La bataille des Glières

 

La bataille des Glières

Vivre libre ou mourir


Page établie en mars 1996, modifiée la dernière fois le 7 novembre 2011.

 

La flamme de la Résistance ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas. Charles de Gaulle, 18 juin 1940.

La Résistance n'a rien à gagner à prétendre imposer ce qui peut apparaître comme une légende et risque simplement, par son outrance, de minimiser la valeur du sacrifice réellement consenti par tous ceux qui ont laissé leur vie dans les combats. Henri Noguères, 1981.

L'héroïsme n'est jamais dans le nombre des morts ennemis, mais dans le risque assumé et le péril librement accepté. Henri Amouroux, 1985.

L'action armée de la Résistance intérieure, enjeu essentiel dans la conquête de l'opinion, est systématiquement exploitée dans la guerre psychologique. Pierre Laborie, 1990.

La Résistance ne fut pas un mythe, mais le métarécit convenu [...] d'un consensus favorable aux Alliés, à de Gaulle et à la Résistance, que certains historiens continuent de soutenir, [est] foncièrement erroné. Paul Abrahams, 1991.

 


La bataille des Glières en bref

La France libre ayant décidé de former des réduits dans les montagnes françaises, le plateau des Glières, homologué comme terrain de parachutage, devient, dès février 1944, une base d'opérations en vue de harceler les Allemands lors du débarquement attendu des Alliés et de montrer à ceux-ci que la Résistance est capable d'actions de grande envergure. 

Situation

Date 31 janvier - 26 mars 1944
Lieu plateau des Glières, massif des Bornes, Haute-Savoie, France

Forces en présence

env. 450 maquisards (56 Espagnols républicains, env. 80 F.T.P. communistes) SUR PLACE : env. 700 gardes mobiles, 650 GMR, puis 700 miliciens français et plus de 3000 soldats allemands

Artillerie

néant 10/12 canons de montagne de 75 mm, 2 obusiers de 150 mm

Aviation

néant 3 Heinkel 111 et 4 Focke Wulf 190

Commandants

lieutenant Tom Morel, puis capitaine Maurice Anjot intendant de police Georges Lelong, puis Generalleutnant Karl Pflaum

Pertes

env. 120 maquisards tués ou morts de la déportation
20 sédentaires tués ou morts de la déportation
env. 20 gardes mobiles, GMR et miliciens tués, 3 Allemands tués et 7 blessés (dont 5 accidentellement)



Un combat pour l'honneur

Carte de la bataille et chronologie des opérations

Organigramme du bataillon des Glières

Unités de la Wehrmacht aux Glières

Pertes de la Résistance et de la Wehrmacht aux Glières

Bilan de la bataille des Glières par l'historien Jean-Louis Crémieux-Brilhac

Bibliographie commentée, liens et documents

Le combat décisif de Monthiévret le 26 mars 1944

La 157. Reserve-Division de la Wehrmacht en mars 1944

The Battle of Glières (English and German translation)

Biographie du capitaine Maurice Anjot




Un combat pour l'honneur

(Haute-Savoie, 31 janvier - 26 mars 1944)

 

Le 11 novembre 1942, afin de prévenir un débarquement anglo-américain sur les côtes méditerranéennes, les Allemands envahissent la « zone libre ». Le 27 novembre, l'armée d'armistice est désarmée et dissoute ; le gouvernement de Vichy ordonne que les dépôts d'armes clandestins soient livrés à l'Axe. Contrairement à la plupart de ses collègues *1, le commandant Vallette d'Osia, qui vient d'être nommé à la tête de la subdivision militaire de la Haute-Savoie après avoir été le charismatique chef de corps du 27e bataillon de chasseurs alpins d'Annecy, refuse et passe dans la clandestinité où il met en place les premières structures départementales de l'Armée secrète (A.S.).

Ayant impérieusement besoin de main-d'oeuvre pour remplacer les travailleurs allemands mobilisés, le Reich pousse le gouvernement de Vichy à instaurer le Service du travail obligatoire en Allemagne, le S.T.O. : le 21 février 1943, trois classes d'âge sont requises. Dès le mois de mars, de nombreux Savoyards refusent de partir et se cachent *2. Plus tard, des jeunes gens d'autres régions viennent en Savoie pensant que les montagnes leur offriront un abri sûr. Les Mouvements unis de résistance (M.U.R.) et le Front national (d'obédience communiste) s'efforcent de les regrouper dans des camps et de leur donner une formation militaire, mais seule une minorité accepte de se battre *3. Néanmoins, malgré le manque de moyens et de soutien de la France libre (qui sous-estime une action favorisant l'autonomie des M.U.R. *4), malgré la répression, les maquis se multiplient durant l'été 1943 et commencent par s'attaquer aux collaborationnistes. Comme les officiers de l'ex-armée d'armistice qui se proposent alors pour encadrer les maquisards sont très rares *5, des écoles de cadres sont créées au sein de l'Armée secrète. Vallette d'Osia ayant été arrêté en septembre, c'est le capitaine Romans-Petit (organisateur de l'Armée secrète dans l'Ain et chef de l'A.S. en Haute-Savoie de fin novembre 1943 à début février 1944) qui institue une école de cadres à Manigod dans le massif préalpin des Bornes près du plateau des Glières.

En vue de harceler l'ennemi lors du débarquement attendu des Alliés, l'Armée secrète a besoin d'armes. En effet, la plupart des dépôts clandestins de Vallette d'Osia ont été découverts par l'occupant, souvent sur dénonciation *6. Afin de prospecter la région pour y reconnaître d'éventuelles aires de parachutage, une mission est envoyée de Londres. En fait, elle est avant tout chargée d'évaluer les capacités du maquis et s'impose difficilement à la Résistance locale déjà bien organisée *7. Cette mission est composée du lieutenant-colonel anglais Heslop, dit Xavier, et du capitaine français Rosenthal, dit Cantinier (voir les citations de XAVIER). Parmi les six terrains qu'elle examine, c'est le plateau des Glières qui est homologué. En effet, ce vaste alpage, sis à 1400 mètres d'altitude au coeur du massif des Bornes, est tout à fait indiqué pour recevoir des parachutages de matériel. Relativement isolé (la route actuelle n'existe pas encore), il présente de grands pâturages assez plats éloignés des hauts sommets ; de plus, il est facilement repérable d'avion en raison de son alignement sur le lac d'Annecy.

 

Le plateau des Glières en mars 1944.

 

Fin janvier 1944, Romans-Petit confie le commandement des maquis au lieutenant Tom Morel. Ancien instructeur à l'école militaire de Saint-Cyr, celui-ci est un officier intelligent, énergique et audacieux qui a été fait chevalier de la Légion d'honneur à vingt-quatre ans sur le front des Alpes en 1940. La mission que Romans-Petit donne à Tom Morel ne consiste pas du tout à créer un camp retranché aux Glières, mais à réceptionner les parachutages promis par les Anglais avec une centaine d'hommes (dixit Romans-Petit en 1970 ; en 1945, dans son livre Les obstinés, p. 77, il parle de deux cent cinquante hommes). Le 6 février 1944, il doit partir dans l'Ain où ses maquis sont attaqués par les Allemands (opération Korporal *8) et laisse la responsabilité du département au capitaine Clair assisté de Cantinier comme officier de liaison avec Londres. Deux jours plus tard, au cours d'une réunion tenue à Annecy, ce dernier, représentant de la France libre, convainc les autres responsables de rassembler le plus grand nombre des maquisards sur le plateau afin d'établir une base d'attaque contre les Allemands, qui montrera aux Alliés que la Résistance, sous la direction du général de Gaulle, est capable d'actions de grande envergure (voir ci-dessous les explications d'Alban Vistel, responsable régional de la Résistance *). En effet, le 20 janvier 1944, le Bureau (français) de renseignement et d'action de Londres a prévu, entre autres, de former des réduits dans les montagnes françaises *9. Comme l'écrit très justement l'historien Dalotel, le cadre local est dépassé ; d'une part, Vichy fait de ses opérations de maintien de l'ordre en Haute-Savoie un test national, d'autre part, la France libre [...] tente quelque chose de capital *10.

 

Tom Morel.

Quand on n'a pas tout donné, on n'a rien donné.

 

Le 31 janvier 1944, la Haute-Savoie est mise en état de siège par l'intendant de police Lelong. Tout individu porteur ou détenteur d'une arme encourt la peine de mort. Pourchassés par les forces de Vichy, difficilement ravitaillés, la majorité des maquisards de l'A.S. montent au plateau pour constituer la base d'opérations prévue. Ils sont bientôt rejoints, dès début février, par une cinquantaine de réfugiés républicains espagnols, anciens soldats aguerris, travaillant comme bûcherons dans la région, puis, fin février - début mars, par deux groupes de F.T.P. (environ quatre-vingts Francs-tireurs et partisans, d'obédience communiste *11), qui veulent aussi des armes. Tom Morel accepte toutes les bonnes volontés et se refuse à distinguer entre A.S. et F.T.P. au moment où Vichy cherche à diviser la Résistance en accusant les communistes des pires crimes. Assiégés, à partir du 13 février, par des centaines de gardes mobiles, policiers et miliciens français, les maquisards des Glières (qui seront quatre cent cinquante après l'arrivée, le 12 mars, de cent vingt hommes du Chablais et du Giffre) (voir l'organigramme du bataillon des Glières), bravant le froid et la faim, réceptionnent trois parachutages : le 14 février, le 5 et le 10 mars, soit au total, selon l'historien Crémieux-Brilhac, un peu plus de trois cents conteneurs *12, lesquels leur procurent de l'armement léger d'infanterie.

Après un sanglant accrochage avec les forces de l'ordre, le chef des Glières conclut un accord de neutralité temporaire avec le commandant Raulet de la Garde mobile, puis avec l'officier de paix Couret, commandant par intérim du G.M.R. (Groupe mobile de réserve de la police de Vichy) Aquitaine, mais celui-ci ne respecte pas ses engagements. Aussi Tom Morel décide-t-il de mener contre cette unité la première opération d'envergure du maquis des Glières. Dans la nuit du 9 au 10 mars 1944, cent cinquante maquisards cernent le village d'Entremont et capturent soixante GMR qu'ils désarment au terme d'un vif échange de tirs. Dans son carnet de route d'avril 1944, Roger Cerri, chef de groupe au corps franc de Thônes (bientôt section Saint-Hubert), écrit : Avec quelques gars, je fais le tour de la localité pour couvrir l'amont. A l'arrivée aux abords du village, la garde, qui nous a repérés, commence à tirer au fusil-mitrailleur. La riposte est immédiate. Les balles traçantes forment des arcs-en-ciel et les tas de bois servent heureusement d'abris. Enfin, au bout d'une heure, les GMR, qui ne se sentent vraiment pas en force, arrêtent le combat. Les prisonniers, les bras en l'air, sont rassemblés sur la route, armes et matériel aussi, et le tout prend le chemin du plateau. Hélas, dans notre coup de main, on déplore la mort du lieutenant Morel et de deux camarades ainsi que quelques blessés (voir le récit inédit de Roger Cerri). A la tête de la section d'éclaireurs-skieurs, Tom réussit à s'emparer de l'hôtel de France, siège de l'état-major du G.M.R.. Une violente discussion s'engage entre Morel et le commandant Lefèbvre arrivé le 7 mars. Sortant de sa poche un petit revolver, ce dernier tire à bout portant sur le lieutenant qui s'affaisse, tué sur le coup d'une balle en plein cœur (d'après les témoignages, entre autres, du maquisard René Dechamboux et de l'officier de paix Couret, tous deux présents). Lefèbvre est immédiatement abattu, mais la mort de Tom, remarquable entraîneur d'hommes, laisse un grand vide. Le lieutenant Jourdan-Joubert et, à partir du 14 mars, le lieutenant Bastian assurent le commandement par intérim du bataillon des Glières jusqu'au 18 mars où le capitaine Anjot (adjoint de Vallette d'Osia, puis de Clair) succède à Tom Morel.

Il était convenu entre Vichy et les Allemands que ceux-ci attaqueraient le plateau si les forces françaises ne parvenaient pas à le réduire. Deux jours après le grand parachutage du 10 mars, l'aviation allemande commence à bombarder les chalets. Les GMR, puis la Milice française (organisation fasciste et antisémite, voir les miliciens aux Glières) lancent quelques assauts, mais ceux-ci se soldent par de cuisants échecs. A partir du 23 mars, quatre bataillons d'infanterie, un bataillon de sécurité et un bataillon de police allemands, accompagnés par de l'artillerie (plus de quatre mille hommes réellement engagés dans l'opération Hoch-Savoyen*13, se concentrent en Haute-Savoie où se trouvent déjà près de quatre mille membres des forces de l'ordre françaises, dont la moitié encercle le plateau des Glières (voir les effectifs des Allemands et de leurs auxiliaires français aux Glières).

Pour le capitaine Anjot, la raison commanderait de se replier pendant qu'il est encore temps. La raison, mais pas l'honneur. En effet, depuis plusieurs semaines, à l'initiative de Cantinier qui, au nom de la France libre, veut un combat exemplaire (il a même annoncé la fausse nouvelle du largage d'un bataillon de parachutistes canadiens ! *14), un duel sur les ondes oppose deux orateurs de talent, Maurice Schumann pour Londres, Philippe Henriot pour Vichy *15. En France, en Grande-Bretagne et en Amérique, on apprend qu'une glorieuse rébellion a éclaté dans le Sud-Est. Manifestement, Glières est devenu un élément important de la guerre psychologique. Pour l'honneur de la Résistance, Anjot, officier expérimenté, réfléchi et impassible, se battra bien que sachant ce combat désespéré (« Sa grande idée est de sauvegarder l'honneur en épargnant le plus possible la vie des hommes », Pierre Golliet).

 

Maurice Anjot.

Ma vie importe peu si je parviens à sauver celle des autres.

 

Du 23 au 26 mars 1944, sous le commandement du colonel Schwehr, un groupement tactique de la 157e division de réserve (157. Reserve-Division) de la Wehrmacht, réunissant les quatre bataillons du régiment de chasseurs de montagne de réserve 1 (Reserve-Gebirgsjäger-Regiment 1 : Bataillon I./98, déjà stationné à Annecy, Btl. II./98, 99 et 100) et notamment deux batteries du groupe d'artillerie de montagne de réserve 79 (Reserve-Gebirgs-Artillerie-Abteilung 79), prend position autour du plateau des Glières (voir les effectifs des Allemands et de leurs auxiliaires français aux Glières). Le plan d'attaque est arrêté. Le groupe de combat (effectif d'un bataillon avec éclaireurs-skieurs en tenue blanche de camouflage) Stöckel (Btl. I./98) attaquera à partir de Thuy ; le groupe Schneider (Btl. 99) attaquera à partir d'Entremont ; le groupe Geyer (Btl. II./98) attaquera à partir du Petit-Bornand, le Btl. 100 (Kunstmann) demeurant en réserve à Thônes ; les opérations débuteront le 28 mars à l'aube *16.

Le 25 mars, l'artillerie pilonne et détruit les chalets de Monthiévret. Le 26 mars, l'aviation incendie une dizaine de chalets et mitraille les sous-bois. Tandis que de nouvelles tentatives de la Milice française sur le versant nord-ouest échouent, le commandement allemand lance deux Züge (sections) à l'attaque afin de tâter le dispositif de défense adverse aux deux extrémités du versant est, le plus accessible du plateau. En début de matinée au Lavouillon, la première Zug est repoussée par la section Liberté chérie bien retranchée dans les rochers ; en fin d'après-midi à Monthiévret (voir le combat décisif de Monthiévret), la seconde Zug (environ cinquante hommes avec quatre fusils-mitrailleurs MG 34 ou 42 et un lance-grenades de 50 mm) parvient à surprendre la section Saint-Hubert (dix-huit hommes avec trois F.-M. Bren) de flanc (voir la tactique de l'infanterie allemande dans l'attaque) et, malgré la contre-attaque d'une sizaine de la section Jean-Carrier, oblige les maquisards à se replier à la faveur de la nuit. Dans son carnet de route d'avril 1944, Roger Cerri, chef de groupe à la section Saint-Hubert, écrit : Vers cinq heures du soir, des coups de feu éclatent derrière nous ; l'alerte est donnée ; on ne voit rien ; un copain part en éclaireur (1 sur le croquis ci-dessous) et nous prévient qu'un nombre imposant de Boches nous ont pris à revers (2). La situation est critique : sur le grand alpage de Monthiévret, on est seulement dix-huit éparpillés en petits groupes (3, 4, 5). Les Boches, dissimulés par les arbres, avancent sans bruit. Brusquement, ils font leur apparition : les armes automatiques crépitent et les grenades explosent partout... Plusieurs camarades sont touchés. Plus de nouvelles de la première sizaine qui est avancée (5)... Les Boches projettent des grenades depuis la barre rocheuse située en arrière (6) ; la position devient intenable... L'ordre de décrochage est donné. A six, on se replie dans les rochers (7) ; une grotte nous sert d'abri (voir le récit inédit de Roger Cerri).

 

 

Voir le combat décisif de Monthiévret le 26 mars 1944.

Apprenant que les Allemands ont ouvert une brèche, mais ignorant qu'ils sont redescendus, le capitaine Anjot, qui estime l'honneur sauf, ordonne l'exfiltration du bataillon des Glières à vingt-deux heures. Le lendemain, les Allemands, qui ont capturé quelques hommes, s'aperçoivent que les maquisards tentent de s'échapper ; ils donnent aussitôt l'assaut général prévu pour le 28 mars, mais trouvent un plateau évacué par ses défenseurs. Le chef régional de la police de sécurité (Sipo-SD de Lyon), le lieutenant-colonel SS (SS-Obersturmbannführer) Knab, adresse le télégramme suivant à ses supérieurs : [...] l'opération a démarré aujourd'hui prématurément. [...] Le colonel Schwehr a été amené à prendre cette décision lorsqu'il a été en possession de renseignements sûrs disant que les terroristes avaient reçu l'ordre de quitter le plateau isolément. [...] Il ressort des dépositions des terroristes faits prisonniers qu'en raison du feu d'artillerie du 26 mars et de l'attaque d'une section d'assaut allemande le même jour, [les chefs de] ceux-ci étaient d'avis que l'attaque générale était déclenchée et avaient donné l'ordre de décrocher dans la nuit du 26 au 27 [...]. *17

Commence alors une chasse à l'homme méthodiquement organisée. Traqués, dénoncés entre autres par les GMR prisonniers pourtant bien traités, de nombreux maquisards sont abattus ou capturés par la Wehrmacht ou la Milice française. Comme Anjot a donné l'ordre de décrocher avant l'attaque générale déclenchée le 27 mars, les Allemands, de l'aveu du Kommandeur der Sipo-SD de Lyon, n'obtiennent pas « le résultat espéré au point de vue du nombre de tués et de prisonniers ». En définitive, il y aura environ cent quarante morts (vingt sédentaires et cent vingt maquisards dont Anjot et tous ses officiers sauf deux), tués au combat, sous la torture, fusillés ou déportés. En effet, les Allemands ne considèrent pas les maquisards comme des soldats réguliers, mais comme des francs-tireurs. La région est bouleversée par cette tragédie, mais cette défaite se transforme en victoire morale (« Défaite des armes, mais victoire des âmes », Romans-Petit). Le sang des défenseurs du plateau n'a pas été versé en vain. En 1944, pour les combattants des Glières, qui ont affronté l'ennemi à visage découvert, il a racheté la mollesse et la soumission de la France.

 

18 octobre 1944, cimetière de Morette : troisième à partir de la droite, Roger Cerri porte le cercueil du capitaine Anjot, précédé de celui du lieutenant Dancet et suivi de celui du sergent Vitipon.

 

A l'époque, l'événement fait grand bruit : Radio Paris, à la solde de l'occupant, passe sous silence l'intervention allemande et crie à la victoire des forces de Vichy sur un « ramassis de lâches terroristes communistes et étrangers » qui se seraient rendus sans se battre ; au contraire, Radio Londres et Radio Alger, au service des Français libres, glorifient la résistance des patriotes qui auraient, en tenant deux semaines face à une division alpine de la Wehrmacht au complet, soutenue par des Waffen-SS et appuyée par une forte artillerie et une nombreuse aviation, « ressuscité [l'armée française] sur le sol même de la nation ». Ainsi, comme l'écrit l'historien Crémieux-Brilhac, « un épisode local de résistance [se transforme] en épopée [...] et la bataille des Glières [devient] une des phases les plus dramatiques de la guerre psychologique » *18.

Pour le chef régional Alban Vistel, il est indéniable que la douloureuse épopée des Glières eut un retentissement considérable [...] Les conséquences en furent un affermissement de prestige pour le gouvernement de la France libre et un appui accru pour nos mouvements *19.

En particulier, le grand parachutage anglo-américain du 1er août 1944 sur le plateau des Glières a permis aux résistants d'empêcher la plus grande partie des Allemands (policiers, douaniers et soldats, la plupart hospitalisés), contraints au repli par l'avance alliée, de quitter le département *20.

 

* (Alban Vistel, La nuit sans ombre, p. 362)

L'idée première fut de faire du plateau des Glières le centre des parachutages. La R.A.F. jugeait périlleux le survol des Alpes ; après des tentatives malheureuses, les opérations ne furent acceptées que sur des plateaux ou des plaines. Mais, à partir de janvier [1944], l'idée évolue. Comme au Vercors, l'on suppute en haut lieu la possibilité d'y rassembler des effectifs importants, solidement armés et encadrés, protégés par les défenses naturelles. En un temps encore non précisé, l'on y parachutera des commandos, des armes lourdes. Ainsi seront créés de solides îlots qui accrocheront une partie des forces ennemies et feront peser une lourde menace sur ses arrières et ses mouvements. Cette thèse retient l'attention de la plupart des cadres d'active qui retrouvent là un schéma familier : comment ne point songer à ressusciter une unité aussi prestigieuse que le 27e B.C.A. ? De nombreux chalets offrent leur abri ; les camps étant regroupés, l'instruction des réfractaires y sera d'autant plus aisée que l'on disposera de cadres excellents ; quant aux parachutages que l'on promet massifs, ils s'effectueront en toute sécurité. De plus, au cours d'un hiver long et rude, les camps aux maigres effectifs ne pourraient offrir de résistance aux opérations répressives : ils seraient liquidés les uns après les autres. Ceux qui s'y opposent considèrent ces avantages mineurs auprès du terrible risque qui découle de la concentration de tous nos effectifs en un seul lieu. Au fond, n'est-ce pas ce que souhaite l'ennemi ? Le mouvement des camps vers le plateau ne saurait passer inaperçu ; bien informé, disposant du nombre et des moyens, il frappera durement, préférant une vaste opération à un harcèlement incessant et coûteux. Pour les nôtres, en plein hiver, dans la neige épaisse, une retraite peut se changer en désastre. Le chef régional de l'A.S., Didier, voudrait que l'on renonçât au projet, mais des considérations relevant d'un ordre qui dépasse notre terroir et nos doctrines vont l'emporter. Dans son témoignage, Jean-Paul (Guidollet), qui deviendra le chef départemental des M.U.R., rapporte que la décision fut prise lors d'une réunion tenue à Annecy début février [1944] avec Cantinier, Anjot, Clair ; les deux thèses s'y affrontent : Cantinier soutient avec acharnement la thèse du regroupement. « L'action de guérilla, de sabotage n'était pas suffisante. Il fallait fournir à Londres la preuve que la Résistance ne s'exprimait pas seulement en paroles, mais par des faits et qu'elle représentait une force considérable avec laquelle les Allemands devraient compter. A contrecoeur, nous avons tous décidé de nous rallier à la position catégorique adoptée par Cantinier. En ce qui me concerne, avec le recul des années, je me rends compte que cette grave et terrible décision était, en fait, la seule solution valable pour faire admettre par les Alliés que la Résistance intérieure était capable de combattre. Contrairement à ce que certains ont prétendu, il ne s'agissait ni d'une décision prise à la légère ni d'une décision inspirée par des considérations d'ordre personnel, mais d'une prise de conscience brutale des difficultés que nos représentants devaient surmonter à Londres. »

*1 Jean-Pierre AZEMA, De Munich à la Libération (1938 - 1944), Paris, Seuil, 1980
*2 Paul ABRAHAMS, La Haute-Savoie contre elle-même : 1939 - 1945, Saint-Julien-en-Genevois, La Salévienne, 2006
*3 Ibid.
*4 Claude BOURDET, L'aventure incertaine, Paris, Editions du Félin, 1998
*5 Jean-Pierre AZEMA, op. cit.
*6 Pierre MOUTHON, Haute-Savoie, 1940 - 1945 - Résistance, Occupation, Collaboration (Voir bibliographie page suivante.)
*7 Alain DALOTEL, Le maquis des Glières (Voir bibliographie page suivante.)
*8 Archives nationales AJ 40/983, rapport sur l'opération Korporal contre les maquis de l'Ain du 5 au 13 février 1944 : Bericht über die Tätigkeit der eingesetzten Wehrmachtteile bei der Aktion 'Korporal' gegen Terroristen vom 5.-13.2.1944, dr. 6. Abschnitts-Kommandeur, Br. B. Nr. 288/44 geh. v. 17.2.1944. 0rdre du 3 février 1944 du commandant en chef à l'Ouest, cité par Ludwig Nestler in Die faschistische Okkupationspolitik in Frankreich (1940 - 1944) (1990) et par Ahlrich Meyer in Die deutsche Besatzung in Frankreich 1940 - 1944 - Widerstandsbekämpfung und Judenverfolgung (2000).
*9 Jean-Louis CREMIEUX-BRILHAC, La France libre (Voir bibliographie page suivante.)
*10 Alain DALOTEL, op. cit.
*11 Michel GERMAIN, Glières, mars 1944 -  « Vivre libre ou mourir ! » - L'épopée héroïque et sublime (Voir bibliographie page suivante.)
*12 Jean-Louis CREMIEUX-BRILHAC, « La bataille des Glières et la guerre psychologique », Revue d'histoire de la Seconde Guerre mondiale (Voir bibliographie page suivante.)
*13 abbé Jean TRUFFY, Mémoires du curé du maquis des Glières, télégrammes Sipo-SD (Voir bibliographie page suivante.)
*14 Claude ANTOINE, Le bataillon des Glières (Voir bibliographie page suivante.)
*15 Jean-Louis CREMIEUX-BRILHAC, op. cit.
*16 abbé Jean TRUFFY, télégrammes Sipo-SD, op. cit.
*17 Ibid.
*18 Jean-Louis CREMIEUX-BRILHAC, op. cit.
*19 Alban VISTEL, La nuit sans ombre (Voir bibliographie page suivante.)
*20 Pierre MOUTHON, op. cit.



Carte de la bataille et chronologie des opérations

 



Autre carte grand format avec emplacement des unités

 

31 janvier 1944 : arrivée sur le plateau de trois camps A.S. (environ cent vingt hommes) sous la protection du corps franc de Thônes.

5 février : déclenchement des opérations par une rafle de la Milice à Thônes ; accrochage avec le corps franc (seuls Roger Cerri et Chocolat en réchappent, voir le récit de Roger Cerri).

7 février : à l'Essert, les gardes mobiles tirent sans sommation sur une sizaine de ravitaillement et font prisonniers trois maquisards.

12 février : de nouveau à l'Essert, un important détachement de gardes mobiles en reconnaissance tombe dans une embuscade : deux tués, six blessés (dont deux mortellement), trois prisonniers ; aucune perte du côté des maquisards.

13 février : encerclement complet du plateau par les forces de l'ordre.

14 février : premier parachutage : cinquante-quatre conteneurs.

2 mars : expédition punitive contre les GMR cantonnés à Saint-Jean-de-Sixt.

5 mars : deuxième parachutage : trente conteneurs.

7 mars : la Garde mobile est relevée par les G.M.R..

8 mars : accrochages avec la Milice en reconnaissance au col du Freu et aux Collets : un milicien est mortellement blessé.

9 au 10 mars : coup de main contre les GMR stationnés à Entremont : deux policiers sont tués (dont le commandant Lefèbvre), trois blessés et soixante prisonniers ; deux maquisards sont tués sur le coup (dont le lieutenant Tom Morel), trois blessés (dont un grièvement).

10 mars : par représailles, les GMR attaquent en direction de Notre-Dame-des-Neiges et... tombent dans une embuscade : dix prisonniers. Dans la nuit, troisième parachutage : selon les télégrammes secrets anglais (Crémieux-Brilhac), dix-sept avions larguent environ deux cent cinquante conteneurs (dont un dixième se pose en dehors du plateau).

12 mars : trois Heinkel 111 lancent cent dix bombes de cinquante kilos qui détruisent deux chalets.

17 mars : un appareil bombarde le col des Auges, la position la plus élevée.

18 mars : la Milice relève les GMR en première ligne.

20 mars : attaque des miliciens à la Rosière et au col de Landron ; quatre maquisards en patrouille sont abattus.

22 mars : accrochage avec les miliciens au col du Freu.

23 mars : quatre Focke Wulf 190 mitraillent la plaine de Dran : quatre maquisards sont blessés (dont un mortellement et un gravement) ; un chalet est incendié.

24 mars : la Wehrmacht prend position au pied du plateau. Au col de la Buffaz, les miliciens tendent une embuscade à une sizaine de maquisards : un maquisard est tué, un autre grièvement blessé, mais un milicien est sérieusement touché et un autre fait prisonnier.

25 mars : bombardement aérien sur le plateau et pilonnage d'artillerie sur Monthiévret.

26 mars : le MATIN, les avions incendient une dizaine de chalets et font sauter le dépôt de munitions.
Attaque repoussée des miliciens au col de l'Enclave : deux morts, deux blessés, quatre disparus ; aucune perte du côté des maquisards.
Attaque repoussée des Allemands au Lavouillon : aucune perte ni pour ces derniers ni pour les maquisards.
Le SOIR, attaque et percée des Allemands à Monthiévret
(voir le combat décisif de Monthiévret) : aucune perte ; du côté des maquisards, deux tués et quelques blessés (dont un gravement).
La NUIT, ordre de décrochage...

27 mars : embuscade à Nâves : six maquisards tués (dont le capitaine Anjot) ; embuscade à Morette : une douzaine de maquisards sont capturés ; embuscade à Thorens : deux maquisards tués.

N.B. Par le message secret n° 1363/44 du 28 mars, le général Karl Pflaum, commandant les forces allemandes, informe son supérieur, le général Niehoff, Kommandant des Heeresgebietes Südfrankreich (région militaire du sud de la France), que ses propres pertes sont de deux sous-officiers et deux hommes fort accidentés (le 28 mars : deux du Btl. I./98, un du Btl. II./98 hors des Glières et un du Btl. 100, voir ci-dessous) tandis que les pertes ennemies se montent à quatre-vingt-huit prisonniers et trente-cinq morts (les Allemands ayant achevé deux blessés graves du maquis).

Les jours suivants : la Wehrmacht et, dans une moindre mesure, la Milice abattent et fusillent maquisards et sédentaires. A ce sujet, le docteur Peter Lieb (Department of War Studies, The Royal Military Academy Sandhurst, Grande-Bretagne) écrit dans « Wehrmacht, Waffen-SS et Sipo-SD : la répression allemande en France 1943-1944 » : D’une façon générale, à cette époque, pour toute la France occupée, le partage des responsabilités pendant les actions entreprises contre la Résistance était le suivant : les troupes impliquées avaient la responsabilité des questions purement militaires [tandis que] la Sipo-SD était responsable des affaires de police, autrement dit de la prise en charge et de l’exécution des prisonniers, des suspects et des civils aussi bien que de l’exercice d’autres représailles comme la destruction des maisons. Ainsi, un membre de la Sipo-SD accompagnait toujours chaque [unité] de la Wehrmacht pendant les opérations. C’était lui qui exerçait les responsabilités concernant toute forme de représailles. Dans un télégramme adressé à ses supérieurs, le chef régional de la police de sécurité (Sipo-SD de Lyon), le lieutenant-colonel SS (SS-Obersturmbannführer) Knab, précise que trois officiers ou sous-officiers SS de la police seront affectés à chacun des trois bataillons d’assaut de la Wehrmacht et que le centre de regroupement des prisonniers sera établi au commissariat de police frontalier (Grenzpolizeikommissariat ou Greko) d’Annecy dirigé par le capitaine SS (SS-Hauptsturmführer) Jeewe.



Organigramme du bataillon des Glières


Chef de bataillon : lieutenant Tom Morel [tué le 10 mars], puis capitaine Maurice Anjot [tué le 27 mars].

Adjoints : lieutenants Pierre Bastian (renseignements, logistique) [atrocement torturé et fusillé le 28 avril] et Jacques de Griffolet d'Aurimont (opérations) [tué le 29 mars].

Poste de commandement : Georges Decour (chef) [tué le 10 mars], Alphonse Métral (secrétariat), André Fumex (parachutages) et une dizaine d'hommes.

Infirmerie : docteur Marc Bombiger et son équipe (six hommes).

Section d'éclaireurs-skieurs : Lambert Dancet [tué le 27 mars] et vingt-cinq hommes.

Compagnie Joubert (lieutenant Louis Jourdan-Joubert) [au sud-ouest] : sections Leclerc [les Auges] (Robert Jouglas - fusillé le 24 avril), Hoche [Notre-Dame-des-Neiges - la Rosière] (Jean Rivaud - fusillé le 29 mars, puis Pierre Valazza) et Lyautey [les Collets] (Noël Cuenot).

Compagnie Forestier (adjudant-chef Louis Morel-Forestier) [au nord-ouest] : sections Chamois [Champ-Laitier - Pas du Roc] (Roger Lombard) et Coulon [col de Landron - l'Enclave] (Marius Cochet - tué le 28 août).

Compagnie Humbert (adjudant Henri Onimus-Humbert) [au nord-est] : sections Verdun [Tinnaz - col du Freu] (Georges Buchet), Liberté chérie [Tinnaz - le Lavouillon] (André Wolff), Allobroges [Outan - Creux des Sarrasins] (André Macé), Bayard [Fréchet - chemin de la Combe] (Roger Echasson - fusillé par la Résistance) et Mortier [appui mortiers à la Combe] (Louis Conte - fusillé le 4 mai).

Compagnie Lamotte (lieutenant Jacques Lalande-Lamotte - mort sous la torture en avril) [au sud-est] : sections Savoie-Lorraine [la Revoue - chemin du Talavé] (Lucien Cotterlaz-Rannard - fusillé le 1er avril), Ebro [le Talavé] (Gabriel Vilches-Agueyo), Renfort-Ebro [réserve au Grédé] (Antonio Jurado), Jean-Carrier [Monthiévret] (Pierre Barillot) et Saint-Hubert [Petit-Monthiévret] (André Guy - tué le 26 mars), voir le combat décisif de Monthiévret.

Au total : environ quatre cent cinquante hommes encadrés par des officiers et sous-officiers du 27e bataillon de chasseurs alpins d'Annecy, équipés d'armes légères (voir les principales caractéristiques) : pistolets-mitrailleurs Sten, fusils Enfield, grenades Mills, fusils-mitrailleurs Bren ; de quelques mitrailleuses et de deux mortiers de 81.



Unités de la Wehrmacht aux Glières

(Source : Bundesarchiv-Militärarchiv RH 28-8/5, rapport sur l'opération Frühling de la 157. Res.Div. au Kommandant Heeresgebiet Südfrankreich : Bericht über das Unternehmen 'Frühling', 157. Reserve-Division, Ia Nr. 2009/44 geh. v. 15.5.1944. En effet, les unités allemandes réunies du 7 au 18 avril 1944 pour l'opération Frühling contre les maquis de l'Ain étaient sans doute les mêmes que celles engagées contre les Glières, l'artillerie de montagne en moins.)

 

Désignation allemande Traduction française
Stabskp./Res.Geb.Jäg.Rgt. 1 compagnie d'état-major du régiment de chasseurs de montagne de réserve 1 (Oberst Franz Schwehr)
Nachr.Kp./Res.Geb.Jäg.Rgt. 1 compagnie de transmissions du régiment de chasseurs de montagne de réserve 1 (Oberleutnant Christian Herrmann)
Res.Geb.Jäg.Btl. I./98 bataillon de chasseurs de montagne de réserve I./98 (Hauptmann Ludwig Stöckel) [attaque à partir de Thuy]
Res.Geb.Jäg.Btl. II./98 bataillon de chasseurs de montagne de réserve II./98 (Hauptmann Rudolf Geyer) [attaque à partir du Petit-Bornand]
Res.Geb.Jäg.Btl. 99 bataillon de chasseurs de montagne de réserve 99 (Hauptmann Hans Schneider) [attaque à partir d'Entremont]
Res.Geb.Jäg.Btl. 100 bataillon de chasseurs de montagne de réserve 100 (Hauptmann Johann Kunstmann) [réserve à Thônes]
3./Res.Gren.Btl. 179 3e compagnie du bataillon de grenadiers de réserve 179 (deux sections) [appui Milice à Thorens]
Res.Geb.Art.Abt. 79 groupe d'artillerie de montagne de réserve 79 (deux batteries et une section)
Pz.Jäg.Kp./Res.Geb.Jäg.Rgt. 1 compagnie antichar du régiment de chasseurs de montagne de réserve 1
Heeres-Flak-Abt. 958 (mot.) groupe antiaérien motorisé 958 de la réserve générale de l'armée (deux compagnies) [sécurité zone]
Feldgendarmerietrupp d 924 (mot.) section motorisée de gendarmerie de campagne type « d » 924 [sécurité générale]
deux Kw.Kol. der 157. Res.Div. deux colonnes de ravitaillement de la 157e division de réserve
deux Kw.Kol. des Kmdt.H.G.S.F. deux colonnes de ravitaillement de la région militaire du sud de la France
San.Kp. und Kr.Kw.Zug der 157. Res.Div. compagnie sanitaire avec section motorisée de transport de la 157e division de réserve
Kw.Werkstattzug der 157. Res.Div. section atelier de la 157e division de réserve



Pertes de la Résistance et de la Wehrmacht aux Glières

 

  • Pertes de la Résistance (Source : Michel Germain, Glières, mars 1944 -  « Vivre libre ou mourir ! » - L'épopée héroïque et sublime, voir bibliographie page suivante)


    MORTS DES GLIERES MAQUISARDS SEDENTAIRES
    Tués par les Allemands 20 1
    Tués par la Milice ou le M.O. 17 (avec Georges Laruaz tué le 5 février 1944 à Thônes) dont 9 F.T.P. et 2 Espagnols 0
    Fusillés par les Allemands 50 4
    Fusillés par la Milice ou le M.O. 16 1
    Morts de la déportation 18 (avec André Laruaz et André Rollin pris le 5 février 1944 à Thônes) 14

    Au total, sont morts vingt sédentaires et exactement cent vingt et un maquisards dont dix-huit de la déportation.

     

  • Pertes de la Wehrmacht (Source : Berlin, Deutsche Dienststelle, WASt, Namentliche Verlustmeldung Nr. 1. 16.2.-25.4.44, Nr. 2. 12.9.43-28.6.44, Nr. 3. 16.2.-25.4.44, Nr. 4. 16.2.-25.4.44 ; listes obligeamment fournies par le docteur Peter Lieb, Department of War Studies, The Royal Military Academy Sandhurst, Grande-Bretagne)


    UNITES TUES BLESSES
    Res.Geb.Jäg.Btl. I./98 1 le 27 mars 1944 à Notre-Dame-des-Neiges 2 le 28 mars à La Balme-de-Thuy (accident)
    Res.Geb.Jäg.Btl. II./98 2 le 30 et le 31 mars au Petit-Bornand (projectile d'infanterie) 2 le 28 et le 30 mars (accidents)
    Res.Geb.Jäg.Btl. 99 0 0
    Res.Geb.Jäg.Btl. 100 0 1 le 28 mars à Thônes (accidentellement par sentinelle allemande)
    3./Res.Gren.Btl. 179 0 0
    Res.Geb.Art.Abt. 79 0 2 le 24 mars au Petit-Bornand et le 30 mars sur le plateau (décédé le 3 avril 1944 à l'hôpital)

    Au total, les Allemands ont eu trois tués et sept blessés (dont cinq accidentellement).

     

    Selon Jean-Louis Crémieux-Brilhac (La France libre, p. 810, voir bibliographie page suivante), les pertes allemandes [ont été] légères. Un tué [accidentellement] et quelques blessés [...], à en croire le rapport n° 369 du 4 mai 1944 du préfet (AN, F1c3/1187), [...] qui concorde avec les conclusions de Henri Amouroux, fruit d'une scrupuleuse enquête.

    D'après Henri Amouroux (La grande histoire des Français sous l'Occupation, t. VII, p. 293 et 294, voir bibliographie page suivante), des treize soldats morts le 26 mars et ensevelis aujourd'hui à Dagneux (cimetière militaire allemand pour le sud-est de la France, Alain Cerri), un seul, Kurt Piler, né le 24 août 1914, a été primitivement enterré à Annecy, tous les autres ayant été enterrés dans des lieux [...] éloignés des Glières [...]. Des onze morts du 27 mars ensevelis à Dagneux, un seul, Karl Fisher, né le 26 juin 1913, appartenant au bataillon 100, [...] a été enterré primitivement [à] Aix-les-Bains.



    Bilan de la bataille des Glières par l'historien Jean-Louis Crémieux-Brilhac

    (Revue d'histoire de la Seconde Guerre mondiale, 99, 1975)

     

    L'ambition stratégique de certains des jeunes chefs de l'Armée secrète a été déçue : leur réduit n'a pas tenu jusqu'au débarquement. [...] Sur le plan tactique, l'idée même de réduit est condamnée [...], les regroupements de maquis apparaissent plus que jamais comme une erreur. [...] Les pertes des maquisards ont surtout été lourdes lors de la redescente dans les vallées : la moitié de l'effectif est tuée ou prisonnière (en fait, exactement les deux tiers, Alain Cerri). Un énorme matériel a été perdu.

    Mais juger l'affaire sur la seule comptabilité des pertes, c'est en rétrécir singulièrement le sens et la portée. [...] ce n'est pas non plus sur le seul plan de l'efficacité locale que les responsables des Glières ont voulu situer leur action, et c'est bien pourquoi les polémiques * qui se sont engagées après la Libération étaient sans issue. Ils l'ont située sur le plan d'une efficacité plus haute, psychologique et politique. Dans cette perspective, qui peut dire qu'ils n'aient pas atteint leur but ? Une défaite des armes peut être une victoire d'opinion. [...] les combattants de Haute-Savoie ont défini et comme projeté vers l'extérieur l'image qu'ils souhaitaient donner d'eux-mêmes ; ils ont pu, à l'écoute de la B.B.C., suivre l'édification de leur propre légende. Cette légende, qui sait s'ils l'auraient vécue de la même façon et jusqu'au bout, comme ils l'ont fait, s'ils n'avaient su - ou cru - que la France entière les regardait ?

    * Cf. R.1.3 : Francs-tireurs et partisans de la Haute-Savoie (sans nom d’auteur), préface de Marcel Prenant, Editions France d’Abord, Paris, 1946 […]. Cet ouvrage [d'obédience communiste], rédigé par Bonfils et Loreilhe, dénonce comme un crime le regroupement sur le plateau. Il condamne avec violence « le mot d’ordre venu de Londres, servant mieux les intérêts de l’impérialisme anglo-saxon que ceux de la Libération » et auquel des patriotes ont été « inutilement sacrifiés ».




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