SS-Polizei et Waffen-SS

SS-Polizei et Waffen-SS

Page modifiée le 23 octobre 2019.




Emblème de la police d'ordre (Ordungspolizei ou Orpo)



Les membres en uniforme des unités de police d'ordre (Ordungspolizei ou Orpo) allemandes n'étaient pas des Waffen-SS (des soldats SS) ni même des SS au sens strict. En effet, si, en 1936, les forces de police allemandes passèrent sous la direction de la SS, tous les policiers ne devinrent pas des SS et, dans la police d'ordre, seuls certains cadres le furent (les runes SS argentées sous la poche gauche de poitrine et le grade dans la SS adjoint au grade dans la police indiquant l'appartenance personnelle à la SS). Certes, en février 1943, les régiments de police furent renommés régiments de police SS, mais ce changement fut purement nominal en vue de remonter le moral des troupes et ne concerna ni le recrutement et l'organisation, ni la formation et l'entraînement, ni l'équipement et l'armement.

Ces régiments étaient surtout composés d'Allemands ou de Volksdeutsche de moins de vingt ans ou de plus de quarante, ou inaptes au combat en première ligne, et comprenaient généralement trois bataillons, en principe à quatre compagnies, théoriquement de cent vingt-cinq hommes chacune, dont une d’appui (mitrailleuses et mortiers), ainsi qu’une compagnie régimentaire blindée dotée d’engins de prise, mais ceux-ci faisaient souvent défaut.




Unterwachtmeister (agent de la police d'ordre - selon l'insigne sur la poche gauche de poitrine - de 1ère classe - selon les galons sur les épaulettes).


Deux bataillons de police stationnèrent successivement en Haute-Savoie en 1943 et 1944 : un bataillon du 28e régiment du 9 septembre 1943 au 25 mars 1944, puis un bataillon du 19e régiment jusqu'au 19 août 1944.


Le Polizei-Regiment 28 fut entièrement restructuré en novembre 1942 sous le commandement de l'Oberstleutnant der Schutzpolizei (lieutenant-colonel) Fritz Helmut Kosterbeck : ses deux premiers bataillons furent reformés avec du personnel issu des 3e bataillons des 4e et 17e régiments de police ; son 3e bataillon fut reformé avec du personnel issu notamment de la Polizei-Sonder-Kompanie Todt (compagnie spéciale de police Todt). Sa compagnie régimentaire, au complet, dotée de dix-huit engins blindés provenant de la 7. Polizei-Panzer-Kompanie (7e compagnie blindée de police) de la Kraftfahrschule der Ordnungspolizei (Ecole automobile de la police d’ordre), fut d’abord casernée à Marseille avant d’être envoyée le 11 juillet 1943 en Croatie pour lutter, dans le cadre du SS-Polizei-Regiment 14, contre les partisans du massif montagneux de Fruška gora.

Ce fut seulement en août 1943 que les 2e et 3e bataillons (jusqu’alors en Lettonie et en Ukraine) du 28e régiment, rebaptisé SS-Polizei-Regiment 28 depuis février, rejoignirent, en France, le 1er bataillon cantonné à Brest. Le régiment fut alors déployé dans le Sud et participa à plusieurs opérations contre les résistants.

En Haute-Savoie, le 3e bataillon (9e compagnie à Annemasse, 10e compagnie à Cluses et 12e compagnie à Annecy avec l’état-major) se distingua par sa brutalité, particulièrement la 9e compagnie (Hauptmann, capitaine, Lottmann), composée, pour un tiers, de Croates et de Bosniaques, dont un détachement, commandé par l’Oberleutnant (lieutenant) Dittmann, croyant trouver des armes au château d’Habère-Lullin où se déroulait, en fait, un bal clandestin, massacra vingt-cinq jeunes gens au cours de la nuit de Noël 1943 !

En février - mars 1944, le 28e régiment fut relevé par le 19e qu'il remplaça en Slovénie. À la fin de la guerre, commandé, depuis octobre 1944, par le Major der Schutzpolizei Johann Heinacker, il retrouva le 19e régiment au sein du Kampfgruppe (groupe de combat)  von Seeler, lequel se replia par le col de Loïbl jusqu'à Ferlach en Autriche où il fut fait prisonnier par les Britanniques.


Le Polizei-Regiment 19 fut créé le 9 juillet 1942 dans l’Alpenland avec les bataillons de police 72, 171 et 181, et commandé, jusqu'en avril 1943, par le SS-Standartenführer und Oberst der Schutzpolizei (colonel de la SS et de la police) Bernhard Griese.

Le 19e régiment fut vite envoyé en Slovénie à Kamnik (Stein in Krain en allemand) au nord de la capitale Ljubljana (Laibach en allemand, Lubiana en italien) pour effectuer des tâches de police générale et surtout des opérations anti-partisans, notamment dès septembre 1942 entre Trbovlje et Prebold au sud-ouest de Celje (Cilli en allemand), puis en janvier 1943 en Gorenjska (Oberkrain en allemand, Haute-Carniole en français) près de Kropa. Le 24 février 1943, le 19e régiment reçut l'appellation de SS-Polizei-Regiment 19. En avril, ce fut l'Oberstleutnant der Schutzpolizei Hübert Kölblinger qui prit le commandement.

En septembre 1943, après la capitulation de l’Italie, le 19e régiment participa au désarmement des unités italiennes de son secteur, puis, du 12 octobre au 10 novembre 1943, à des combats contre des partisans à la frontière de la Croatie dans la région de Novo Mesto (Rudolfswerth en allemand) durant lesquels l'un de ses bataillons, encerclé, dut être ravitaillé par air, puis délivré par des formations mécanisées de la Waffen-SS.

En février - mars 1944, son 1er bataillon (I./SS-Polizei-Regiment 19), commandé par le Major der Schutzpolizei Wilhelm Fischer (remplacé provisoirement fin avril par le Major der Schutzpolizei Richard Maiwald), fut envoyé en Haute-Savoie afin d’assurer la sécurité sur les arrières de l’opération Hoch-Savoyen menée contre le maquis des Glières. En sus de leurs armes individuelles, les policiers disposaient de fusils-mitrailleurs ZB vz. 26 (modèle 1926) tchèques, à l'origine du Bren anglais et servant dans la Wehrmacht sous la dénomination de leMG 26 (t).




(Env. 10 kg ; longueur : 1160 mm ; canon : 672 mm ; calibre : 7,92 x 57 mm ; vitesse initiale : env. 760 m/s ; portée pratique : env. 600 m ; cadence de tir : max. 500 cps/mn ; chargeur droit de 20 cps ou courbe de 30 cps.)


Le 1er bataillon du SS-Polizei-Regiment 19 releva le 3e bataillon du SS-Polizei-Regiment 28 Todt en partance pour la Slovénie : la 1ère compagnie (Oberleutnant Rassi) à Annecy, la 2e compagnie (Hauptmann Guth) à Annemasse et la 3e compagnie (Hauptmann Heinrich) à Cluses, renforcées par la compagnie régimentaire (13. Kompanie, Oberleutnant Kolmer), sans blindés, à Annecy (P.C. du bataillon commandé en été 1944 par le Hauptmann Schulz). A Annecy, la 1ère compagnie succéda au Gebirgsjäger-Bataillon I./98 au quartier de Galbert, avenue de Genève, et la 13e compagnie à la 12e compagnie du III./SS-Polizei-Regiment 28 Todt à l'école Saint-François, rue de la Gare, tandis que l’état-major du bataillon, avec une section administrative, occupa de nouveau l'hôtel du Mont-Blanc, rue Vaugelas.

Selon les Renseignements généraux français, à leur arrivée, les policiers du SS-Polizei-Regiment 19 « observ[èrent] une attitude beaucoup plus conciliante » que ceux du SS-Polizei-Regiment 28 Todt, car ils n’exercèrent pas de représailles en réaction contre les attentats d’avril 1944, mais peut-être étaient-ils trop occupés à pourchasser les maquisards des Glières ?! En effet, un peu plus tard, du 18 au 21 mai, sous l’autorité de la Sipo-SD, ils menèrent une vaste opération de ratissage dans le Chablais, qui conduisit à une centaine d’arrestations, à une dizaine d’exécutions et à une cinquantaine de déportations, sans compter les maisons et les nombreux chalets d’alpage incendiés.

Après le débarquement de Normandie, face à la recrudescence des embuscades tendues par la Résistance, qui leur causèrent la perte d’une cinquantaine d’hommes en deux mois, les policiers du SS-Polizei-Regiment 19 se montrèrent beaucoup plus agressifs envers la population : arrestations, exécutions, pillages et incendies se multiplièrent. Entre autres, le 15 juin, un détachement de la 1ère compagnie (une section sous le commandement du Stabsfeldwebel (adjudant-major) Szavados, qui avait déjà, le 5 juin, fait fusiller, par représailles, vingt-huit ouvriers des aciéries d’Ugine en Savoie) rasa le hameau des Puisots au-dessus d’Annecy et massacra les quelques habitants. Le même jour, puis le 18 juin, la compagnie régimentaire passa par les armes, sur le champ de tir de Sacconges, vingt-cinq maquisards emprisonnés.

Après le débarquement de Provence, les résistants attaquèrent les postes et convois des SS-Polizei. A Cluses, la 3e compagnie, retranchée dans l’Ecole nationale d’horlogerie, reçut le renfort d’éléments de la 1ère compagnie, qui réussirent à venir d’Annecy en camions malgré les barrages, mais, à la suite de violents combats contre un adversaire pugnace, bien armé par les parachutages alliés, et plus de quatre fois supérieur en nombre, les policiers survivants (environ cent cinquante) se rendirent aux maquisards F.T.P. et A.S. A Annemasse, alors que les deux tiers de son effectif se réfugièrent en Suisse, la 2e compagnie, réduite à une trentaine d’hommes, se rendit après une lutte de quatre heures à au moins un contre trois. A Annecy, le reste de la 1ère compagnie, la compagnie régimentaire et l’état-major du bataillon se rendirent avec les autres unités allemandes lors de la capitulation de la garnison le 19 août 1944.

A la fin du mois, comme la police allemande avait fusillé près de Lyon quatre-vingts prisonniers français, le commissaire de la République, Yves Farge, ordonna de passer par les armes le même nombre de prisonniers allemands choisis parmi les SS-Polizei détenus en Haute-Savoie.

En mai 1944, le reste du 19e régiment fut transféré en France dans le Massif central où son 3e bataillon (d'abord stationné à Lyon avec l'état-major régimentaire) renforça la Sicherungs-Brigade 74 (74e brigade de sécurité) von Jesser dans la bataille du mont Mouchet.

En juillet 1944, le 1er bataillon, tout en demeurant en Haute-Savoie, fut chargé de sécuriser la base sanitaire de l’opération Bettina dirigée contre le maquis du Vercors. En septembre 1944, désormais commandé par le Major der Schutzpolizei Bartscht, le 19e régiment cantonna à Langres, puis à Belfort pour protéger le gouvernement du maréchal Pétain. Le mois suivant, il combattit au sein de la 16. Volksgrenadier-Division (16e division de grenadiers du peuple) dans les alentours de Bruyères en Alsace.

Fin décembre 1944, le 19e régiment revint progressivement en Slovénie, poursuivit sa lutte contre les partisans et se regroupa à Celje en mars 1945. À la fin de la guerre, il fut affecté au Kampfgruppe von Seeler et, avec le 28e régiment, se replia par le col de Loïbl jusqu'à Ferlach en Autriche où il fut fait prisonnier par les Britanniques.


Sources générales :

  • Lexikon der Wehrmacht.

  • NIX, Phil, JEROME, Georges, The Uniformed Police Forces of the Third Reich, 1933 - 1945, Stockholm, Leandoer & Ekholm Förlag HB, 2nd edition, 3rd printing, 2006.

    Source pour la Haute-Savoie : MOUTHON, Pierre, Haute-Savoie, 1940 - 1945 - Résistance, Occupation, Collaboration, Epinal, Le Sapin d’Or, 1993.



    Quant aux Waffen-SS (les « SS en armes »), c'étaient, en principe, des volontaires, nommés ainsi depuis 1940, qui appartenaient à une formation spéciale de la SS (créée en 1935 sous le nom de SS-Verfügungstruppen ou SS-VT, c'est-à-dire « troupes à disposition ») et formaient, tout au moins pour la quinzaine de divisions germaniques (de la 1. SS-Panzer-Division Leibstandarte Adolf Hitler à la 18. SS-Freiwilligen-Panzergrenadier-Division Horst Wessel avec la Sturmbrigade française Frankreich), un corps de combattants nazis d'élite.

    Etaient-ils des soldats ou des policiers militarisés ?

    Le 17 août 1938, Hitler décréta qu'ils ne faisaient partie ni de la Wehrmacht ni de la police, mais qu’ils étaient à la disposition du Führer en tant que garde rapprochée et armée de l’intérieur. Les Waffen-SS étaient donc des soldats, mais des soldats « politiques » qui, chargés de défendre le régime, recevaient une instruction idéologique nazie, en tout cas au sein des unités « germaniques » susmentionnées, lesquelles se distinguaient des unités « ethniques », les Waffen-Divisionen der SS, telle la division française 33. Waffen-Grenadier-Division der SS Charlemagne.

    Néanmoins, sur le terrain, étaient-ils des soldats comme les autres ?

    Les formations de campagne de la Waffen-SS firent toute la guerre sous le commandement opérationnel tactique de la Wehrmacht et peuvent être considérées comme une branche de l’armée dont elles se rapprochèrent sur le plan de l'état d'esprit et du comportement. Toutefois, le Reichsführer-SS, Heinrich Himmler, qui commandait la Waffen-SS en temps de paix, continuait, en temps de guerre (où elle devait faire ses preuves et montrer l'exemple sur le front), à exercer son autorité sur le recrutement, la gestion et l’instruction, sur la réserve, sur l’organisation et la logistique des forces combattantes. Ainsi, endoctrinés au plus haut point (quoique de moins en moins au fil de la guerre où ils cultivèrent un esprit nihiliste et élitiste), les Waffen-SS étaient poussés au fanatisme, en tout cas amenés à se comporter plus brutalement et à commettre davantage de crimes de guerre que les soldats de la Wehrmacht pourtant déjà très « nazifiés », la plupart des membres du NSDAP (le parti nazi), de la SA, de la SS générale et de la Jeunesse hitlérienne y étant mobilisés.

    Avaient-ils des rapports étroits avec les camps de concentration et les groupes d’extermination ?

    Les premiers étaient gardés par des troupes particulières, les unités SS « Tête de mort » (SS-Totenkopfverbände), qui ne comprenaient que quatre régiments avant la guerre et qui dépendaient non de la Waffen-SS, mais de l'inspecteur des camps de concentration et chef des unités SS « Tête de mort » (Inspekteur der Konzentrationlager und Führer der SS-Totenkopfverbände). Cependant, au début du conflit, fut formée, avec quarante mille réservistes de la SS générale destinés aux renforts de police, une douzaine de nouveaux régiments (Totenkopfstandarten) qui procurèrent à Himmler une force militaire sur laquelle la Wehrmacht n’avait pas d’emprise. Tandis qu'en 1939, les premiers régiments constituèrent la division Totenkopf (qui deviendrait la 3. SS-Panzerdivision), les autres, non endivisionnés, participèrent à des opérations d’épuration ethnique (exécutions, déportation) dans les territoires occupés de l’Est jusqu’en 1941. Peu avant l’invasion de l’URSS, ces régiments furent soit dissous et leur personnel versé dans les unités de remplacement de la Waffen-SS, soit directement intégrés dans les formations combattantes de cette dernière s'ils avaient démontré des qualités militaires. En outre, pour des raisons administratives et, surtout, pour leur éviter d’être incorporés dans la Wehrmacht, Himmler conféra le statut de Waffen-SS à des membres de son personnel non combattant. En 1944, par exemple, environ quarante mille Waffen-SS (sur un total de six cent mille) étaient employés dans d’autres branches de l’organisation SS et plus de la moitié d’entre eux étaient affectés à l’office central WVHA qui gérait le système concentrationnaire. Ainsi, bien que les surveillants des camps ne fussent pas sous la responsabilité de la Waffen-SS, ils en portaient l’uniforme et y étaient immatriculés. De plus, il y eut, tout au long de la guerre, un échange limité, mais continu entre les bataillons de garde SS « Tête de mort » (SS-Totenkopfwachsturmbanne), placés sous la direction des chefs de camps (relevant de l'Amtsgruppe D du WVHA), et les troupes de ligne. En effet, avec l’augmentation des pertes, les gardes aptes au service militaire actif furent expédiés sur le front et remplacés dans les camps par des membres âgés ou inaptes de la SS générale et de la SA ainsi que par des soldats réformés aussi bien, d’ailleurs, de la Wehrmacht que de la Waffen-SS. Quant au personnel des Einsatzgruppen (groupes d'intervention, en fait d'extermination à l'Est), il provenait, pour les fonctions d'encadrement, de la police de sécurité (Sicherheitspolizei ou Sipo) et, pour les tâches d'exécution, surtout de la police d’ordre (Ordnungspolizei ou Orpo), mais aussi de la Waffen-SS : environ quinze cents hommes y furent assignés, souvent par mesure disciplinaire.


    Source : STEIN, George H., THE WAFFEN-SS, Hitler's Elite Guard at War, 1939 - 1945, New York, Cornell University Press, 1966.




    Page suivante.

    Page précédente.

    Table générale des matières.

    Alain Cerri : E-mail.

    page 5 quintum