux le survol des Alpes ; après des tentatives malheureuses, les opérations ne furent acceptées que sur des plateaux ou des plaines. Mais, à partir de janvier [1944], l'idée évolue. Comme au Vercors, l'on suppute en haut lieu la possibilité d'y rassembler des effectifs importants, solidement armés et encadrés, protégés par les défenses naturelles. En un temps encore non précisé, l'on y parachutera des commandos, des armes lourdes. Ainsi seront créés de solides îlots qui accrocheront une partie des forces ennemies et feront peser une lourde menace sur ses arrières et ses mouvements. Cette thèse retient l'attention de la plupart des cadres d'active qui retrouvent là un schéma familier : comment ne point songer à ressusciter une unité aussi prestigieuse que le 27e B.C.A. ? De nombreux chalets offrent leur abri ; les camps étant regroupés, l'instruction des réfractaires y sera d'autant plus aisée que l'on disposera de cadres excellents ; quant aux parachutages que l'on promet massifs, ils s'effectueront en toute sécurité. De plus, au cours d'un hiver long et rude, les camps aux maigres effectifs ne pourraient offrir de résistance aux opérations répressives : ils seraient liquidés les uns après les autres. Ceux qui s'y opposent considèrent ces avantages mineurs auprès du terrible risque qui découle de la concentration de tous nos effectifs en un seul lieu. Au fond, n'est-ce pas ce que souhaite l'ennemi ? Le mouvement des camps vers le plateau ne saurait passer inaperçu ; bien informé, disposant du nombre et des moyens, il frappera durement, préférant une vaste opération à un harcèlement incessant et coûteux. Pour les nôtres, en plein hiver, dans la neige épaisse, une retraite peut se changer en désastre. Le chef régional de l'A.S., Didier, voudrait que l'on renonçât au projet, mais des considérations relevant d'un ordre qui dépasse notre terroir et nos doctrines vont l'emporter. Dans son témoignage, Jean-Paul (Guidollet), qui deviendra le chef départemental des MUR, rapporte que la décision fut prise lors d'une réunion tenue à Annecy début février [1944] avec Cantinier, Anjot, Clair ; les deux thèses s'y affrontent : Cantinier soutient avec acharnement la thèse du regroupement. « L'action de guérilla, de sabotage n'était pas suffisante. Il fallait fournir à Londres la preuve que la Résistance ne s'exprimait pas seulement en paroles, mais par des faits et qu'elle représentait une force considérable avec laquelle les Allemands devraient compter. A contrecoeur, nous avons tous décidé de nous rallier à la position catégorique adoptée par Cantinier. En ce qui me concerne, avec le recul des années, je me rends compte que cette grave et terrible décision était, en fait, la seule solution valable pour faire admettre par les Alliés que la Résistance intérieure était capable de combattre. Contrairement à ce que certains ont prétendu, il ne s'agissait ni d'une décision prise à la légère ni d'une décision inspirée par des considérations d'ordre personnel, mais d'une prise de conscience brutale des difficultés que nos représentants devaient surmonter à Londres. »

(Jean-René Bachelet, Messages, 2012)

Dans le faisceau d’hypothèses qui s’offrent à lui, [le capitaine Anjot] privilégie la plus dangereuse : celle selon laquelle les Allemands, ayant tourné les positions de Monthiévret, poursuivraient sur la crête donnant accès à la montagne des Auges, en mesure, dès lors, d’accéder à l’aube au cœur du plateau. Sans réserves, dispersés, dominés, les maquisards seraient submergés. […]
Comment interpréter la manœuvre allemande ?
Très clairement, les actions du 26 mars constituent des préliminaires de l’attaque. Il s’agit de l’application de procédés tactiques en vigueur dans toutes les armées du monde. Une attaque, surtout en terrain montagneux et escarpé, du bas vers le haut, ne saurait se concevoir sans le recueil des renseignements les plus complets et les plus précis possibles sur les positions de l’adversaire. En l’occurrence, ces renseignements, jusqu’au 26 mars, les Allemands les ont obtenus par l’observation : observation terrestre depuis notamment les hauteurs de Cenise, aérienne dès lors que les conditions météorologiques l’ont permis. Pour autant, les militaires allemands sont des professionnels et ils ne peuvent faire l’impasse sur l’hypothèse que les emplacements décelés pourraient être simulés, les emplacements réels, eux, étant très bien camouflés. Il est important par ailleurs de connaître la nature des armes postées : fusils, fusils-mitrailleurs, mitrailleuses ? En pareil cas, le procédé utilisé est classique : c’est celui de la « reconnaissance offensive », autrement dit d’un abordage du secteur où l’on veut préciser le renseignement, pour obliger l’adversaire à tirer et ainsi à révéler et ses positions et ses armes. C’est à coup sûr ce qui se passe, d’abord au Lavouillon, puis à Monthiévret le 26 mars. Quant au capitaine Anjot, […] la décision de s’exfiltrer pendant qu’il était encore temps de façon que l’attaque tombe dans le vide était en tout état de cause judicieuse.

En fait, à cette époque, il n’existe qu’un seul bataillon canadien de parachutistes (1st Canadian Parachute Battalion), créé en juillet 1942, qui combat en Normandie et dans les Ardennes, ensuite sur le Rhin en Hollande. Il fait partie de la 3e brigade de la 6e division aéroportée britannique qui, au moment des Glières, s’entraîne en Angleterre (manœuvre Mush) en vue du débarquement de Normandie ; il n’est sûrement pas question de le sacrifier au cours d’une opération secondaire contre une division allemande d’instruction et d’occupation dans un secteur éloigné du front. Cependant, il y a aussi un bataillon canadien de commandos, entre autres parachutistes (1st Canadian Special Service Battalion), formé en avril-mai 1943 au sein de la First Special Service Force américaine, qui intervient dans le Pacifique en 1943, en Italie en 1943-44, puis dans le sud de la France fin 1944. Néanmoins, cette unité ne peut être parachutée aux Glières, puisqu’elle se trouve, de février à mai 1944, engagée dans la bataille d’Anzio.

Si, en Grande-Bretagne et en Amérique, l’affaire des Glières a sans doute un retentissement heureux, il n’en est pas tout à fait de même en France où les émissions radiophoniques des Français libres se trouvent contrebalancées par celles des Français collaborationnistes. Ainsi, le secrétaire d’Etat à l’Information et à la Propagande du gouvernement de Vichy, Philippe Henriot, qui, en 1944, s’exprime deux fois par jour à la radio, s’avère un redoutable adversaire : doté d’une voix fascinante, beau parleur et plutôt habile, il exerce incontestablement une grande influence sur l'opinion publique française. En effet, la plupart des gens l’écoutent et, même si, selon les rapports de police, ils prétendent ne pas changer d’opinion, ses arguments portent, en tout cas sur une partie de la classe moyenne, notamment lorsqu’il insiste sur les destructions causées par les bombardements anglo-américains et sur la menace communiste. Après la dispersion du maquis des Glières, le milicien Henriot se rend sur place, à Thorens (P.C. de la Milice française), d’où il prononce un discours radiodiffusé en direct le 29 mars dans lequel il déclare entre autres que « la légende est morte », que les maquisards « ont été lâchés par leurs chefs au premier assaut mené contre eux et qu'eux-mêmes ont lâché leurs armes pour fuir plus vite ». A la suite de ces propos, les préfets notent qu’en avril 1944, les sentiments favorables à la Résistance semblent, sauf en Haute-Savoie, en net recul. C’est pourquoi, après une joute oratoire sur les ondes avec Pierre Dac, Philippe Henriot est abattu, le 28 juin 1944, par un commando du COMAC (Comité d'action militaire) qui était chargé de l'enlever.

Sipo-SD est l’abréviation de Sicherheitspolizei und des Sicherheitsdienst (police de sécurité et service de sécurité). En effet, le 11 novembre 1938, le service de sécurité du parti nazi (Sicherheitsdienst ou SD) devient le service de renseignements du Reich et, le 27 novembre 1939, il forme, avec la police de sécurité du Reich (Sicherheitspolizei ou Sipo), la Sipo-SD au sein de l’office central de la sécurité du Reich (Reichssicherheitshauptamt ou RSHA). En France, de 1942 à 1944, sous l'autorité du haut responsable de la SS et chef de la police (Höherer der SS und Polizeiführer ou HSSPf), un commandement de la police de sécurité et du service de sécurité (Befehlshaber der Sicherheitspolizei und des Sicherheitsdienst ou BdS) supervise dix-sept antennes régionales (Kommando der Sicherheitspolizei und des Sicherheitsdienst ou KdS), dont celle de Lyon, organisées chacune en six sections I, II, III, IV, V et VI, subdivisées en sous-sections A, B, C, etc. C’est la section IV qui est chargée de la « lutte contre l’opposition » (Bekämpfung der Opposition), donc contre la Résistance, et qui est improprement appelée « Gestapo » par les Français.

*1 Jean-Pierre AZEMA, De Munich à la Libération (1938 - 1944), Paris, Seuil, 1980
*2 Paul ABRAHAMS, La Haute-Savoie contre elle-même : 1939 - 1945, Saint-Julien-en-Genevois, La Salévienne, 2006
*3 Ibid.
*4 Claude BOURDET, L'aventure incertaine, Paris, Editions du Félin, 1998
*5 Jean-Pierre AZEMA, op. cit.
*6 Pierre MOUTHON, Haute-Savoie, 1940 - 1945 - Résistance, Occupation, Collaboration (Voir bibliographie page suivante.)
*7 Alain DALOTEL, Le maquis des Glières (Voir bibliographie page suivante.)
*8 Archives nationales AJ 40/983, rapport sur l'opération Korporal contre les maquis de l'Ain du 5 au 13 février 1944 : Bericht über die Tätigkeit der eingesetzten Wehrmachtteile bei der Aktion 'Korporal' gegen Terroristen vom 5.-13.2.1944, dr. 6. Abschnitts-Kommandeur, Br. B. Nr. 288/44 geh. v. 17.2.1944. 0rdre du 3 février 1944 du commandant en chef à l'Ouest, cité par Ludwig Nestler in Die faschistische Okkupationspolitik in Frankreich (1940 - 1944) (1990) et par Ahlrich Meyer in Die deutsche Besatzung in Frankreich 1940 - 1944 - Widerstandsbekämpfung und Judenverfolgung (2000).
*9 Jean-Louis CREMIEUX-BRILHAC, La France libre (Voir bibliographie page suivante.)
*10 Alain DALOTEL, op. cit.
*11 Michel GERMAIN, Glières, mars 1944 -  « Vivre libre ou mourir ! » - L'épopée héroïque et sublime (Voir bibliographie page suivante.)
*12 Jean-Louis CREMIEUX-BRILHAC, « La bataille des Glières et la guerre psychologique », Revue d'histoire de la Seconde Guerre mondiale (Voir bibliographie page suivante.)
*13 abbé Jean TRUFFY, Mémoires du curé du maquis des Glières, télégrammes Sipo-SD (Voir bibliographie page suivante.)
*14 Claude ANTOINE, Le bataillon des Glières (Voir bibliographie page suivante.)
*15 Jean-Louis CREMIEUX-BRILHAC, op. cit.
*16 abbé Jean TRUFFY, télégrammes Sipo-SD, op. cit.
*17 Ibid.
*18 Jean-Louis CREMIEUX-BRILHAC, op. cit.
*19 Alban VISTEL, La nuit sans ombre (Voir bibliographie page suivante.)
*20 Pierre MOUTHON, op. cit.



Carte de la bataille et chronologie des opérations

 



Autre carte grand format avec emplacement des unités

 

20 janvier 1944 : décision du Bureau (français) de renseignement et d'action de Londres de former des réduits dans les montagnes françaises.

27 janvier : promesse formelle de Churchill d'effectuer des parachutages d’armes massifs aux Glières dès le mois de février.

31 janvier : arrivée sur le plateau de trois camps A.S. (environ cent vingt hommes) sous la protection du corps franc de Thônes.

2 février : mise en place de l'état de siège du département par les forces de Vichy.

5 février : déclenchement des opérations par une rafle de la Milice à Thônes ; accrochage avec le corps franc (un maquisard tué, deux pris et déportés ; seuls Roger Cerri et Chocolat en réchappent, voir le récit de Roger Cerri).

7 février : à l'Essert, les gardes mobiles tirent sans sommation sur une sizaine de ravitaillement et font prisonniers trois maquisards.

12 février : de nouveau à l'Essert, un important détachement de gardes mobiles en reconnaissance tombe dans une embuscade : deux tués, six blessés (dont deux mortellement), trois prisonniers ; aucune perte du côté des maquisards.

13 février : encerclement complet du plateau par les forces de l'ordre.

14 février : premier parachutage par quatre avions britanniques : cinquante-quatre conteneurs.

2 mars : expédition contre les GMR cantonnés à Saint-Jean-de-Sixt, lesquels sont capturés, puis relâchés sur la promesse faite par l'intendant de police Lelong de libérer le médecin auxiliaire Michel Fournier, arrêté en allant chercher des médicaments. Cependant, si Lelong tient sa promesse dans un premier temps, Michou est de nouveau arrêté et emprisonné.

5 mars : deuxième parachutage (délestage) par deux appareils anglais : trente conteneurs.

7 mars : la Garde mobile est relevée par les G.M.R..

8 mars : accrochages avec la Milice en reconnaissance au col du Freu et aux Collets : un milicien est mortellement blessé.

9 au 10 mars : coup de main contre les GMR stationnés à Entremont : deux policiers sont tués (dont le commandant Lefèbvre), trois blessés et soixante prisonniers ; deux maquisards sont tués sur le coup (dont le lieutenant Tom Morel), trois blessés (dont un grièvement).

10 mars : par représailles, les GMR attaquent en direction de Notre-Dame-des-Neiges et... tombent dans une embuscade : dix prisonniers. Dans la nuit, troisième parachutage : selon les télégrammes secrets anglais (Crémieux-Brilhac), dix-sept avions larguent environ deux cent cinquante conteneurs (dont un dixième se pose en dehors du plateau). Dans SOE in France, Michael R.D. Foot précise que les appareils sont des bombardiers quadrimoteurs Short Stirling de l’escadron britannique 161, venu prêter main-forte à l'escadron 138 normalement affecté au SOE (Special Operations Executive, Service des opérations spéciales), les deux unités étant basées sur l’aérodrome camouflé de Tempsford (Bedforshire, Angleterre). En effet, ne pouvant voler assez haut pour éviter les tirs antiaériens, les Stirling sont progressivement retirés des forces de bombardement à partir de 1943, mais, en raison de leur grande manoeuvrabilité, ils restent très utiles dans les opérations spéciales.

Déroulement des opérations : un message, choisi et chiffré par l’Armée secrète, est transmis à Londres où il est diffusé, sous la forme codée d'une phrase anodine (en l'occurrence : « Le petit homme aime le Byrrh ; le petit homme aime les tessons de bouteilles »), par la BBC à trois reprises le même jour (en général, une première fois à 13 h 30 où il signifie : « La mission aura lieu cette nuit (pleine lune) » ; une deuxième fois à 19 h 30 : « Les avions sont prêts à décoller » ; une troisième fois à 21 h 15 : « Les appareils s’envolent »). Bien que ces derniers soient souvent obligés de faire demi-tour à cause du mauvais temps ou de la défense anti-aérienne allemande, des dispositions sont immédiatement prises à la réception. De grands feux de bois sont préparés dans des carrés de pierres par l’équipe SAP (Service d’atterrissage et de parachutage) dirigée par le sous-lieutenant André Fumex, dit d’Artagnan : dans le sens du vent, trois feux en ligne espacés de cent cinquante mètres et un quatrième feu à l’écart et à 90°, le tout formant un L inversé. A l’approche des avions, repérés au bruit par les guetteurs, les maquisards allument les feux tandis que leur chef envoie aux aviateurs l’indicatif du terrain en morse au moyen d’une lampe torche afin de confirmer que ce sont bien des « amis » qui se trouvent au sol. Les appareils survolent le terrain balisé, puis reviennent et le prennent en enfilade : ils larguent alors chacun une quinzaine de conteneurs de cent cinquante kilos au bout de parachutes multicolores pour faciliter le repérage dans la neige. Ceux-ci contiennent des armes légères (pistolets-mitrailleurs Sten, fusils Enfield, fusils-mitrailleurs Bren, grenades Mills, engins antichars PIAT), mais aussi des explosifs, quelques postes radio récepteurs, des cigarettes, du thé, etc. et, bien sûr, des munitions (cartouches de 9 mm court de pistolet et de 7,7 mm long de fusil).

12 mars : trois bombardiers bimoteurs Heinkel 111 lancent cent dix bombes de cinquante kilos qui détruisent deux chalets.

17 mars : un appareil bombarde le col des Auges, la position la plus élevée.

18 mars : la Milice relève les GMR en première ligne.

20 mars : attaque des miliciens à la Rosière et au col de Landron ; quatre maquisards en patrouille sont abattus.

22 mars : accrochage avec les miliciens au col du Freu.

23 mars : quatre chasseurs-bombardiers Focke-Wulf 190 mitraillent la plaine de Dran : quatre maquisards sont blessés (dont un mortellement et un gravement) ; un chalet est incendié.

24 mars : la Wehrmacht prend position au pied du plateau. Au col de la Buffaz, les miliciens tendent une embuscade à une sizaine de maquisards : un maquisard est tué, un autre grièvement blessé, mais un milicien est sérieusement touché et un autre fait prisonnier.

25 mars : bombardement aérien sur le plateau et pilonnage d'artillerie sur Monthiévret.

26 mars : le MATIN, les avions incendient une dizaine de chalets et font sauter le dépôt de munitions.
Attaque repoussée des miliciens au col de l'Enclave : deux morts, deux blessés, quatre disparus ; aucune perte du côté des maquisards.
Attaque repoussée des Allemands au Lavouillon : aucune perte ni pour ces derniers ni pour les maquisards.
Le SOIR, attaque et percée des Allemands à Monthiévret
(voir le combat décisif de Monthiévret) : aucune perte ; du côté des maquisards, deux tués et quelques blessés (dont un gravement).
La NUIT, ordre de décrochage...

27 mars : embuscade à Nâves : six maquisards tués (dont le capitaine Anjot) ; embuscade à Morette : une douzaine de maquisards sont capturés ; embuscade à Thorens : deux maquisards tués.

N.B. Par le message secret n° 1363/44 du 28 mars, le général Karl Pflaum, commandant les forces allemandes, informe son supérieur, le général Niehoff, Kommandant des Heeresgebietes Südfrankreich (région militaire du sud de la France), que ses propres pertes sont de deux sous-officiers et deux hommes fort accidentés (le 28 mars : deux du Btl. I./98, un du Btl. II./98 hors des Glières et un du Btl. 100, voir ci-dessous) tandis que les pertes ennemies se montent à quatre-vingt-huit prisonniers et trente-cinq morts (les Allemands ayant achevé deux blessés graves du maquis).

Les jours suivants : la Wehrmacht et, dans une moindre mesure, la Milice abattent et fusillent maquisards et sédentaires. A ce sujet, le docteur Peter Lieb (Department of War Studies, The Royal Military Academy Sandhurst, Grande-Bretagne) écrit dans « Wehrmacht, Waffen-SS et Sipo-SD : la répression allemande en France 1943-1944 » : D’une façon générale, à cette époque, pour toute la France occupée, le partage des responsabilités pendant les actions entreprises contre la Résistance était le suivant : les troupes impliquées avaient la responsabilité des questions purement militaires [tandis que] la Sipo-SD était responsable des affaires de police, autrement dit de la prise en charge et de l’exécution des prisonniers, des suspects et des civils aussi bien que de l’exercice d’autres représailles comme la destruction des maisons. Ainsi, un membre de la Sipo-SD accompagnait toujours chaque [unité] de la Wehrmacht pendant les opérations. C’était lui qui exerçait les responsabilités concernant toute forme de représailles. Dans un télégramme adressé à ses supérieurs, le chef régional de la police de sécurité (Sipo-SD de Lyon), le lieutenant-colonel SS (SS-Obersturmbannführer) Knab, précise que trois officiers ou sous-officiers SS de la police seront affectés à chacun des trois bataillons d’assaut de la Wehrmacht et que le centre de regroupement des prisonniers sera établi au commissariat de police frontalier (Grenzpolizeikommissariat ou Greko) d’Annecy dirigé par le capitaine SS (SS-Hauptsturmführer) Jeewe.



Opérations des bataillons allemands sur le plateau (photos et témoignages de soldats allemands)


Chasseurs de montagne allemands du Reserve-Gebirgsjäger-Bataillon 99 récupérant les armes abandonnées par les maquisards et incendiant les chalets sur le plateau fin mars 1944

Le Res.Geb.Jäg.Btl. 99 est l'un des quatre bataillons du 1er régiment de chasseurs de montagne de réserve (Reserve-Gebirgsjäger-Regiment 1) de la 157e division de réserve (157. Reserve-Division) de la Wehrmacht. Sous le commandement du Hauptmann Hans Schneider, il est cantonné à Entremont et doit attaquer en direction du col des Auges.



(Photographies obligeamment fournies par M. Erich Kalmbach, ancien soldat du Res.Geb.Jäg.Btl. 99.)


Extrait du témoignage de M. Erich Kalmbach, ancien soldat du Res.Geb.Jäg.Btl. 99, 5. Kompanie (traduction par M. Paul Pfeffer - télécopie de l’original consultable)


Arrivée [par le train] à Bonneville le 24 mars 1944 vers midi. Débarquement immédiat des troupes, des animaux [mulets et chevaux] et du matériel. Départ [à pied] en direction d’Entremont. Arrivée tard dans la soirée. Nuitée dans le bâtiment de l’école.
[Le 26 mars], briefing sur place. Tard le soir, composition d’un fort groupe de combat. Ordre donné : reconnaissance et, éventuellement, prise des Auges […] attaquées l’après-midi par des avions bombardiers.
([Le matin du 27 mars], parcours particulièrement difficile, très raide et dans la neige profonde […]. L’alpage […] est occupé sans combat […]. Pas de réaction des Français : nous n’en avons pas vu un seul.) Nous avons continué l’attaque du plateau des Glières. […] Nous n’avons eu aucun contact avec l’ennemi. Eparpillés sur toute l’étendue du terrain, il y avait beaucoup de parachutes multicolores auxquels les conteneurs de matériel étaient encore attachés. […]
Nous avons ramassé toutes les armes et munitions [que nous avons] chargées sur les mulets et chevaux, et nous sommes descendus dans la vallée le lendemain. (Ni tués ni blessés.)
De là, deux jours plus tard, nous sommes partis pour le Jura et d’autres interventions. […]


Extrait du témoignage d’un ancien sous-officier du Res.Geb.Jäg.Btl. 99 (obligeamment fourni par le docteur Peter Lieb, Department of War Studies, The Royal Military Academy Sandhurst, Grande-Bretagne - traduction par Alain Cerri)


26 mars 1944 : nous voyageons toute la nuit [en train] via Aix-les-Bains et Annecy. Nous débarquons à La Roche-sur-Foron vers midi et nous partons [à pied] à 14 h 30. Après environ vingt kilomètres de marche, nous arrivons à Entremont où nous passons la nuit.
27 mars 1944 : en principe, jour de repos, mais, vers midi, nous recevons l’ordre de faire mouvement. On pense que de nombreux terroristes sont retranchés sur le plateau des Glières […]. La veille, des obusiers de 15 cm et des chasseurs-bombardiers ont pilonné des positions reconnues sur les hauteurs. Nous montons à 13 h 30. Au sommet [col des Auges], nous trouvons des positions abandonnées, de misérables campements, des armes et des munitions jetées, des parachutes dispersés. Le plateau s'étend sur des kilomètres et compte un grand nombre de chalets d’alpage. Notre section passe la nuit dans l’un d’eux.
28 mars 1944 : le matin, nous partons en patrouille et nous trouvons des conteneurs de matériel et des dépôts de nourriture. Dans un joli chalet, nous préparons notre repas à partir de la nourriture récupérée. Ensuite, je reçois l'ordre de répertorier tout le bétail. Dans l'après-midi, une grande partie du bataillon est occupée à emporter un nombre incroyable d'armes découvertes dans les camps désertés. La nourriture est répartie entre les compagnies. Tout cela a été livré aux terroristes par des largages aériens d'avions anglais. Beaucoup de parachutes et de conteneurs sont toujours éparpillés sur le sol.
29 mars 1944 : aujourd'hui, j'ai la « plaisante » tâche de conduire, avec mes hommes, le bétail de la montagne dans la vallée. Afin d’empêcher les terroristes de se réinstaller, tous les chalets d’alpage doivent être incendiés. Les habitants, qui ont tous collaboré avec les partisans, sont évacués. Cela prend toute la journée, car la neige profonde rend les déplacements difficiles. Les animaux s’enfoncent jusqu’à la taille lorsqu'ils ne sont plus dans la trace. Nous devons laisser les plus fatigués, car les autres nous donnent suffisamment de peine.
30 mars 1944 : l'opération est terminée. Toute la zone est nettoyée et tous les chalets sont incendiés. Vers 14 h, nous parvenons enfin au village d'Entremont et nous nous préparons au départ.


Extrait du journal de marche de la 8. Kompanie du Res.Geb.Jäg.Btl. II./98 (obligeamment fourni par Claude Antoine et résumé par Alain Cerri)

Le Res.Geb.Jäg.Btl. II./98 est l'un des quatre bataillons du 1er régiment de chasseurs de montagne de réserve (Reserve-Gebirgsjäger-Regiment 1) de la 157e division de réserve (157. Reserve-Division) de la Wehrmacht. Sous le commandement du Hauptmann Rudolf Geyer, il est cantonné à Petit-Bornand et doit attaquer en direction du col du Lavouillon.


Dans la nuit du 26 au 27 mars 1944, toute la compagnie (8. Kompanie), bien camouflée, s’installe dans la zone de départ au Petit-Bornand. Les armes lourdes du bataillon (mitrailleuses de la 9. Kompanie, mortiers et canons d’infanterie de montagne de la 10. Kompanie) sont mises en place.
Le 27 mars, à onze heures, nous recevons l’ordre d’attaque pour midi. En effet, on s’est rendu compte que l’ennemi tente de s’exfiltrer ; par conséquent, il faut attaquer le plus vite possible.
Les éclaireurs revêtent leur tenue blanche de camouflage et mettent raquettes aux pieds (le fusil-mitrailleur MG 42 étant transporté sur un traîneau – voir photo ci-dessous). A midi, nous commençons à monter (en direction de l’alpage du Lavouillon sur un itinéraire reconnu le 26 mars au matin) sous le couvert de la forêt. Par radio et par le fil du téléphone de campagne, le commandant de compagnie demande aux mortiers et aux canons d’ouvrir le feu sur l’objectif : un col élevé et étroit. La pente enneigée est très escarpée et les chasseurs doivent fournir de gros efforts pour ne pas glisser et mettre leurs camarades en danger ou compromettre l’opération.
Pas un coup de feu ne part du col. Pourtant, nous nous attendons, à chaque instant, à essuyer un tir nourri de la crête ou à tomber dans une embuscade (car, la veille, une section en reconnaissance offensive a été repoussée par la section Liberté chérie). C’est pourquoi le commandant de compagnie requiert le feu des mitrailleuses sur chaque élévation qui nous surplombe dans notre marche.
Finalement, le groupe d’éclaireurs atteint le sommet et pénètre, sans combat, dans la position ennemie qu’il trouve abandonnée. Parvenu à son tour au col, le commandant de compagnie inspecte la vallée à la jumelle. Il ordonne ensuite à la 1ère section (Hilche) de se porter en exploration sur la gauche vers le hameau de Tinnaz où un chalet est en flamme, et à la 2e section (Schneider) de se placer en couverture sur la droite près d’un chalet isolé.
A quatre heures de l’après-midi, le secteur est occupé sans aucune perte. La 3e section, qui suit, incendie les chalets du Lavouillon et apporte les armes et le matériel récupérés au P.C. de la compagnie à Tinnaz. Les chasseurs, déçus de n’avoir rencontré aucun ennemi, observent les montagnes alentour où l’on suppose que celui-ci doit se retrancher.
C’est alors qu’arrive le chef de bataillon avec la 7. Kompanie suivie par une section de mitrailleuses et la section de mortiers. Ceux-ci sont mis en batterie en vue d’appuyer deux groupes de chasseurs qui gagnent sans encombre le col de Spée.
Le 28 mars, des patrouilles partent en direction de Champ-Laitier, mais elles ne découvrent que des traces des partisans qui, malgré leur grand nombre, leur armement abondant et leurs positions dominantes, donc leurs possibilités de défense très favorables, se sont volatilisés. Ce même jour, nous prenons contact avec des éléments de la Milice française (venue de la vallée de Thorens) et du Btl. I./98 (venu de la vallée de Thônes).
Le 29 mars, le chef de bataillon envoie trois patrouilles sur les sommets : elles ramènent six prisonniers !
Le 30 mars, après avoir nettoyé le secteur et détruit les positions désertées, le bataillon redescend à Thorens où des camions le conduisent au Petit-Bornand, car les hommes sont chargés de butin et fatigués.
Le 1er avril, le commandant de la 8. Kompanie fait part aux chasseurs des félicitations du commandant du régiment qui estime que notre unité a accompli la mission la plus difficile.



Groupe d'éclaireurs allemands sur le plateau avec leur leMG 42 sur traîneau.



Vue d'ensemble des opérations des bataillons allemands sur le plateau les 26 et 27 mars 1944

Les trois bataillons en position autour du plateau se préparent à attaquer pour le 28 mars 1944. Le 25 mars, l'artillerie allemande en batterie dans la vallée du Borne (deux obusiers de 150 mm et huit canons de montagne de 75 mm) pilonne et détruit les chalets de Monthiévret. Le 26 mars, l'aviation (quatre Focke Wulf 190) incendie une dizaine de chalets et mitraille les sous-bois. Le même jour, le commandement allemand lance deux sections en reconnaissance offensive afin de tâter le dispositif de défense adverse : l'une au Lavouillon, l'autre à Monthiévret. Cependant, dans la nuit du 26 au 27 mars, le capitaine Anjot ordonne l'exfiltration du bataillon des Glières. Le 27 mars, les Allemands s'aperçoivent que les maquisards tentent de s'échapper ; ils donnent aussitôt l'assaut général prévu pour le 28 mars, mais trouvent un plateau évacué par ses défenseurs.

26 mars 1944

Matin Reconnaissance offensive d'une section de la 7. Kompanie du Res.Geb.Jäg.Btl. II./98 au Lavouillon (combat à distance)
Après-midi Reconnaissance offensive d'une autre section de la 7. Kompanie du Res.Geb.Jäg.Btl. II./98 à Monthiévret (combat rapproché)

27 mars 1944

Res.Geb.Jäg.Btl. II./98

A partir du Petit-Bornand Attaque de deux sections de la 8. Kompanie du Res.Geb.Jäg.Btl. II./98 sur le Lavouillon, occupé sans combat

Res.Geb.Jäg.Btl. 99

A partir d'Entremont Attaque de deux sections de la 1. Kompanie du Res.Geb.Jäg.Btl. 99 sur les Auges, occupées sans combat

Res.Geb.Jäg.Btl. I./98

A partir de Thuy Attaque de deux sections de la 1. Kompanie du Res.Geb.Jäg.Btl. I./98 sur Notre-Dame-des-Neiges, occupée sans combat



Organigramme du bataillon des Glières


Chef de bataillon : lieutenant Tom Morel [tué le 10 mars], puis capitaine Maurice Anjot [tué le 27 mars].

Adjoints : lieutenants Pierre Bastian (renseignements, logistique) [atrocement torturé et fusillé le 28 avril] et Jérôme de Griffolet d'Aurimont (opérations) [tué le 29 mars].

Poste de commandement : Georges Decour (chef) [tué le 10 mars], Alphonse Métral (secrétariat), André Fumex (parachutages) et une dizaine d'hommes.

Infirmerie : docteur Marc Bombiger et son équipe (six hommes).

Section d'éclaireurs-skieurs : Lambert Dancet [tué le 27 mars] et vingt-cinq hommes.

Compagnie Joubert (lieutenant Louis Jourdan-Joubert) [au sud-ouest] : sections Leclerc [les Auges] (Robert Jouglas - fusillé le 24 avril), Hoche [Notre-Dame-des-Neiges - la Rosière] (Jean Rivaud - fusillé le 29 mars, puis Pierre Valazza) et Lyautey [les Collets] (Noël Cuenot).

Compagnie Forestier (adjudant-chef Louis Morel-Forestier) [au nord-ouest] : sections Chamois [Champ-Laitier - Pas du Roc] (Roger Lombard) et Coulon [col de Landron - l'Enclave] (Marius Cochet - tué le 28 août).

Compagnie Humbert (adjudant Henri Onimus-Humbert) [au nord-est] : sections Verdun [Tinnaz - col du Freu] (Georges Buchet), Liberté chérie [Tinnaz - le Lavouillon] (André Wolff), Allobroges [Outan - Creux des Sarrasins] (André Macé), Bayard [Fréchet - chemin de la Combe] (Roger Echasson - fusillé par la Résistance) et Mortier [appui mortiers à la Combe] (Louis Conte - fusillé le 4 mai).

Compagnie Lamotte (lieutenant Jacques Lalande-Lamotte - mort sous la torture en avril) [au sud-est] : sections Savoie-Lorraine [la Revoue - chemin du Talavé] (Lucien Cotterlaz-Rannard - fusillé le 1er avril), Ebro [le Talavé] (Gabriel Vilches-Agueyo), Renfort-Ebro [réserve au Grédé] (Antonio Jurado), Jean-Carrier [Monthiévret] (Pierre Barillot) et Saint-Hubert [Petit-Monthiévret] (André Guy - tué le 26 mars), voir le combat décisif de Monthiévret.

Au total : environ quatre cent cinquante hommes encadrés par des officiers et sous-officiers du 27e bataillon de chasseurs alpins d'Annecy, équipés d'armes légères (voir les principales caractéristiques) : pistolets-mitrailleurs Sten, fusils Enfield, grenades Mills, fusils-mitrailleurs Bren ; de quelques mitrailleuses et de deux mortiers de 81.



Unités de la Wehrmacht aux Glières

(Source : Bundesarchiv-Militärarchiv RH 28-8/5, rapport sur l'opération Frühling de la 157. Res.Div. au Kommandant Heeresgebiet Südfrankreich : Bericht über das Unternehmen 'Frühling', 157. Reserve-Division, Ia Nr. 2009/44 geh. v. 15.5.1944. En effet, les unités allemandes réunies du 7 au 18 avril 1944 pour l'opération Frühling contre les maquis de l'Ain étaient sans doute les mêmes que celles engagées contre les Glières, l'artillerie de montagne en moins.)

 

Désignation allemande Traduction française
Stabskp./Res.Geb.Jäg.Rgt. 1 compagnie d'état-major du 1er régiment de chasseurs de montagne de réserve (Oberst Franz Schwehr)
Nachr.Kp./Res.Geb.Jäg.Rgt. 1 compagnie de transmissions du 1er régiment de chasseurs de montagne de réserve (Oberleutnant Christian Herrmann)
Res.Geb.Jäg.Btl. I./98 bataillon de chasseurs de montagne de réserve I./98 (Hauptmann Ludwig Stöckel) [attaque à partir de Thuy]
Res.Geb.Jäg.Btl. II./98 bataillon de chasseurs de montagne de réserve II./98 (Hauptmann Rudolf Geyer) [attaque à partir du Petit-Bornand]
Res.Geb.Jäg.Btl. 99 bataillon de chasseurs de montagne de réserve 99 (Hauptmann Hans Schneider) [attaque à partir d'Entremont]
Res.Geb.Jäg.Btl. 100 bataillon de chasseurs de montagne de réserve 100 (Hauptmann Johann Kunstmann) [réserve à Thônes]
3./Res.Gren.Btl. 179 3e compagnie du bataillon de grenadiers de réserve 179 (deux sections) [appui Milice à Thorens]
Res.Geb.Art.Abt. 79 groupe d'artillerie de montagne de réserve 79 (deux batteries et deux pièces de la 2e batterie du Res.Art.Abt. 7)
Pz.Jäg.Kp./Res.Geb.Jäg.Rgt. 1 compagnie antichar du 1er régiment de chasseurs de montagne de réserve [sécurité zone]
Heeres-Flak-Abt. 958 (mot.) groupe antiaérien motorisé 958 de la réserve générale de l'armée (deux compagnies) [sécurité zone]
Feldgendarmerietrupp d 924 (mot.) section motorisée de gendarmerie de campagne type « d » 924 [sécurité générale]
deux Kw.Kol. der 157. Res.Div. deux colonnes de ravitaillement de la 157e division de réserve
deux Kw.Kol. des Kmdt.H.G.S.F. deux colonnes de ravitaillement de la région militaire du sud de la France
San.Kp. und Kr.Kw.Zug der 157. Res.Div. compagnie sanitaire avec section motorisée de transport de la 157e division de réserve
Kw.Werkstattzug der 157. Res.Div. section atelier de la 157e division de réserve



Pertes de la Résistance et de la Wehrmacht aux Glières

 

  • Pertes de la Résistance (Source : Michel Germain, Glières, mars 1944 -  « Vivre libre ou mourir ! » - L'épopée héroïque et sublime, voir bibliographie page suivante)


    MORTS DES GLIERES MAQUISARDS SEDENTAIRES
    Tués par les Allemands 20 1
    Tués par la Milice ou le M.O. 18 dont 9 F.T.P. et 2 Espagnols 0
    Fusillés par les Allemands 50 4
    Fusillés par la Milice ou le M.O. 16 1
    Morts de la déportation 16 14

    Au total, sont morts vingt sédentaires et exactement cent vingt maquisards dont seize de la déportation.

     

  • Pertes de la Wehrmacht (Source : Berlin, Deutsche Dienststelle, WASt, Namentliche Verlustmeldung Nr. 1. 16.2.-25.4.44, Nr. 2. 12.9.43-28.6.44, Nr. 3. 16.2.-25.4.44, Nr. 4. 16.2.-25.4.44 ; listes obligeamment fournies par le docteur Peter Lieb, Department of War Studies, The Royal Military Academy Sandhurst, Grande-Bretagne)


    UNITES TUES BLESSES
    Res.Geb.Jäg.Btl. I./98 1 le 27 mars 1944 à Notre-Dame-des-Neiges 2 le 28 mars à La Balme-de-Thuy (accident)
    Res.Geb.Jäg.Btl. II./98 2 le 30 et le 31 mars au Petit-Bornand (projectile d'infanterie) 2 le 28 et le 30 mars (accidents)
    Res.Geb.Jäg.Btl. 99 0 0
    Res.Geb.Jäg.Btl. 100 0 1 le 28 mars à Thônes (accidentellement par sentinelle allemande)
    3./Res.Gren.Btl. 179 0 0
    Res.Geb.Art.Abt. 79 0 2 le 24 mars au Petit-Bornand et le 30 mars sur le plateau (décédé le 3 avril 1944 à l'hôpital)

    Au total, les Allemands ont eu trois tués et sept blessés (dont cinq accidentellement).

     

    Selon Jean-Louis Crémieux-Brilhac (La France libre, p. 810, voir bibliographie page suivante), les pertes allemandes [ont été] légères. Un tué [accidentellement] et quelques blessés [...], à en croire le rapport n° 369 du 4 mai 1944 du préfet (AN, F1c3/1187), [...] qui concorde avec les conclusions de Henri Amouroux, fruit d'une scrupuleuse enquête.

    D'après Henri Amouroux (La grande histoire des Français sous l'Occupation, t. VII, p. 293 et 294, voir bibliographie page suivante), des treize soldats morts le 26 mars et ensevelis aujourd'hui à Dagneux (cimetière militaire allemand pour le sud-est de la France, Alain Cerri), un seul, Kurt Piler, né le 24 août 1914, a été primitivement enterré à Annecy, tous les autres ayant été enterrés dans des lieux [...] éloignés des Glières [...]. Des onze morts du 27 mars ensevelis à Dagneux, un seul, Karl Fisher, né le 26 juin 1913, appartenant au bataillon 100, [...] a été enterré primitivement [à] Aix-les-Bains.



    Pertes humaines en Haute-Savoie sous l'Occupation

    (Source : Pierre Mouthon, correspondant départemental du Comité d'histoire de la Deuxième Guerre mondiale rattaché aux services du Premier ministre, Haute-Savoie, 1940 - 1945 - Résistance, Occupation, Collaboration, voir bibliographie page suivante)


    Avril 1943 à août 1944 Résistants tués (A.S. et F.T.P.) Soldats, policiers et douaniers occupants tués Membres des forces de l'ordre vichystes tués
    Occupation italienne, d'avril à août 1943 9 4 3
    Occupation allemande, septembre à novembre 1943 3 2 4
    Décembre 1943, janvier, février 1944 64 16 27
    Mars, avril, mai 1944 130 8 14
    Juin, juillet, août 1944 126 175 16
    TOTAL 323 201 61

    En tout, 601 « combattants » tués + 170 « civils » tués, 266 exécutés et 55 victimes des bombardements, soit 1092 tués sous l'Occupation. Après la Libération, sont encore morts 52 F.F.I. et chasseurs alpins des unités haut-savoyardes, 315 déportés du département + 66 « civils », 3 officiers des GMR, 77 miliciens français et 80 policiers allemands exécutés lors de l'« Epuration », soit 593 tués, auxquels il faut ajouter une soixantaine de décès de « combattants » accidentés, tués par méprise ou disparus : environ 1750 personnes mortes en Haute-Savoie directement du fait de la guerre.



    Bilan de la bataille des Glières par l'historien Jean-Louis Crémieux-Brilhac

    (Revue d'histoire de la Seconde Guerre mondiale, 99, 1975)

     

    L'ambition stratégique de certains des jeunes chefs de l'Armée secrète a été déçue : leur réduit n'a pas tenu jusqu'au débarquement. [...] Sur le plan tactique, l'idée même de réduit est condamnée [...], les regroupements de maquis apparaissent plus que jamais comme une erreur. [...] Les pertes des maquisards ont surtout été lourdes lors de la redescente dans les vallées : la moitié de l'effectif est tuée ou prisonnière (en fait, exactement les deux tiers, Alain Cerri). Un énorme matériel a été perdu.

    Mais juger l'affaire sur la seule comptabilité des pertes, c'est en rétrécir singulièrement le sens et la portée. [...] ce n'est pas non plus sur le seul plan de l'efficacité locale que les responsables des Glières ont voulu situer leur action, et c'est bien pourquoi les polémiques * qui se sont engagées après la Libération étaient sans issue. Ils l'ont située sur le plan d'une efficacité plus haute, psychologique et politique. Dans cette perspective, qui peut dire qu'ils n'aient pas atteint leur but ? Une défaite des armes peut être une victoire d'opinion. [...] les combattants de Haute-Savoie ont défini et comme projeté vers l'extérieur l'image qu'ils souhaitaient donner d'eux-mêmes ; ils ont pu, à l'écoute de la B.B.C., suivre l'édification de leur propre légende. Cette légende, qui sait s'ils l'auraient vécue de la même façon et jusqu'au bout, comme ils l'ont fait, s'ils n'avaient su - ou cru - que la France entière les regardait ?

    * Cf. R.1.3 : Francs-tireurs et partisans de la Haute-Savoie (sans nom d’auteur), préface de Marcel Prenant, Editions France d’Abord, Paris, 1946 […]. Cet ouvrage [d'obédience communiste], rédigé par Bonfils et Loreilhe, dénonce comme un crime le regroupement sur le plateau. Il condamne avec violence « le mot d’ordre venu de Londres, servant mieux les intérêts de l’impérialisme anglo-saxon que ceux de la Libération » et auquel des patriotes ont été « inutilement sacrifiés ».




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