La bataille des Glières (bibliographie commentée, liens et documents)

La bataille des Glières (bibliographie commentée, liens et documents)

Page modifiée le 19 janvier 2010.




Monument aux Glières : Le grand oiseau blanc de Gilioli a planté ses serres ici (Malraux).



Passant, va dire à la France que ceux qui sont tombés ici sont morts selon son coeur.

Malraux, Discours aux Glières, 1973.


Comme nulle tricherie n'était possible, les êtres, dans leur dénuement, révélèrent le meilleur d'eux-mêmes. En cette communauté fraternelle, ils purent se regarder les uns les autres sans égoïsme, sans mépris, sans haine et envisager leur personne sans dégoût ni désespérance. Comment les survivants ne garderaient-ils pas la nostalgie de ces jours fragiles où rien d'humain ne fut étranger, où tout l'humain fut assumé ?

Alban Vistel, La nuit sans ombre, p. 585.


« Tom arrive en coup de vent : on se sent tout ragaillardi ! » [...] D'où lui venait cette force ? Sans doute de son énergie naturelle, qui était impressionnante, de son caractère intrépide et fougueux. Mais elle tenait aussi à un idéal de générosité et de sacrifice, qui était le fruit conscient et voulu de sa foi : « Priez, écrivait-il un jour au prêtre qui était son confident, pour que je garde jusqu'au bout, au milieu des difficultés comme au centre du bonheur et des joies de la famille, cette âme qui répugne à la médiocrité et qui voudrait s'élever toujours dans la noblesse. » D'un bout à l'autre de sa vie de soldat, Tom aura été porté par ce vœu, qui est le vœu du véritable héroïsme.

Pierre Golliet, Glières - Haute-Savoie - Première bataille de la Résistance -  31 janvier - 26 mars 1944, p. 78.



Bibliographie commentée et liens


GOLLIET, Pierre, HELFGOTT, Julien et JOURDAN, Louis, Glières - Haute-Savoie - Première bataille de la Résistance -  31 janvier - 26 mars 1944, Association des Glières (B.P. 142, 74004 Annecy, France), 1946 (l'ouvrage de base, essentiel pour connaître la vie sur le plateau et comprendre le sens que les responsables voulurent donner à Glières).

Amis du val de Thônes, La vallée de Thônes et Glières pendant la Deuxième Guerre mondiale (1939 - 45), n° 9 et 10, 1984 (revue qui fournit des informations village par village). Roger Cerri est mentionné aux pages 56, 63, 64 et 81 du volume 1.

AMOUROUX, Henri, La grande histoire des Français sous l'Occupation - Un printemps de mort et d'espoir, tome 7, Paris, Robert Laffont, 1985 (très bon chapitre circonstancié sur Glières, qui, à la suite d'une recherche scrupuleuse, rétablit la vérité sur les pertes allemandes).

ANTOINE, Claude, Le bataillon des Glières, Yens-sur-Morges (Vaud, Suisse), Cabédita, 1998 (bon récit de la bataille par le délégué départemental du Souvenir français).

 - , Capitaine Maurice Anjot, le chef méconnu des Glières, Rumilly (Haute-Savoie), Lapeyronie, 2009 (travail historique rigoureux et impartial qui donne enfin au capitaine Anjot toute son importance et fait une description fidèle et précise de l'armée allemande aux Glières). Roger Cerri est mentionné aux pages 238, 241 (témoignage) et se trouve en photo p. 276 (photo du haut, 3e à partir de la droite, 1er porteur du 2e cercueil, celui du capitaine Anjot - 3e photo, 1er à partir de la gauche).

BARDE, Yves (général), Glières 1944 - Histoire des combats de février et mars 1944, Annecy-le-Vieux, Historic'One, 2004 (petit livre écrit par un général de gendarmerie, assez pertinent et objectif dans l'ensemble).

CREMIEUX-BRILHAC, Jean-Louis, « La bataille des Glières et la guerre psychologique », Revue d'histoire de la Seconde Guerre mondiale, n° 99, juillet 1975 (article qui analyse Glières sous l'angle élargi de la guerre psychologique).

 - , La France libre - De l'appel du 18 juin à la Libération, Paris, Gallimard, 1996 (chapitre sur Glières où est présenté le point de vue de Londres : ni les Français libres ni les Anglais ne prescrivirent de tenir le plateau jusqu'à s'y faire tuer sur place...).

DALOTEL, Alain, Le maquis des Glières, Paris, Plon, 1992 (intéressante enquête qui, au delà des images d'Epinal, remet en cause certaines exagérations « résistancialistes » et minimise l'importance militaire du combat des Glières). Roger Cerri est mentionné aux pages 109, 223, 354 et 394.

DELPERRIE DE BAYAC, Jacques, Histoire de la Milice, 1918 - 1945, Paris, Fayard, 1969 (un seul chapitre sur Glières, mais sérieux et documenté quant au rôle de la Milice - avec quelques erreurs toutefois : par ex., p. 215 et 315, le lieutenant Simon, qui appartenait à l'Armée secrète, ne participa pas à l'affaire de Thônes...).

DREYFUS, François-Georges, Histoire de la Résistance, 1940 - 1945, Paris, de Fallois, 1996 (au cours de quelques pages consacrées à l'affaire des Glières, on lit qu'une vague d'attentats criminels et irresponsables provoqua les violentes réactions des forces de Vichy...).

GERMAIN, Michel, Histoire de la Résistance en Haute-Savoie - Le sang de la barbarie - Chronique de la Haute-Savoie au temps de l'occupation allemande - Septembre 1943 - 26 mars 1944, tome 3, Les Marches (Savoie), La Fontaine de Siloé, 1992 (les témoignages des simples maquisards au jour le jour et une mine de renseignements). Roger Cerri est mentionné aux pages 75, 76, 184, 196, 261, 271 et au cours du dernier chapitre, notamment p. 313, 314, 317, 318, 319 et 320.

 - , Glières, mars 1944 - « Vivre libre ou mourir ! » - L'épopée héroïque et sublime, Les Marches (Savoie), La Fontaine de Siloé, 1994 (chronologie, témoignages, détails vécus et épopée !). Roger Cerri est mentionné aux pages 41, 46, 108, 169, 172, 174, 179, 180, 214, 345, 347 et se trouve en photo p. 289 (photo du haut, à droite avec main en visière), p. 300 (3e à partir de la droite, 1er porteur du 2e cercueil, celui du capitaine Anjot), p. 302 (1er à partir de la gauche).

GMELINE (de), Patrick, Tom Morel, héros des Glières, Paris, Presses de la Cité, 2008 (beau portrait de celui qui fut un être de lumière et un entraîneur d'hommes selon l'expression du père André Ravier, son premier biographe. Peut-on reprocher à l'auteur d'avoir amplifié le combat décisif de Monthiévret ? P. 289 et 290 : « Chocolat » donne l'ordre [...] d'attaquer [...] cent cinquante soldats feldgrau [...] au début d'un après-midi qui va être très long. [...] Les Espagnols [...] soutiennent leurs camarades en tirant des grenades. [...] Les maquisards [...] comptent de plus en plus de blessés [...]. [...] des centaines d'hommes de la Wehrmacht [...] investissent peu à peu, à la faveur de l'obscurité, les pentes montant au plateau...  - Pour ce qui est du soutien des Espagnols en position sur l'autre versant à plus d'un kilomètre à vol d'oiseau, le tromblon V.B. lance-grenades avait une portée maximale de 180 mètres...).

JOURDAN-JOUBERT, Louis (colonel), « Monthiévret, 26 mars 1944 - Un échec allemand - Une victoire méconnue des maquisards », Messages, 1999 (brève étude du combat de Monthiévret par le seul officier rescapé des Glières, supposant que les maquisards tinrent en échec les Allemands qui auraient été ainsi conduits à minorer leurs effectifs engagés et leurs pertes).

KEDWARD, Harry Roderick, In Search of the Maquis - Rural Resistance in Southern France, 1942 - 1944, Oxford, Clarendon Press, 1993 ; traduction française : A la recherche du Maquis - La Résistance dans la France du Sud, 1942 - 1944, Paris, Editions du Cerf, 1999 (ouvrage centré sur les maquis du sud du Massif central qui, au terme d'une douzaine de pages sur Glières, reprend la thèse du manque de coordination entre Londres et le plateau, laquelle méconnaît le rôle joué par le représentant local de la France libre).

MONTAGNON, Pierre, Les maquis de la Libération, 1942 - 1944, Paris, Pygmalion - Gérard Watelet, 2000 (excellent chapitre sur Glières, qui affirme sans ambiguïté que l'ordre de former un camp retranché et d'affronter les Allemands émanait de la France libre).

MOUTHON, Pierre, Haute-Savoie, 1940 - 1945 - Résistance, Occupation, Collaboration, Epinal, Le Sapin d'Or, 1993 (synthèse sur Glières en quarante pages très documentées et critique de la stratégie imposée par la France libre).

MUSARD, François, Les Glières, Paris, Robert Laffont, 1965 (récit classique qui fait état d'une grande bataille imaginaire entre une poignée de maquisards héroïques et une marée de vingt mille (!) Allemands qui déferle inexorablement sans se soucier de ses propres pertes - p. 155 !).

NOGUERES, Henri (en collaboration avec DEGLIAME-FOUCHE, Marcel), Histoire de la Résistance en France de 1940 à 1945 - « Formez vos bataillons ! » - Octobre 1943 - mai 1944, tome 4, Paris, Robert Laffont, 1976 (en conclusion, le fameux chroniqueur de la Résistance reproche aussi bien aux responsables locaux qu'à ceux de Londres et d'Alger d'avoir ignoré les règles essentielles de la guérilla).

ROMANS-PETIT, Henri (colonel), Les obstinés, Lille, Janicot, 1945 (organisateur de l'Armée secrète dans l'Ain, Romans-Petit - Compagnon de la Libération, commandeur de la Légion d'honneur, D.S.O. - fut le chef de l'A.S. en Haute-Savoie de fin novembre 1943 à début février 1944).

TRUFFY, Jean (abbé), Mémoires du curé du maquis des Glières, Abry, 1949, Atra, 1979 (à lire pour les télégrammes de la Gestapo en annexe et son témoignage qui lui valut d'être condamné pour diffamation et de voir son livre expurgé par la censure en 1982 !).

VISTEL, Alban, La nuit sans ombre - Histoire des Mouvements unis de résistance, leur rôle dans la libération du Sud-Est, Paris, Fayard, 1970 (importantes remarques sur Glières par le chef régional des Mouvements unis de résistance).

WYLER, Christian (colonel), « La longue marche de la 157e division », Revue militaire suisse, n° 130, 1985 (article qui retrace le périple de la division allemande dont un groupement tactique de trois mille hommes environ intervint aux Glières).

 - , La longue marche de la division 157 - Contre les maquis et les partisans, 1942 - 1945, Paris, Grancher, 2004 (essai souvent technique, mais plein d'erreurs importantes, entre autres sur le nom de code allemand : Korporal *1 au lieu de Hoch-Savoyen pour les Glières, Bergen au lieu de Bettina *2 pour le Vercors, ce qui laisse planer un sérieux doute sur l'authenticité des documents, tel le « fac-similé » - en fait, une « traduction » sans référence à un original -, p. 175, de l'ordre d'attaque (des Glières) Caporal daté du 23 mars 1944... De plus, l'auteur déclare, p. 193, que les Glières furent la seule et véritable opération offensive de la division 157. alors que cette dernière engagea au moins deux fois plus d'hommes (six bataillons) contre le Vercors ! Il imagine ensuite une grande bataille le 26 mars 1944 où, d'après lui, les têtes des trois bataillons allemands pénétrèrent profondément dans le dispositif du maquis tandis que la Milice française progressait sur Champ-Laitier !).

*1 Voir, aux Archives nationales AJ 40/983, le rapport sur l'opération Korporal contre les maquis de l'Ain du 5 au 13 février 1944 : Bericht über die Tätigkeit der eingesetzten Wehrmachtteile bei der Aktion 'Korporal' gegen Terroristen vom 5.-13.2.1944, dr. 6. Abschnitts-Kommandeur, Br. B. Nr. 288/44 geh. v. 17.2.1944. Voir aussi l'ordre du 3 février 1944 du commandant en chef à l'Ouest, cité par Ludwig Nestler in Die faschistische Okkupationspolitik in Frankreich (1940 - 1944) (1990) et par Ahlrich Meyer in Die deutsche Besatzung in Frankreich 1940 - 1944 - Widerstandsbekämpfung und Judenverfolgung (2000).

*2 Voir, aux Bundesarchiv-Militärarchiv RW 35/47, l'ordre du 8 juillet 1944 du général Niehoff, Kommandant des Heeresgebietes Südfrankreich (région militaire du sud de la France), sur l'opération Bettina contre le maquis du Vercors.


La 157. Reserve-Division de la Wehrmacht en mars 1944

Le combat décisif de Monthiévret le 26 mars 1944.

La bataille des Glières (page principale).

Topoguide du plateau.



Biographie succincte de Théodose Morel et de Maurice Anjot


lieutenant Théodose Morel dit Tom capitaine Maurice Anjot dit Bayart
naissance 1er août 1915 à Lyon 21 juillet 1904 à Bizerte (Tunisie)
entrée à Saint-Cyr 1935 1923
sous-lieutenant 1937 au 27e B.C.A. d'Annecy 1925 au 7e B.C.M. de Sarrebourg
lieutenant 1939 (chef de la section d'éclaireurs-skieurs) 1927 (commandant de compagnie au Maroc)
instructeur à Saint-Cyr 1941 - 1942 1929 - 1935, 1942
capitaine décédé au grade de lieutenant 1935, ministère de la guerre (1938), état-major divisionnaire (1939)
campagne de 1940 conduite héroïque sur le front des Alpes conduite héroïque sur le front de l'Aisne
armée d'armistice instructeur à Saint-Cyr (Aix-en-Provence) adjoint de Vallette d'Osia au 27e B.C.A., instructeur à Saint-Cyr (Aix-en-Provence)
Résistance organisation de l'A.S. de Haute-Savoie, chef des maquis organisation de l'A.S. de Haute-Savoie, adjoint au chef départemental
commandement des Glières du 31 janvier au 10 mars 1944 du 18 au 27 mars 1944
décès tué par le commandant des GMR le 10 mars 1944 à Entremont (tombe 68 à la nécropole nationale de Morette) tué par les Allemands le 27 mars 1944 à Nâves (tombe 67 à la nécropole nationale de Morette)



Effectifs des Allemands et de leurs auxiliaires français aux Glières


Effectifs allemands en bref

Allemands engagés dans l'opération « Haute-Savoie »

plus de 4000 hommes

Fantassins sur place

environ 2500 hommes

Artilleurs sur place

environ 500 hommes

Policiers et soldats de sécurité dans le département

près de 1000 hommes

Moyens logistiques immédiats

quelques centaines d'hommes

Un renseignement très précis est souvent très faux, enseignait le grand historien Charles Seignobos. Le colonel suisse Christian Wyler (voir son livre dans la bibliographie ci-dessus, p. 18) ajoute qu'il est toujours difficile, même dans les guerres modernes, de connaître le nombre exact d'hommes sur le front. Pourtant, il est le seul auteur à avancer des chiffres extrêmement précis (à l'unité près ! par ex., p. 174) sans toutefois mentionner, pour la période concernée (mars 1944), de sources primaires allemandes vérifiables (lesquelles semblent, d'ailleurs, introuvables)...

Après recoupement des informations disponibles, il apparaît que le commandement allemand, parce qu'il estimait que les maquisards étaient plus de mille avec des armes lourdes, affecta à l'opération Hoch-Savoyen (« Haute-Savoie ») contre les Glières environ six mille soldats et policiers (Allemands, Polonais, Tchèques, Yougoslaves, etc.) dont un peu plus de quatre mille furent engagés et auxquels furent adjoints quelque deux mille auxiliaires français.

Principalement, il mit en oeuvre un groupement tactique de la 157e division de réserve (voir précisions) constitué de quatre bataillons de chasseurs de montagne (Btl. I./98, II./98, 99 et 100 du Reserve-Gebirgsjäger-Regiment 1) accompagnés d'artillerie (du Reserve-Gebirgs-Artillerie-Abteilung 79 et de la compagnie antichar du Res.Geb.Jäg.Rgt. 1). Chaque bataillon comprenait environ six cents hommes (si l'on retranche la garde des cols frontaliers et des casernements), une douzaine de mitrailleuses lourdes, une demi-douzaine de mortiers de 80 mm et deux canons d'infanterie de montagne de 75 mm. Quant à l'artillerie, elle consistait en dix ou douze canons de montagne de 75 mm, deux obusiers de 150 mm, quatre canons antiaériens de 20 mm en protection contre la Royal Air Force et treize canons antichars (quatre de 50 mm, cinq de 47 mm, quatre de 37 mm). En outre, l'ensemble était appuyé par plusieurs avions de combat (trois bombardiers Heinkel 111 au début, puis quatre chasseurs-bombardiers Focke Wulf 190).

Afin d'encercler totalement le plateau, le commandement allemand eut recours à un groupe d'auxiliaires français formé d'une cohorte de francs-gardes permanents de la Milice (avec une section de mitrailleuses et une de mortiers, soit quatre cents miliciens) renforcée, pour atteindre l'effectif d'un bataillon de sept cents hommes, par une section de mitrailleuses de la Garde mobile, deux sections des G.M.R. *1 et surtout par une compagnie de grenadiers à deux sections de la Wehrmacht (3./Btl. 179 du Reserve-Grenadier-Regiment 157). Au total, en première ligne : environ trois mille fantassins (dont environ deux mille cinq cents Allemands).

En seconde ligne, le commandement allemand chargea un bataillon de police (le I./SS-Polizei-Regiment 19 *2, tout juste arrivé de Slovénie) et un groupe antiaérien motorisé sans emploi de la réserve générale de l'armée (le Heeres-Flak-Abteilung 958 (mot.) avec deux compagnies sur trois), soit près d'un millier d'hommes, d'assurer la sécurité dans le département. Quant aux cinq cents policiers restants des trois G.M.R. engagés *3, aux autres miliciens (sans doute quelque trois cents francs-gardes bénévoles) et gardes mobiles français, ils furent disposés sur les arrières du groupe d'auxiliaires ou autour du plateau comme forces de police d'appoint.

*1 Alors que les miliciens étaient organisés en mains (cinq hommes), dizaines, trentaines, centaines et cohortes (trois centaines), les G.M.R. (Groupes mobiles de réserve de la police de Vichy) étaient divisés en quatre sections subdivisées en quatre brigades (deux cent vingt policiers au maximum par G.M.R.). Il ne faut pas confondre G.M.R. et Garde mobile. Celle-ci, aujourd'hui dénommée Gendarmerie mobile, était une formation militaire incorporée dans l'armée d'armistice jusqu'à sa subordination au secrétariat général pour la Police en juin 1942. Ses effectifs ayant été réduits avec ceux de l'armée par la convention d'armistice, la loi du 23 avril 1941, pour faire face aux tâches du maintien de l'ordre, créa les G.M.R. qui, par un décret du 7 juillet 1941, furent rattachés au service régional de la Sécurité publique et dépendirent de l’intendant de police (institué par la loi du 19 avril 1941) sous l'autorité du préfet régional. Ces unités de police, ancêtres des C.R.S., furent constituées en « zone libre » dès l'automne 1941 et déployées dans toute la France occupée fin 1942. La loi du 17 avril 1943 établit, à l’échelon central, une direction des Groupes mobiles de réserve, et, à l’échelon régional, des commandements régionaux des Groupes mobiles de réserve. Cette force civile paramilitaire fut engagée, à partir de l'automne 1943, dans les opérations de répression de la Résistance où elle se montra souvent beaucoup plus zélée que la Garde mobile.

*2 Rien à voir avec les Waffen-SS ! En effet, si, en 1936, les forces de police allemandes passèrent sous la direction de la SS, tous les policiers ne devinrent pas des SS au sens strict (dans la police d'ordre, seuls certains cadres le furent). Quant aux Waffen-SS, c'étaient des soldats volontaires, nommés ainsi depuis 1940, qui appartenaient aux troupes spéciales de la SS (créées en 1935 sous le nom de SS-Verfügungstruppen ou SS-VT) et formaient, tout au moins pour la quinzaine de divisions germaniques (de la 1. SS-Panzer-Division Leibstandarte Adolf Hitler à la 18. SS-Freiwilligen-Panzergrenadier-Division Horst Wessel avec la Sturmbrigade française Frankreich), un corps de combattants nazis d'élite.

*3 Soixante-dix GMR étaient prisonniers des maquisards.


N.B. Outre les forces susmentionnées, il y avait en Haute-Savoie à cette époque plus de trois mille Allemands :

  • plus de deux mille soldats hospitalisés venus de tous les fronts (blessés et malades, des poumons notamment, dont sept cents à Annecy, huit cents à Evian, quatre cents à Thonon...) ;

  • une trentaine de Feldgendarmen à la disposition d'un état-major de liaison auprès de la préfecture d'Annecy (Verbindungsstab, V.S. 988) dépendant de la région militaire du sud de la France (Heeresgebiet Südfrankreich, H.G.S.F.) ;

  • une quarantaine d'agents en civil de la police de sécurité (Sicherheitspolizei ou Sipo) dans le cadre d'un commissariat de police frontalier (Grenzpolizeikommissariat ou Greko) installé à Annecy ;

  • quelque trois cent cinquante agents en uniforme de la police d'ordre (Ordnungspolizei ou Orpo), soit trois compagnies d'une centaine d'hommes du III./SS-Polizei-Regiment 28 Todt (en cours de relève par le I./SS-Polizei-Regiment 19) : une à Annecy (P.C.), une à Cluses et une autre à Annemasse (déjà partie pour la Croatie le 25 mars) ;

  • environ quatre cents agents du service des douanes (Zollgrenzdienst) et de la garde-frontière (Zollgrenzschütz) répartis le long de la frontière suisse.

    Soit un millier de combattants potentiels...


    Quant aux forces de l'ordre françaises, elles se répartissaient ainsi :

  • plus de deux mille gendarmes :

    - Gendarmerie départementale : plus de onze cents ;

    - Garde mobile : environ neuf cent cinquante ;

  • plus de neuf cents policiers :

    - Police de sûreté : environ quarante-cinq ;

    - Renseignements généraux : environ cinquante + trente-cinq canadiennes du S.R.M.A.N. (Service de répression des menées antinationales, voir au bas de la page) ;

    - Sécurité publique : environ cent vingt ;

    - Groupes mobiles de réserve : plus de six cent cinquante (G.M.R. Aquitaine, Bretagne, Forez) ;

  • environ huit cents miliciens :

    - Franc-Garde permanente : environ cinq cents (cohorte renforcée des Glières et centaine d'Annecy) ;

    - Franc-Garde bénévole : environ trois cents.

    Soit plus de trois mille sept cents agents.



    Principales caractéristiques des armes légères à tir tendu des maquisards français et des soldats allemands


    PISTOLETS-MITRAILLEURS STEN Mark II (Grande-Bretagne) MP 40 (Allemagne)
    année de mise en service 1941 1940 (1938)
    poids non chargé 2,95 kg 3,97 kg
    longueur totale 762 mm 832 mm
    longueur du canon 196 mm 248 mm
    calibre 9 mm Parabellum 9 mm Parabellum
    vitesse initiale env. 380 m/s env. 380 m/s
    portée pratique env. 50 m env. 50 m
    cadence de tir max. 550 cps/mn max. 500 cps/mn
    alimentation chargeur 32 coups chargeur 32 coups

    FUSILS A REPETITION Lee-Enfield N°4 Mark I (G.-B.) Gew 33/40 (All.) Mauser Kar 98 k (All.)
    année de mise en service 1941 (1895) 1940 (1933) 1935 (1898)
    poids non chargé 4,17 kg 3,58 kg 3,90 kg
    longueur totale 1128 mm 993 mm 1108 mm
    longueur du canon 640 mm 490 mm 600 mm
    calibre 303 (7,69 mm) 7,92 mm 7,92 mm
    vitesse initiale env. 730 m/s env. 715 m/s env. 745 m/s
    portée pratique env. 500 m env. 400 m env. 500 m
    cadence de tir 10 à 15 cps/mn 8 à 12 cps/mn 8 à 12 cps/mn
    alimentation chargeur 10 coups chargeur 5 coups chargeur 5 coups

    FUSILS-MITRAILLEURS BREN Mark II (G.-B.) leMG 34 (All.) leMG 42 (All.)
    année de mise en service 1941 (1938) 1934 1942
    poids non chargé env. 10 kg env. 12 kg env. 11,5 kg
    longueur totale 1150 mm 1220 mm 1220 mm
    longueur du canon 635 mm 627 mm 533 mm
    calibre 303 (7,69 mm) 7,92 mm 7,92 mm
    vitesse initiale env. 730 m/s env. 760 m/s env. 820 m/s
    portée pratique env. 500 m env. 500 m env. 500 m
    cadence de tir max. 500 cps/mn limitée 800 cps/mn max. 1200 cps/mn
    alimentation chargeur 30 coups bande 50 coups bande 50 coups



    Les miliciens aux Glières


    (Extrait d'une lettre d'un milicien, interceptée par la Résistance, cité in Histoire de la Milice, p. 340 et in Glières, première bataille de la Résistance, p. 145.)


    On tombe sur une patrouille allemande qui se met en batterie sur nous. Aussitôt, j'ai crié : « Französische Miliz ! » Ils ont compris. Je me suis expliqué avec leur sous-officier qui s'est mis à ma disposition pour attaquer en ligne de bataille ; je l'ai guidé et, sur mes renseignements, nous avons fouillé la campagne. Après avoir patrouillé, je lui ai dit que le type était sans doute caché dans les bois ; il m'a remercié et nous sommes partis chacun de notre côté. On est très estimé des Allemands et, quand ils nous voient, ils viennent tous nous serrer la main.

    Dans la nuit d'avant-hier, nous avons pris trois types. J'étais couché et on m'a fait lever à ce moment. On est parti à trois dans la nature et, à un croisement de chemins, on les a fait passer devant ; on a armé nos mitraillettes et, sans rien leur dire, on leur a lâché des rafales dans le dos. Ils sont tombés sans faire « ouf ». Ensuite, j'ai pris mon parabellum et je leur ai tiré une balle à chacun dans la tempe. J'étais content comme tout et c'est une petite vengeance bien minime à côté de ce qu'on leur doit.


    Miliciens aux Glières.


    Si certains miliciens, comme le chef Di Constanzo et son chauffeur, torturèrent et battirent à mort des prisonniers des Glières, les raffinements de cruauté dans la torture étaient surtout le fait du S.R.M.A.N. (Service de répression des menées antinationales) constitué d'activistes des partis collaborationnistes assistés par quelques policiers professionnels, incorporé dans la Police de sûreté, puis dans les Renseignements généraux, et doté de pouvoirs exorbitants sous l'autorité d'un ami personnel de Laval, l'inspecteur général Buffet, remplacé en janvier 1944 par Degans, un chef milicien aux ordres de Darnand. C'étaient les trente-cinq agents de ce service opérant en Haute-Savoie en mars 1944, qui, équipés de vestes canadiennes pour l'hiver, étaient appelés canadiennes par les résistants...

    (Aux Glières, les francs-gardes de la Milice étaient sous le commandement de Jean de Vaugelas et de Jacques Dugé de Bernonville. Après la guerre, ces deux responsables trouvèrent refuge, le premier, en Amérique du Sud, le second, au Québec ; à ce sujet, voir la lettre du colonel Romans-Petit.)




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    Table générale des matières.

    Alain Cerri : E-mail.

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