Mon père Roger dans la Résistance française en Savoie (Glières)

Mon père Roger dans la Résistance française en Savoie (Glières)

Page modifiée le 10 août 2019.



Suppléments : Attaque des maquis de la vallée de Thônes avant Glières (1943 – 1944) - Affaire d’importance nationale : la mort du chef de la Milice française de Haute-Savoie à Thônes en 1943



English translation.



Roger Cerri, maquisard, puis chasseur alpin, 
un homme qui, dès le début de l'Occupation en Haute-Savoie, a fait le choix de l'honneur, de sa patrie et de la lutte contre l'envahisseur.






Des hommes

Ont su mourir

Pour demeurer des hommes


Par-dessus les épaules

De leurs tueurs

Ils voyaient leur maison

Leur femme

Leurs moissons

Leur pays d'arbres et de fleuves


Et pour ne pas crier

Ils enfonçaient les ongles

Dans l'azur


Pierre Emmanuel




Citations



Le Secrétaire d'Etat aux Forces armées « Guerre », Max Lejeune, cite (Décision n° 868, 14 mars 1951, Paris), à l'ordre de la brigade,

Roger Cerri,

maquisard du 1er mars 1943 et combattant de Glières, nommé chef de groupe à la section Saint-Hubert (corps franc de Thônes), compagnie Lamotte du bataillon des Glières (Haute-Savoie, 31 janvier - 26 mars 1944),

pour avoir,

avec trois camarades, dont un fut tué et deux pris et déportés, accompli la mission dangereuse entre toutes de forcer le blocus du Plateau pour porter ordres et ravitaillement ;

eu une attitude magnifique lors du combat du 26 mars 1944 où il ne consentit à se replier qu'après épuisement de tous ses moyens et avoir vu tomber son chef et les deux tiers de ses camarades.

Ces citations comportent l'attribution de la croix de guerre avec étoile et de la médaille de la Résistance.



Parcours, en bref, de Roger Cerri de 1942 à 1945

 

Dates Situation
1er mars 1942 au 31 octobre 1942 Chantiers de la jeunesse, groupement n° 12 Belledonne, camp 6, Vizille
Début mars 1943 à fin août 1943 Camp de Beauregard, puis maquis des Confins, la Lanchettaz, attaqué par l'armée italienne le 20 août 1943
Début septembre 1943 à début février 1944 Corps franc de Thônes, les Etouvières, puis la Curiaz, attaqué par la Milice française le 5 février 1944
Début février 1944 à début mars 1944 Corps franc de Thônes, Entremont, renseignement et ravitaillement du bataillon des Glières
Début mars 1944 à fin mars 1944 Chef de groupe à la section Saint-Hubert, compagnie Lamotte du bataillon des Glières, position de Monthiévret, attaquée par l'armée allemande le 26 mars 1944
Début avril 1944 à fin août 1944 Compagnie Monnet, P.C. F.F.I., brigade volante des frontières, 1er bataillon de la Haute-Savoie
Début septembre 1944 à fin mars 1945 Engagé volontaire pour la durée de la guerre, 7e demi-brigade de chasseurs alpins, 4e compagnie du 6e B.C.A., le bataillon du Vercors, peloton d'élèves sous-officiers : officiellement nommé sergent
Début avril 1945 Bataille du mont Froid, haute Maurienne
Mi-avril 1945 à fin mai 1945 Campagne de Maurienne-Italie
Début juin 1945 à fin décembre 1945 (démobilisation) Occupation du Tyrol autrichien




Monument aux Glières : Le grand oiseau blanc de Gilioli a planté ses serres ici (Malraux).




English translation.



Roger Cerri (Annecy, Haute-Savoie, FRANCE : 15 novembre 1921 - 30 avril 1993) combattit dans la Résistance française en Haute-Savoie de 1943 à 1944, puis, de 1944 à 1945, dans la nouvelle armée française en haute Maurienne vers l'Italie. Il fut nommé sergent et obtint la médaille de la Résistance et la croix de guerre avec étoile.



Roger était un vrai résistant ; il en a bavé ; c'était un homme honnête et droit qui ne se vantait jamais et qui a pourtant souvent frôlé la mort (Georges Perrotin, ancien éclaireur-skieur du bataillon des Glières, blessé à Entremont le 10 mars 1944).



Au terme de huit mois dans les Chantiers de la jeunesse (groupement Belledonne), Roger Cerri rejoignit l'Armée secrète (l'A.S., d'obédience gaulliste) le 1er mars 1943 sans attendre sa convocation pour le S.T.O.. Il fit d'abord partie du maquis très actif des Confins (près de La Clusaz, dans la chaîne des Aravis), puis, après l'attaque italienne du 20 août 1943, du corps franc de Thônes qui, par des coups de main audacieux, ravitaillait les autres maquisards. Roger risqua sa vie de nombreuses fois... Par exemple, un jour qu'il escortait un camion bourré d'armes, il rencontra une compagnie allemande sur la route ! Heureusement, le commandant prit les maquisards pour de paisibles paysans et ordonna à sa troupe de se ranger sur le bas-côté ! Un autre jour, avec un autre camion d'armes, il aboutit par erreur dans une cour de gare pleine de soldats allemands ! Ceux-ci ne remarquèrent rien...


Le 21 novembre 1943, avec deux camarades, il reçut l'ordre de capturer le chef départemental de la Milice française et ses deux adjoints dans un restaurant à Thônes. Les maquisards bondirent dans la salle en criant : « Haut les mains ! » Les miliciens, d'anciens soldats, tentèrent d'utiliser leurs armes. Roger et ses camarades ouvrirent le feu : les collaborationnistes furent tués. A cette époque, ce fut un événement d'importance nationale.


Plus tard, le 5 février 1944, au retour d'une difficile mission nocturne dans la neige, Roger et plusieurs compagnons sans armes furent surpris dans leur sommeil par de nombreux miliciens qui les mitraillèrent. Seuls Roger et son chef purent se sauver en plongeant dans un torrent glacé... (Voir le récit de Roger.)


Au sein du bataillon des Glières, assiégé sur le haut plateau par environ deux mille miliciens, policiers et gardes mobiles français, Roger commandait une sizaine dans la section Saint-Hubert (compagnie Lamotte). Dans la nuit du 9 au 10 mars 1944, il participa au combat d'Entremont au cours duquel le commandant en chef, Tom Morel, fut traîtreusement tué et soixante policiers de Vichy (G.M.R. : Groupes mobiles de réserve) furent faits prisonniers.


Fin mars, les quatre cent cinquante maquisards des Glières, légèrement armés par des parachutages britanniques, furent encerclés par plus de quatre mille policiers et soldats allemands dotés de mitrailleuses, de mortiers, d'artillerie lourde de campagne, d'automitrailleuses et d'avions d'attaque au sol. Durant deux semaines, Roger et ses camarades subirent un bombardement intensif qui les éprouva durement (tous leurs chalets furent détruits). Ils souffrirent aussi de la faim et du froid, car c'était un hiver extrêmement rigoureux avec beaucoup de neige.


Enfin, le 26 mars 1944, après un dernier pilonnage, l'infanterie allemande passa à l'offensive. Avec ses dix-sept compagnons d'armes, Roger tenait une position très exposée : un poste avancé qui surveillait l'accès au plateau le plus facile. Soutenant l'attaque principale d'une cinquantaine de soldats allemands, les dix-huit maquisards résistèrent jusqu'à la nuit, mais, inférieurs en nombre, ils finirent par être submergés. Roger et cinq hommes de son groupe réussirent à se cacher dans une grotte où ils restèrent deux jours sans manger. Finalement, au terme d'un long, périlleux et exténuant périple à travers les lignes ennemies, ils parvinrent à s'échapper... (Voir le récit inédit de Roger.)


Ensuite, Roger prit part aux combats de la Libération (compagnie Monnet, P.C. F.F.I., brigade volante des frontières, 1er bataillon de la Haute-Savoie). Fin août 1944, il se porta volontaire pour la durée de la guerre dans la 7e demi-brigade de chasseurs alpins (4e compagnie du 6e B.C.A., le bataillon du Vercors) et combattit sur les crêtes alpines en haute Maurienne contre les chasseurs de montagne allemands et les parachutistes italiens fascistes, notamment à la sanglante bataille du mont Froid début avril 1945 (voir Dans la bataille du mont Froid).



English translation.



Roger Cerri (Annecy, Haute-Savoie, FRANCE : November 15, 1921 - April 30, 1993) fought in the French Resistance in Haute-Savoie from 1943 to 1944, then, from 1944 to 1945, in the new French army in the upper Maurienne towards Italy. He became a sergeant and was awarded the Resistance Medal and the Military Cross with bar.



Roger was a true Resistance fighter ; he had a very rough time of it ; he was an upright and honest man who never boasted about what he did although he often came close to death (Georges Perrotin).



Roger Cerri joined the Gaullist Armée secrète (underground army) just after the German invasion of the South of France. At first, he belonged to the very active Maquis of Confins (near to La Clusaz, in the Aravis range), then, after the Italian attack on the 20th of August 1943, he became a member of a special commando (corps franc de Thônes) which supplied the other maquisards (French partisans) by succeeding in dangerous raids. Roger barely escaped death many times... For instance, one day, when he escorted a truck full of arms, he met a German company on the road ! Fortunately, the commander thought it was only some quiet peasants and ordered his troops to get out of the way ! On another day, with another truck of arms, he went by mistake into a railway yard full of German soldiers who did not notice him...


On the 21st of November 1943, with two comrades, he was ordered to capture the Regional commander of the French Militia and his two assistants in a restaurant in Thônes. The maquisards rushed into the room and shouted : "Hands up !" The militiamen, former soldiers, tried to use their weapons. Roger and his comrades opened fire : the collaborationists were killed. At that time, it was an event of national importance.


Later, on the 5th of February 1944, after a difficult mission in the snow during the night, Roger and several unarmed companions were caught in their sleep by many militiamen machine-gunning them. Roger and his leader were the only ones able to escape by jumping in a cold mountain stream...


As part of the plateau of Glières battalion, surrounded by two thousand French militiamen and police, Roger commanded a squad in the St. Hubert platoon (Lamotte company). On the night of the 9th and the 10th of March 1944, he took part in the fight at Entremont where the commander-in-chief, Tom Morel, was traitorously killed and sixty Vichy GMR (police specially trained to fight against the Resistance) were taken prisoner.


At the end of March, the four hundred and fifty maquisards of Glières, lightly armed by parachute drops from the Royal Air Force, were encircled by more than four thousand German police and soldiers with machine guns, mortars, heavy field artillery, armoured cars and ground attack aircraft. Roger and his comrades were bombed for two weeks : they were hard hit (all their chalets were destroyed) and suffered from starvation and frigid conditions (it was an extremely hard winter with much snow).


Finally, on the 26th of March 1944, after another air raid and shelling, the German infantry took the offensive. With his seventeen companions in arms, Roger held a very exposed position : an advanced post overlooking the easiest access to the plateau. Sustaining the main attack from about fifty German soldiers, the eighteen maquisards fought and resisted into the night, but were outnumbered and overwhelmed. Roger and five men from his squad managed to hide in a cave where they stayed two days without food. Then, in a long, perilous and exhausting hike through the German lines, they succeeded in escaping... (See The Battle of Glières.)


After that, Roger took part in the combat for the liberation of France. At the end of August 1944, he enlisted as a volunteer for the duration in the mountain light infantry (the Vercors battalion in the chasseurs alpins) and fought in the Alps against the Germans and the Italian Fascists, notably in the bloody battle of Mount Froid in the beginning of April 1945 (see In the Battle of Mount Froid).




Un récit de Roger Cerri



publié en 1984 dans la revue La vallée de Thônes et Glières pendant la Deuxième Guerre mondiale (Amis du val de Thônes), reproduit en 1992 dans le livre de Michel Germain Le sang de la barbarie et, en 1994, dans le journal régional Le Dauphiné libéré.



Sur la route des Clefs, au lieu-dit La Curiaz, des maquisards du groupe franc dorment à poings fermés dans la ferme Barrachin. Roger Cerri se souvient : Nous étions rentrés vers quatre ou cinq heures du matin, dans une neige abondante, d'une mission de ravitaillement au plateau des Glières et nous étions fourbus. Le fils Barrachin est venu nous réveiller à sept heures et demie pour nous annoncer l'arrivée des miliciens. André Rollin, Georges Laruaz et son frère André sont partis à travers champs derrière la maison. Chocolat et moi, nous avons plongé dans le nant (« torrent » en savoyard, N.D.L.R.). Les miliciens nous ont mitraillés. Ils ont descendu Georges. André, blessé, a réussi à fuir vers le collège, mais il a été arrêté ainsi que Rollin. Ils ont été déportés et ne sont pas revenus. Chocolat et moi, nous avons continué à fuir par le nant et la forêt du Mont... Après Glapigny, sur la route de La Clusaz, nous avons rencontré le docteur Lathuraz qui nous a emmenés chez Pauthex à St-Jean-de-Sixt.




Un récit inédit de Roger Cerri



tiré de son carnet de route écrit dans son refuge de Montremont (au-dessus de Thônes) en avril 1944.




Le plateau des Glières.



[...] Dans la nuit du 9 au 10 mars 1944, « cravatage » des GMR d'Entremont qui ne sont pas sympathiques du tout ! Le plan est établi par les lieutenants Morel et Bastian. Cent cinquante maquisards descendent en trois groupes pour barrer toutes les issues. Avec quelques gars, je fais le tour de la localité pour couvrir l'amont. A l'arrivée aux abords du village, la garde, qui nous a repérés, commence à tirer au fusil-mitrailleur. La riposte est immédiate. Les balles traçantes forment des arcs-en-ciel et les tas de bois servent heureusement d'abris.

Enfin, au bout d'une heure, les GMR, qui ne se sentent vraiment pas en force, arrêtent le combat. Les prisonniers, les bras en l'air, sont rassemblés sur la route, armes et matériel aussi, et le tout prend le chemin du plateau. Hélas, dans notre coup de main, on déplore la mort du lieutenant Morel et de deux camarades ainsi que quelques blessés.


[...] Vers la mi-mars, l'aviation allemande entre en action : trois avions sillonnent le ciel, bombardent les chalets et mitraillent les sous-bois. La résistance est de se planquer, car, contre eux, rien à faire : la D.C.A. nous fait défaut ! Pendant quinze jours, les bombardements se succèdent... Pour finir, une division boche encercle le plateau.


[...] Le samedi 25 mars 1944, grand tir d'artillerie sur notre position de Monthiévret : les obus sifflent et éclatent un peu partout pendant plus de deux heures en dégageant une drôle d'odeur de poudre. Les chalets sont incendiés...




Ruine d'un chalet.



[...] Le dimanche 26 mars, branle-bas à trois heures du matin pour occuper nos postes de combat ; distribution de vivres et munitions. On tape un peu des pieds pour se réchauffer, car la nuit a été rigoureuse. Muni chacun de quelques couvertures, on va s'étendre dans la neige, dans l'attente. Le silence le plus complet plane sur la grande étendue. Soudain, vers dix heures, les avions recommencent leur ronde infernale au-dessus de nos têtes. Dans le lointain, des mitrailleuses et des armes automatiques crépitent ; tout le monde est aux aguets, les nerfs tendus.

Dans l'après-midi, je m'installe sous une couverture en attendant l'heure de garde et rêve aux beaux moments passés, car, dans ces cas-là, les bons souvenirs reviennent vite en mémoire. Tout est trop tranquille ; cela ne peut pas durer !

Vers cinq heures du soir, des coups de feu éclatent derrière nous ; l'alerte est donnée ; on ne voit rien ; un copain part en éclaireur et nous prévient qu'un nombre imposant de Boches nous ont pris à revers. La situation est critique : sur le grand alpage de Monthiévret, on est seulement dix-huit éparpillés en petits groupes. Les Boches, dissimulés par les arbres, avancent sans bruit. Brusquement, ils font leur apparition : les armes automatiques crépitent et les grenades explosent partout... Plusieurs camarades sont touchés... Plus de nouvelles de la première sizaine qui est avancée... Les Boches projettent des grenades depuis la barre rocheuse située en arrière ; la position devient intenable... L'ordre de décrochage est donné. A six, on se replie dans les rochers ; une grotte nous sert d'abri. Les Boches patrouillent de tous côtés et je vous assure qu'on passe un dur moment d'inquiétude.


La nuit se passe tant bien que mal. L'eau coule le long des parois de la grotte : les couvertures nous servent d'imperméables et les grenades de coussins. Le froid est vif, la nourriture nous fait défaut ; on essaie de ne pas trop bouger pour ne pas attirer l'attention.


[...] Le lendemain, on fait une reconnaissance en se dissimulant le plus possible. [...] Une nouvelle aventure commence. Glissant sur les reins dans une cascade gelée, on arrive au Borne. Là, on forme deux groupes pour traverser le torrent. [...] Le plat ventre est souvent de rigueur, car des phares éclairent les abords de la route. En retenant le plus possible sa respiration, on passe près des pièces d'artillerie. On s'arrête assez souvent aux craquements produits par les branchages et au passage des voitures. D'un bond, la route est franchie.

[...] Vers le haut du bois, un chalet est le bienvenu, mais, comme les Boches patrouillent dans le secteur, il faut bien vite l'abandonner. Avec les camarades retrouvés, on construit une cabane de fortune. Après une nuit très inconfortable, une averse nous fait prendre une bonne douche froide ! Nous marchons et trouvons un autre chalet, mais des nouvelles peu rassurantes nous parviennent. Nous repartons en pleine nuit. Dans un brouillard épais, on gravit la pente vers le sommet. Le jour se levant, la neige craque sous les pas et l'on s'enfonce terriblement. De rudes efforts sont nécessaires pour atteindre la crête.

Enfin, on aperçoit le Grand-Bornand. A la première ferme, un paysan, l'air anxieux, nous avertit que les Boches sillonnent la région : nous restons toute la journée dans la forêt.


[...] Au Chinaillon, les cultivateurs sont très chic : on se sent enfin en famille et cela met du baume au coeur. Mais les Boches inspectent les alentours : il nous faut de nouveau prendre la route. La marche dans la neige est vraiment harassante. Avec un peu de courage, l'étape se termine.


[...] On se dirige vers La Clusaz ; les habitants nous font très bon accueil, mais le secteur n'est pas tranquille. On décide de franchir le col des Aravis. Avec la neige profonde et une belle averse, le trajet est pénible.

A la Giettaz, les gens nous reçoivent froidement, mais nous finissons par être hébergés dans un petit café dont les patrons se montrent très serviables.


[...] Après huit jours de repos, je pars avec un copain en direction de Thônes à travers le plateau de Beauregard. Au terme de plusieurs heures de marche, nous arrivons à destination, mais nous devons attendre la nuit pour descendre au village.


[...] Finalement, nous voici tous de nouveau réunis à Montremont en attendant le calme et en espérant que ce cauchemar de bête traquée se terminera bien vite. L'histoire du plateau des Glières est finie, malheureusement pour de nombreux camarades qui n'auront pas le bonheur de revoir les êtres chers ni cette liberté que chacun désire de tout coeur.



Roger Cerri, né le 15 novembre 1921 à Annecy, est le fils de Rosalie Octavie Joséphine Volland, née le 28 mars 1896 à Choisy, et fille d'Elie Albert Volland et de Joséphine Françoise Convers de Thorens-Glières.



Ils ont méprisé les injures parce que leur âme était pure.

Ils ont accepté tous les risques d'une vie en marge de toutes les lois imposées par la servitude parce qu'ils étaient forts.

Ils ont souffert parce que leur idéal était grand.

Ils ont combattu parce qu'ils voulaient vaincre.

Beaucoup, hélas ! ont, avec leur sang, affirmé au monde la survivance de la vitalité de notre pays.

Tous se sont considérés comme les dépositaires de l'Honneur français.

Ils en ont été les gardiens passionnés, les soldats courageux.


Les obstinés, Henri Romans-Petit, chef des maquis de l'Ain et de la Haute-Savoie, 1945.




Attaque des maquis de la vallée de Thônes avant Glières (1943 – 1944)



C’est l’instauration du S.T.O., le Service du travail obligatoire, par le gouvernement de Vichy le 16 février 1943, qui provoque véritablement l’essor des maquis. En effet, trois classes d'âge sont requises (les hommes nés en 1920, 1921 et 1922) pour aller travailler en Allemagne au service du Reich nazi. Aussi, dès la fin du mois, de nombreux Savoyards refusent de partir et se cachent. Plus tard, des jeunes gens d'autres régions, qui pensent que les montagnes leur offriront un abri sûr, viennent les rejoindre. Se mettant ainsi hors la loi, perdant tous leurs droits, notamment aux cartes d’alimentation et aux bons de vêtements, ils deviennent des réfractaires pourchassés par les forces de l’ordre. Toutefois, se réfugiant dans des chalets d’alpage, ils sont souvent spontanément nourris et renseignés par les paysans.


Surpris par cet afflux inopiné, les Mouvements unis de résistance (M.U.R.) s’efforcent néanmoins de regrouper ces réfractaires dans des camps et créent un Service Maquis en avril 1943, lequel, étendu à la zone Nord en août, devient le Service national Maquis qui est absorbé par l’Armée secrète en novembre et laisse place aux Corps francs de la Libération en avril 1944.


Dans la vallée de Thônes, dès février 1943, aidé par l’abbé Greffier, Edouard Pochat, président démissionnaire de la Légion des combattants, nommé responsable de la Résistance par le notaire annécien Georges Volland, chef départemental du mouvement Combat, anime un comité spécial (avec Adrien Barrachin et Wilfrid Dupont, surtout pour le ravitaillement, César Marin-Cudraz et Eugène Vulliet, en particulier pour l’armement) afin de loger, nourrir, vêtir et équiper plusieurs centaines de réfractaires qui ont quitté précipitamment leur domicile, sans bagage, la plupart en chaussures de ville, voire en sabots ! Pour sa part, l’Armée secrète, dirigée, en Haute-Savoie, par le commandant Vallette d’Osia, envoie le lieutenant Lamy, puis, après son arrestation en avril, le lieutenant Bastian en vue de leur donner une formation militaire.


C’est ainsi que sont formés et organisés plusieurs camps de maquisards. Cependant, malgré toutes les précautions prises et un service de renseignement efficace, les forces de l’ordre vichystes, puis les forces armées italiennes d’occupation ont vent de ces groupements !


Le premier maquis attaqué est celui des Dents de Lanfon, le plus proche d’Annecy. Au début du printemps 1943, dans les chalets de l’Aulp-Riant-dessous, à 1450 m d’altitude, sous le commandement de César Déléan, dit « le barbu », se trouvent une soixantaine de maquisards dont le docteur Bombiger, futur médecin des Glières, et des réfugiés républicains espagnols qui ont l’expérience de la guerre.


Le 1er avril, selon Michel Germain (voir les sources ci-dessous), cent cinquante gendarmes et gardes mobiles montent vers les chalets, mais les maquisards, prévenus à temps, se replient dans la neige en direction de l’Aulp-Riant-dessus. Passant entre les Grandes Lanches et l’arrête Couturier, ils se réfugient le lendemain soir au chalet du Lindion, à 1125 m d’altitude, au-dessus de la gorge de Morette. Par la suite, ils s’installent dans le chalet de Chavonnay-Gallet plus vaste et plus haut à 1590 m. Plus tard, ils s’établissent à l’Aulp-Riant-dessus à la même altitude. César Déléan, activement recherché par les Italiens, accepte de quitter le camp afin de ne pas éveiller leur attention ; il est remplacé par un ancien sous-officier du 27e B.C.A., Rémy Encrenaz, qui organise des trentaines et des sizaines. Néanmoins, celui-ci, informé par l’état-major d’Annecy d’une attaque de l’armée italienne, abandonne ses hommes sans les avertir ! Condamné à mort par la Résistance, il est exécuté le 14 juillet 1943 dans une ferme d’Aviernoz par des membres de l’A.S. de deux balles de révolver dans la poitrine, d'après Alain Dalotel (voir les sources ci-dessous).


En juin 1943, le camp de Lanfon compte environ quatre-vingts hommes, car des réfractaires sont récemment arrivés. La plupart sont disciplinés, entraînés et armés grâce à un dépôt d'armes clandestin du 27e B.C.A camouflé par Déléan.


Le 17 juin, entre deux et trois heures du matin, par un temps de brouillard, les Alpini, venus d’Annecy via Talloires, abordent les positions des maquisards qui ont heureusement placé des sentinelles. L’une d’elle, entendant un bruit insolite, fait les sommations d’usage et, lorsqu’un officier italien bondit pour la neutraliser, lâche une rafale de pistolet-mitrailleur qui blesse celui-ci à une jambe, puis se replie en tiraillant. Alertés, ses camarades tentent de sortir du chalet, mais l’ennemi arrive, lance des fusées éclairantes et ouvre le feu. En vue de permettre l’évacuation de tous, un groupe d’une dizaine d’hommes, dirigé par André Veillard, contre-attaque à l’arme automatique et à la grenade, mais le tireur au fusil-mitrailleur, Maurice Coulon, est tué. Une vingtaine d’autres maquisards, regroupés à l’arrière du chalet, tirent au mousqueton et au F.-M.. Face à cette résistance, les Italiens mettent un mortier en batterie et la position devient vite intenable. A la faveur du brouillard, les maquisards décrochent vers le haut, comme auparavant, en direction du vallon du Cruet… Si les assaillants ont au moins deux blessés, les résistants déplorent la mort de deux hommes, car Jean Prisset a aussi été tué. Au cours du repli vers la vallée, douze ou treize maquisards sont faits prisonniers.


Le deuxième maquis de la vallée de Thônes à être attaqué est celui des Confins au-dessus de la Clusaz. En août 1943, il rassemble, au chalet de la Lanchettaz, à 1450 m d’altitude, quelque soixante-dix maquisards dont la moitié de réfractaires et les futurs membres de base du corps franc de Thônes, « des durs triés sur le volet » (Dalotel dixit) : il s'agit de Roger Cerri, de René Chalard, d'André Guy (chef du groupe) et d'André Rollin. Sous le commandement d’un jeune élève ingénieur, Dino Bennamias, dit « Ben », les hommes ne disposent que de deux P.-M. Sten ainsi que de quelques fusils et armes de poing, mais s’entraînent à la guérilla par des exercices gymniques et des courses en montagne dans la haute chaîne des Aravis. En outre, ils effectuent des coups de main, notamment contre les camps « Jeunesse et Montagne » afin de se procurer l’habillement et l’équipement nécessaires. Bien organisés en dizaines, ils peuvent être prévenus d’une éventuelle attaque grâce à un dispositif de signalisation optique établi entre le camp et La Clusaz. Toutefois, le 19 août 1943, c’est un messager qui les avertit de l’arrivée imminente des troupes italiennes, à la suite de quoi le chef « Ben » donne l’ordre d’évacuer le chalet.


Le 20 août, à trois ou quatre heures du matin, un détachement d’Alpini débarque de ses camions au-dessous du lac des Confins et progresse en direction de la Lanchettaz. Renseignés par une femme *1, les soldats se dirigent immédiatement vers les bois où se sont retranchés les maquisards et entreprennent une manœuvre d’encerclement. Jacques Marchand tire avec son P.-M., mais les Italiens ripostent au F.-M. et il est tué. Dans la fusillade qui suit, Patrick Verley est également tué tandis que deux autres maquisards sont blessés. Le porteur du deuxième P.-M., le chef en second du camp, Marcel Zanarolli, vide ses deux chargeurs sur l’assaillant pour gagner du temps et se dissimule sous les sapins. Après avoir ratissé la forêt et fait une vingtaine de prisonniers, les Alpini arrosent les pentes d’obus de mortier et déciment un troupeau de moutons qu’ils prennent peut-être de loin pour des hommes (selon les témoignages de Marcel Zanarolli et de Roger Cerri) !


Le troisième maquis de la vallée de Thônes à subir une attaque est celui du Cruet qui est composé, à partir de novembre 1943, d’une quarantaine d’hommes en partie rescapés du maquis voisin de Lanfon assailli par les Italiens le 17 juin. Il est de nouveau commandé par César Déléan et cantonne dans les chalets du Cruet au-dessous de celui du Lindion, à 865 m d’altitude, avec un avant-poste aux Ecoffons près de la grotte au-dessus de la gorge de Morette où les maquisards ont installé une mitrailleuse. Ceux-ci, très actifs contre les nouveaux occupants allemands (accrochage à Alex, attaque d’un camion, fusillade à Morette, mitraillage de cars de skieurs germaniques se rendant à La Clusaz), attirent particulièrement leur attention…


Ainsi, le 26 janvier 1944, au matin, deux compagnies du bataillon de chasseurs de montagne de réserve I./98 (Reserve-Gebirgsjäger-Btl. I./98), stationné à Annecy (et dont la troisième compagnie de combat n'arrive qu'en février), mènent une vaste opération de ratissage dans le secteur de Thuy : de nombreuses maisons sont incendiées et pillées ; des habitants sont malmenés, tués, blessés ou déportés…


Au maquis du Cruet, alors que plus de la moitié de l’effectif est absente (permission ou mission), en principe, seulement une dizaine de maquisards se trouvent dans les chalets, car huit hommes sont aux Ecoffons et trois autres ont quitté le camp à l’aube (ils sont tués à Thuy dans un vif échange de tirs). Contrairement aux prévisions des résistants, les chasseurs de montagne allemands, une section d’éclaireurs revêtus de leur tenue blanche, n’empruntent pas le sentier de Morette, mais, ayant contourné les Grandes Lanches et la Dent du Cruet, ils surgissent par le haut et incendient les chalets du Lindion et du Cruet. Louis Gérin, en train de gravir le sentier enneigé en direction de ceux-ci, aperçoit la fumée et pense que ses camarades sont partis en laissant le poêle allumé ; il poursuit donc son chemin, mais il est capturé ainsi qu’un autre maquisard, resté de garde ou malade : les deux hommes sont brutalisés et, expédiés à Annecy, torturés avant d’être déportés. Selon Michel Germain (voir les sources ci-dessous), si les huit hommes en avant-poste aux Ecoffons peuvent s’enfuir en cachant leur mitrailleuse Hotchkiss (modèle 1914, pesant 50 kg avec son affût trépied), la plupart des autres, restés au chalet, sont pris, mais il avoue ne pas savoir ce qu’ils sont devenus ; en fait, il est vraisemblable qu’ils ont pu s’échapper, car Louis Gérin, dans son témoignage, ne parle que de deux prisonniers aux mains des Allemands au Cruet.


Cinq jours plus tard, le 31 janvier 1944, les trois camps du Bouchet de Serraval et de Manigod (environ cent vingt hommes) montent sur ordre au plateau des Glières en vue de réceptionner les parachutages d’armes promis par les Anglais pour la pleine lune de février… La bataille des Glières va commencer !



Pour connaître l'histoire de la bataille des Glières.



*1 Pour les Amis du val de Thônes, c'était la maîtresse d'un officier italien et l'amie d'un maquisard ; pour Michel Germain, c'était la fiancée d'un réfractaire du camp, un peu trop bavarde avec des officiers italiens ; pour Pierre Mouthon, c'était une téléphoniste, épouse en instance de divorce d'un maquisard, qui a sciemment renseigné les Italiens.


Sources


  • Amis du val de Thônes, La vallée de Thônes et Glières pendant la Deuxième Guerre mondiale (1939 - 45), n° 9 et 10, volume 1, 1984.

  • DALOTEL, Alain, Le maquis des Glières, Paris, Plon, 1992.

  • GERMAIN, Michel, Histoire de la Résistance en Haute-Savoie - Les maquis de l'espoir - Chronique de la Haute-Savoie au temps de l'occupation italienne - Novembre 1942 - septembre 1943, tome 2, Les Marches (Savoie), La Fontaine de Siloé, 1993 (édition revue et augmentée).

  •  - , Histoire de la Résistance en Haute-Savoie - Le sang de la barbarie - Chronique de la Haute-Savoie au temps de l'occupation allemande - Septembre 1943 - 26 mars 1944, tome 3, Les Marches (Savoie), La Fontaine de Siloé, 1992.

  • MOUTHON, Pierre, Haute-Savoie, 1940 - 1945 - Résistance, Occupation, Collaboration, Epinal, Le Sapin d'Or, 1993.




    Affaire d’importance nationale : la mort du chef de la Milice française de Haute-Savoie à Thônes en 1943



    Le dimanche 21 novembre 1943, le chef départemental de la Milice française, le capitaine de réserve Gaston Jacquemin, ses adjoints, Roger Franc et Paul Courtois, en uniforme, accompagnés d’un chien berger… allemand, doivent aller, en traction avant Citroën, à La Clusaz à des fins de propagande. Ils ont réservé une table à l’hôtel du Midi à Thônes pour le déjeuner. Grâce aux informations fournies par des fonctionnaires des PTT favorables à la Résistance, celle-ci est prévenue de l’arrivée des miliciens. Le lieutenant Bastian, chef de secteur de l’Armée secrète, ordonne au corps franc de Thônes de capturer ces trois officiers de la Milice en vue de les échanger contre des maquisards prisonniers. Un groupe *1, commandé par André Guy et composé de Roger Cerri, de René Chalard et d’André Laruaz part immédiatement, à pied, de sa base des Etouvières.


    Entre-temps, les trois miliciens arrivent à l’hôtel du Midi, devant lequel ils garent leur traction, traversent le café du rez-de-chaussée plein à craquer après la sortie de la messe et s’installent à une table du restaurant au premier, déjà occupé par une trentaine de personnes dont des gendarmes… Vers treize heures, au moment où les miliciens demandent l’addition, le commando du maquis parvient à l’hôtel. André Laruaz est chargé de s’emparer de la traction, mais, le chauffeur ayant ôté un élément, il ne réussit pas à la faire démarrer et reste pour faire le guet.


    Les trois autres membres du commando pénètrent dans le bâtiment et, par l’escalier de la cuisine, grimpent à l’étage. René Chalard, révolver et pistolet aux poings, pousse vivement la porte à double battant en criant : « Haut les mains ! » Cependant, à cause de ses brodequins de montagne cloutés, il glisse sur le parquet ciré ! Le milicien Roger Franc tente alors de s’emparer du pistolet-mitrailleur qu’il a dissimulé sous sa veste déposée sur la table tandis que Gaston Jacquemin et Paul Courtois essaient de sortir leur révolver de leur étui de ceinture. Voyant cela, les maquisards ouvrent le feu avec leurs armes de poing *2. Certains consommateurs se jettent sous les tables ; le chien berger allemand demeure tapi. Les trois miliciens étant couverts de sang, les maquisards estiment qu’ils sont tous morts ; ils retiennent un gendarme qui fait mine de sortir sans doute pour donner l’alerte, puis, selon des témoins, redescendent tranquillement les escaliers. Le groupe regagne ensuite, à pied, sa base des Etouvières.


    Au restaurant, c’est la stupeur. Des clients s’enfuient à toutes jambes ; la salle se vide. Les propriétaires de l’hôtel appellent un médecin. Les gendarmes présents constatent le décès de Gaston Jacquemin et de Roger Franc. Paul Courtois, qui a fait le mort, n’est que légèrement blessé…


    Comme c’est la première fois depuis la création de la Milice française en janvier 1943 qu’un chef départemental est tué par des résistants, cet événement a un retentissement national : le Secrétaire général de la Milice à Vichy, Joseph Darnand, se rend en personne aux obsèques des deux officiers tués, lesquelles ont lieu, en grande pompe, à Annecy le 24 novembre 1943. Par représailles, les miliciens décident d’exécuter, à leur domicile, des personnalités qu’on leur a indiquées comme juives, gaullistes ou communistes : le journaliste Elie Dreyfus, l’avocat Edouard Dreyfus et le commandant en retraite François Busson, âgé de soixante-dix ans, sont abattus ; l’épicier Louis Paget est mortellement blessé ; l’entrepreneur Albert Bel, responsable du mouvement Le Coq enchaîné, et le notaire Georges Volland, chef départemental de Combat - deux fonctions clandestines que les miliciens ignorent ! - sont gravement blessés de plusieurs balles. Après les funérailles, les autorités d’occupation décrètent le couvre-feu dans la ville pour vingt-quatre heures. Les Feldgendarmen arrêtent neuf personnes qu’ils expédient à Lyon au siège de l’antenne régionale de la police de sécurité allemande (Sipo-SD).



    *1 André Laruaz sera blessé par la Milice à Thônes le 5 février 1944 et disparaîtra en déportation ; André Guy sera tué par les Allemands aux Glières le 26 mars 1944 ; René Chalard sera tué en Indochine…

    *2 Roger Cerri a déclaré à Michel Germain (Histoire de la Résistance..., page 76, et Histoire de la Milice..., page 107, voir les sources ci-dessous) que son pistolet s'était enrayé et qu'il n'avait donc pas tiré. En tout cas, Gaston Jacquemin a été atteint à la tête, Roger Franc au ventre et Paul Courtois au bras. Selon Pierre Mouthon (Haute-Savoie, 1940 - 1945..., page 152), on aurait retrouvé onze étuis de cartouches de 7,65 mm et deux de 8 mm, ou étaient-ce encore des étuis de 7,65 mm ? car le calibre de 8 mm implique, en l'occurrence, un révolver qui n'éjecte pas les étuis, lesquels restent dans le barillet. En effet, il est fort probable que les projectiles provenaient des armes de poing en usage dans l'armée française à cette époque (voir le tableau ci-dessous). André Guy et Roger Cerri avaient, chacun, un pistolet alors que René Chalard, d'après R. Blanc (La vallée de Thônes et Glières..., page 64), tenait une arme dans chaque main : sans doute un pistolet et un révolver ! Ainsi, deux pistolets ont presque vidé leur chargeur (treize coups sur seize) et la vue du révolver a évoqué le calibre de 8 mm.

    Armes de poing Révolver d'ordonnance Pistolet automatique
    année de mise en service 1892 1935
    poids non chargé 0,840 kg 0,670 kg
    longueur totale 240 mm 195 mm
    longueur du canon 117 mm 110 mm
    calibre 8 x 27 mm 7,65 x 19,7 mm
    vitesse initiale env. 225 m/s env. 305 m/s
    portée pratique env. 25 m env. 25 m
    cadence de tir pratique 12 à 18 cps/mn 18 à 24 cps/mn
    alimentation barillet 6 coups chargeur 8 coups


    Sources


  • Amis du val de Thônes, La vallée de Thônes et Glières pendant la Deuxième Guerre mondiale (1939 - 45), n° 9 et 10, volume 1, 1984.

  • DALOTEL, Alain, Le maquis des Glières, Paris, Plon, 1992.

  • GERMAIN, Michel, Histoire de la Résistance en Haute-Savoie - Le sang de la barbarie - Chronique de la Haute-Savoie au temps de l'occupation allemande - Septembre 1943 - 26 mars 1944, tome 3, Les Marches (Savoie), La Fontaine de Siloé, 1992.

  •  - , Histoire de la Milice et des Forces du maintien de l'ordre en Haute-Savoie - 1940 - 1945, Les Marches (Savoie), La Fontaine de Siloé, 1997.

  • MOUTHON, Pierre, Haute-Savoie, 1940 - 1945 - Résistance, Occupation, Collaboration, Epinal, Le Sapin d'Or, 1993.




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