Mon père Roger dans la Résistance française en Savoie (Glières)

Mon père Roger dans la Résistance française en Savoie (Glières)




English translation.



Roger Cerri, maquisard, puis chasseur alpin,
un homme qui, dès le début de l'Occupation en Haute-Savoie, a fait le choix de l'honneur, de sa patrie et de la lutte contre l'envahisseur.






Des hommes

Ont su mourir

Pour demeurer des hommes


Par-dessus les épaules

De leurs tueurs

Ils voyaient leur maison

Leur femme

Leurs moissons

Leur pays d'arbres et de fleuves


Et pour ne pas crier

Ils enfonçaient les ongles

Dans l'azur


Pierre Emmanuel




Citations



Le Secrétaire d'Etat aux Forces armées « Guerre », Max Lejeune, cite (Décision n° 868, 14 mars 1951, Paris), à l'ordre de la brigade,

Roger Cerri,

maquisard du 1er mars 1943 et combattant de Glières, nommé chef de groupe à la section Saint-Hubert (corps franc de Thônes), compagnie Lamotte du bataillon des Glières (Haute-Savoie, 31 janvier - 26 mars 1944),

pour avoir,

avec trois camarades, dont un fut tué et deux pris et déportés, accompli la mission dangereuse entre toutes de forcer le blocus du Plateau pour porter ordres et ravitaillement ;

eu une attitude magnifique lors du combat du 26 mars 1944 où il ne consentit à se replier qu'après épuisement de tous ses moyens et avoir vu tomber son chef et les deux tiers de ses camarades.

Ces citations comportent l'attribution de la croix de guerre avec étoile et de la médaille de la Résistance.




Monument aux Glières : Le grand oiseau blanc de Gilioli a planté ses serres ici (Malraux).




English translation.



Roger Cerri (Annecy, Haute-Savoie, FRANCE : 15 novembre 1921 - 30 avril 1993) combattit dans la Résistance française en Haute-Savoie de 1943 à 1944, puis, de 1944 à 1945, dans la nouvelle armée française en haute Maurienne vers l'Italie. Il fut nommé sergent et obtint la médaille de la Résistance et la croix de guerre avec étoile.



Roger était un vrai résistant ; il en a bavé ; c'était un homme honnête et droit qui ne se vantait jamais et qui a pourtant souvent frôlé la mort (Georges Perrotin, ancien éclaireur-skieur du bataillon des Glières, blessé à Entremont le 10 mars 1944).



Au terme de huit mois dans les Chantiers de la jeunesse (groupement Belledonne), Roger Cerri rejoignit l'Armée secrète (l'A.S., d'obédience gaulliste) le 1er mars 1943 sans attendre sa convocation pour le S.T.O.. Il fit d'abord partie du maquis très actif des Confins (près de La Clusaz dans le massif des Bornes), puis, après l'attaque italienne du 20 août 1943, du corps franc de Thônes qui, par des coups de main audacieux, ravitaillait les autres maquisards. Roger risqua sa vie de nombreuses fois... Par exemple, un jour qu'il escortait un camion bourré d'armes, il rencontra une compagnie allemande sur la route ! Heureusement, le commandant prit les maquisards pour de paisibles paysans et ordonna à sa troupe de se ranger sur le bas-côté ! Un autre jour, avec un autre camion d'armes, il aboutit par erreur dans une cour de gare pleine de soldats allemands ! Ceux-ci ne remarquèrent rien...


Le 21 novembre 1943, avec deux camarades, il reçut l'ordre de capturer le chef départemental de la Milice française et ses deux adjoints dans un restaurant à Thônes. Les maquisards bondirent dans la salle en criant : « Haut les mains ! » Les miliciens, d'anciens soldats, tentèrent d'utiliser leurs armes. Roger et ses camarades ouvrirent le feu : les collaborationnistes furent tués. A cette époque, ce fut un événement important.


Plus tard, le 5 février 1944, au retour d'une difficile mission nocturne dans la neige, Roger et plusieurs compagnons sans armes furent surpris dans leur sommeil par de nombreux miliciens qui les mitraillèrent. Seuls Roger et un ami purent se sauver en plongeant dans un torrent glacé... (Voir le récit de Roger.)


Au sein du bataillon des Glières, assiégé sur le haut plateau par environ deux mille miliciens, policiers et gardes mobiles français, Roger commandait un groupe dans la section Saint-Hubert (compagnie Lamotte). Dans la nuit du 9 au 10 mars 1944, il participa au combat d'Entremont au cours duquel le commandant en chef, Tom Morel, fut traîtreusement tué et soixante policiers de Vichy (G.M.R. : Groupes mobiles de réserve) furent faits prisonniers.


Fin mars, les quatre cent cinquante maquisards des Glières, légèrement armés par des parachutages britanniques, furent encerclés par plus de quatre mille policiers et soldats allemands dotés de mitrailleuses, de mortiers, d'artillerie lourde de campagne, d'automitrailleuses et d'avions d'attaque au sol. Durant deux semaines, Roger et ses camarades subirent un bombardement intensif qui les éprouva durement (tous leurs chalets furent détruits). Ils souffrirent aussi de la faim et du froid, car c'était un hiver extrêmement rigoureux avec beaucoup de neige.


Enfin, le 26 mars 1944, après un dernier pilonnage, l'infanterie allemande passa à l'offensive. Avec ses dix-sept compagnons d'armes, Roger tenait une position très exposée : un poste avancé qui surveillait l'accès au plateau le plus facile. Soutenant l'attaque principale d'une cinquantaine de soldats allemands, les dix-huit maquisards résistèrent jusqu'à la nuit, mais, inférieurs en nombre, ils finirent par être submergés. Roger et cinq hommes de son groupe réussirent à se cacher dans une grotte où ils restèrent deux jours sans manger. Finalement, au terme d'un long, périlleux et exténuant périple à travers les lignes ennemies, ils parvinrent à s'échapper... (Voir le récit inédit de Roger.)


Ensuite, Roger prit part aux combats de la Libération (compagnie Monnet, P.C. F.F.I., brigade volante des frontières, 1er bataillon de la Haute-Savoie). Fin août 1944, il se porta volontaire pour la durée de la guerre dans la 7e demi-brigade de chasseurs alpins (4e compagnie du 6e B.C.A., le bataillon du Vercors) et combattit sur les crêtes alpines en haute Maurienne contre les chasseurs de montagne allemands et les parachutistes italiens fascistes, notamment à la sanglante bataille du mont Froid début avril 1945 (voir Dans la bataille du mont Froid).



English translation.



Roger Cerri (Annecy, Haute-Savoie, FRANCE : November 15, 1921 - April 30, 1993) fought in the French Resistance in Haute-Savoie from 1943 to 1944, then, from 1944 to 1945, in the new French army in the upper Maurienne towards Italy. He became a sergeant and was awarded the Resistance Medal and the Military Cross with bar.



Roger was a true Resistance fighter ; he had a very rough time of it ; he was an upright and honest man who never boasted about what he did although he often came close to death (Georges Perrotin).



Roger Cerri joined the Gaullist Armée secrète (underground army) just after the German invasion of the South of France. At first, he belonged to the very active Maquis of Confins (near to La Clusaz in the Bornes range), then, after the Italian attack on the 20th of August 1943, he became a member of a special commando (corps franc de Thônes) which supplied the other maquisards (French partisans) by succeeding in dangerous raids. Roger barely escaped death many times... For instance, one day, when he escorted a truck full of arms, he met a German company on the road ! Fortunately, the commander thought it was only some quiet peasants and ordered his troops to get out of the way ! On another day, with another truck of arms, he went by mistake into a railway yard full of German soldiers who did not notice him...


On the 21st of November 1943, with two comrades, he was ordered to capture the Regional commander of the French Militia and his two assistants in a restaurant in Thônes. The maquisards rushed into the room and shouted : "Hands up !" The militiamen, former soldiers, tried to use their weapons. Roger and his comrades opened fire : the collaborationists were killed. It was an important event at that time.


Later, on the 5th of February 1944, after a difficult mission in the snow during the night, Roger and several unarmed companions were caught in their sleep by many militiamen machine-gunning them. Roger and one friend were the only ones able to escape by jumping in a cold mountain stream...


As part of the plateau of Glières battalion, surrounded by two thousand French militiamen and police, Roger commanded a squad in the St. Hubert platoon (Lamotte company). On the night of the 9th and the 10th of March 1944, he took part in the fight at Entremont where the commander-in-chief, Tom Morel, was traitorously killed and sixty Vichy GMR (police specially trained to fight against the Resistance) were taken prisoner.


At the end of March, the four hundred and fifty maquisards of Glières, lightly armed by parachute drops from the Royal Air Force, were encircled by more than four thousand German police and soldiers with machine guns, mortars, heavy field artillery, armoured cars and ground attack aircraft. Roger and his comrades were bombed for two weeks : they were hard hit (all their chalets were destroyed) and suffered from starvation and frigid conditions (it was an extremely hard winter with much snow).


Finally, on the 26th of March 1944, after another air raid and shelling, the German infantry took the offensive. With his seventeen companions in arms, Roger held a very exposed position : an advanced post overlooking the easiest access to the plateau. Sustaining the main attack from about fifty German soldiers, the eighteen maquisards fought and resisted into the night, but were outnumbered and overwhelmed. Roger and five men from his squad managed to hide in a cave where they stayed two days without food. Then, in a long, perilous and exhausting hike through the German lines, they succeeded in escaping... (See The Battle of Glières.)


After that, Roger took part in the combat for the liberation of France. At the end of August 1944, he enlisted as a volunteer for the duration in the mountain light infantry (the Vercors battalion in the chasseurs alpins) and fought in the Alps against the Germans and the Italian Fascists, notably in the bloody battle of Mount Froid in the beginning of April 1945 (see In the Battle of Mount Froid).




Un récit de Roger Cerri



publié en 1984 dans la revue La vallée de Thônes et Glières pendant la Deuxième Guerre mondiale (Amis du val de Thônes), reproduit en 1992 dans le livre de Michel Germain Le sang de la barbarie et, en 1994, dans le journal régional Le Dauphiné libéré.



Sur la route des Clefs, au lieu-dit La Curiaz, des maquisards du groupe franc dorment à poings fermés dans la ferme Barrachin. Roger Cerri se souvient : Nous étions rentrés vers quatre ou cinq heures du matin, dans une neige abondante, d'une mission de ravitaillement au plateau des Glières et nous étions fourbus. Le fils Barrachin est venu nous réveiller à sept heures et demie pour nous annoncer l'arrivée des miliciens. André Rollin, Georges Laruaz et son frère André sont partis à travers champs derrière la maison. Chocolat et moi, nous avons plongé dans le nant (« torrent » en savoyard, N.D.L.R.). Les miliciens nous ont mitraillés. Ils ont descendu Georges. André, blessé, a réussi à fuir vers le collège, mais il a été arrêté ainsi que Rollin. Ils ont été déportés et ne sont pas revenus. Chocolat et moi, nous avons continué à fuir par le nant et la forêt du Mont... Après Glapigny, sur la route de La Clusaz, nous avons rencontré le docteur Lathuraz qui nous a emmenés chez Pauthex à St-Jean-de-Sixt.




Un récit inédit de Roger Cerri



tiré de son carnet de route écrit dans son refuge de Montremont (au-dessus de Thônes) en avril 1944.




Le plateau des Glières.



[...] Dans la nuit du 9 au 10 mars 1944, « cravatage » des GMR d'Entremont qui ne sont pas sympathiques du tout ! Le plan est établi par les lieutenants Morel et Bastian. Cent cinquante maquisards descendent en trois groupes pour barrer toutes les issues. Avec quelques gars, je fais le tour de la localité pour couvrir l'amont. A l'arrivée aux abords du village, la garde, qui nous a repérés, commence à tirer au fusil-mitrailleur. La riposte est immédiate. Les balles traçantes forment des arcs-en-ciel et les tas de bois servent heureusement d'abris.

Enfin, au bout d'une heure, les GMR, qui ne se sentent vraiment pas en force, arrêtent le combat. Les prisonniers, les bras en l'air, sont rassemblés sur la route, armes et matériel aussi, et le tout prend le chemin du plateau. Hélas, dans notre coup de main, on déplore la mort du lieutenant Morel et de deux camarades ainsi que quelques blessés.


[...] Vers la mi-mars, l'aviation allemande entre en action : trois avions sillonnent le ciel, bombardent les chalets et mitraillent les sous-bois. La résistance est de se planquer, car, contre eux, rien à faire : la D.C.A. nous fait défaut ! Pendant quinze jours, les bombardements se succèdent... Pour finir, une division boche encercle le plateau.


[...] Le samedi 25 mars 1944, grand tir d'artillerie sur notre position de Monthiévret : les obus sifflent et éclatent un peu partout pendant plus de deux heures en dégageant une drôle d'odeur de poudre. Les chalets sont incendiés...




Ruine d'un chalet.



[...] Le dimanche 26 mars, branle-bas à trois heures du matin pour occuper nos postes de combat ; distribution de vivres et munitions. On tape un peu des pieds pour se réchauffer, car la nuit a été rigoureuse. Muni chacun de quelques couvertures, on va s'étendre dans la neige, dans l'attente. Le silence le plus complet plane sur la grande étendue. Soudain, vers dix heures, les avions recommencent leur ronde infernale au-dessus de nos têtes. Dans le lointain, des mitrailleuses et des armes automatiques crépitent ; tout le monde est aux aguets, les nerfs tendus.

Dans l'après-midi, je m'installe sous une couverture en attendant l'heure de garde et rêve aux beaux moments passés, car, dans ces cas-là, les bons souvenirs reviennent vite en mémoire. Tout est trop tranquille ; cela ne peut pas durer !

Vers cinq heures du soir, des coups de feu éclatent derrière nous ; l'alerte est donnée ; on ne voit rien ; un copain part en éclaireur et nous prévient qu'un nombre imposant de Boches nous ont pris à revers. La situation est critique : sur le grand alpage de Monthiévret, on est seulement dix-huit éparpillés en petits groupes. Les Boches, dissimulés par les arbres, avancent sans bruit. Brusquement, ils font leur apparition : les armes automatiques crépitent et les grenades explosent partout... Plusieurs camarades sont touchés... Plus de nouvelles de la première sizaine qui est avancée... Les Boches projettent des grenades depuis la barre rocheuse située en arrière ; la position devient intenable... L'ordre de décrochage est donné. A six, on se replie dans les rochers ; une grotte nous sert d'abri. Les Boches patrouillent de tous côtés et je vous assure qu'on passe un dur moment d'inquiétude.


La nuit se passe tant bien que mal. L'eau coule le long des parois de la grotte : les couvertures nous servent d'imperméables et les grenades de coussins. Le froid est vif, la nourriture nous fait défaut ; on essaie de ne pas trop bouger pour ne pas attirer l'attention.


[...] Le lendemain, on fait une reconnaissance en se dissimulant le plus possible. [...] Une nouvelle aventure commence. Glissant sur les reins dans une cascade gelée, on arrive au Borne. Là, on forme deux groupes pour traverser le torrent. [...] Le plat ventre est souvent de rigueur, car des phares éclairent les abords de la route. En retenant le plus possible sa respiration, on passe près des pièces d'artillerie. On s'arrête assez souvent aux craquements produits par les branchages et au passage des voitures. D'un bond, la route est franchie.

[...] Vers le haut du bois, un chalet est le bienvenu, mais, comme les Boches patrouillent dans le secteur, il faut bien vite l'abandonner. Avec les camarades retrouvés, on construit une cabane de fortune. Après une nuit très inconfortable, une averse nous fait prendre une bonne douche froide ! Nous marchons et trouvons un autre chalet, mais des nouvelles peu rassurantes nous parviennent. Nous repartons en pleine nuit. Dans un brouillard épais, on gravit la pente vers le sommet. Le jour se levant, la neige craque sous les pas et l'on s'enfonce terriblement. De rudes efforts sont nécessaires pour atteindre la crête.

Enfin, on aperçoit le Grand-Bornand. A la première ferme, un paysan, l'air anxieux, nous avertit que les Boches sillonnent la région : nous restons toute la journée dans la forêt.


[...] Au Chinaillon, les cultivateurs sont très chic : on se sent enfin en famille et cela met du baume au coeur. Mais les Boches inspectent les alentours : il nous faut de nouveau prendre la route. La marche dans la neige est vraiment harassante. Avec un peu de courage, l'étape se termine.


[...] On se dirige vers La Clusaz ; les habitants nous font très bon accueil, mais le secteur n'est pas tranquille. On décide de franchir le col des Aravis. Avec la neige profonde et une belle averse, le trajet est pénible.

A la Giettaz, les gens nous reçoivent froidement, mais nous finissons par être hébergés dans un petit café dont les patrons se montrent très serviables.


[...] Après huit jours de repos, je pars avec un copain en direction de Thônes à travers le plateau de Beauregard. Au terme de plusieurs heures de marche, nous arrivons à destination, mais nous devons attendre la nuit pour descendre au village.


[...] Finalement, nous voici tous de nouveau réunis à Montremont en attendant le calme et en espérant que ce cauchemar de bête traquée se terminera bien vite. L'histoire du plateau des Glières est finie, malheureusement pour de nombreux camarades qui n'auront pas le bonheur de revoir les êtres chers ni cette liberté que chacun désire de tout coeur.



Roger Cerri, né le 15 novembre 1921 à Annecy, est le fils de Rosalie Octavie Joséphine Volland, née le 28 mars 1896 à Choisy (issue, par sa mère, de la famille Convers établie à Thorens-Glières) et de Charles Cerri, né le 3 novembre 1888 dans le Piémont.



Ils ont méprisé les injures parce que leur âme était pure.

Ils ont accepté tous les risques d'une vie en marge de toutes les lois imposées par la servitude parce qu'ils étaient forts.

Ils ont souffert parce que leur idéal était grand.

Ils ont combattu parce qu'ils voulaient vaincre.

Beaucoup, hélas ! ont, avec leur sang, affirmé au monde la survivance de la vitalité de notre pays.

Tous se sont considérés comme les dépositaires de l'Honneur français.

Ils en ont été les gardiens passionnés, les soldats courageux.


Les obstinés, Henri Romans-Petit, chef des maquis de l'Ain et de la Haute-Savoie, 1945.




Pour connaître l'histoire des Glières.




Page suivante - Next page.


Page précédente - Previous page.


Table générale des matières - General contents.


Alain Cerri : E-mail.


page 4