La Grande Armée

La Grande Armée

Page modifiée le 25 juillet 2021.



L'art de la guerre consiste, avec une armée inférieure, à avoir toujours plus de forces que son ennemi sur le point que l'on attaque ou qui est attaqué. Napoléon




La Grande Armée : organisation et tactique (+ unités et grades, etc.)

La Garde impériale donne pour la dernière fois (+ unités de la Garde)

Les cuirassiers, la technique de la charge et mon ancien régiment, le 12e cuir (+ organisation de la cavalerie impériale)

Mon maréchal d'Empire préféré : Louis-Gabriel Suchet

La bataille de Waterloo




La Grande Armée : organisation et tactique




Aigle impériale.



Contrairement à ses adversaires pour lesquels, selon la tradition, la bataille n'est qu'un moyen parmi d'autres, l'Empereur recherche systématiquement la bataille décisive qui contraindra l'ennemi à capituler. Dans cette perspective, il manifeste un esprit résolument offensif et n'a qu'un but stratégique : se trouver le plus fort là où il a décidé de frapper le coup décisif, ce qu'il parvient à réaliser en pratiquant une stricte économie de ses forces sur les secteurs secondaires grâce à un sang-froid et à un coup d'oeil exceptionnels ainsi qu'à une grande expertise opérationnelle.

Pour ce faire, il constitue, dans le cadre de la Grande Armée (armée principale qu'il commande en personne), deux groupes d'armée indépendants : l'un, formé de différents corps d'armée sous le commandement des maréchaux, pour préparer et mener le combat ; l'autre, formé de réserves générales sous son commandement plus ou moins direct, afin de terminer la bataille en produisant l'« événement ».

A partir de là, la « grande tactique » de Napoléon se résume, selon ses propres termes, à l'art de « réunir » et de « concentrer » son armée : celle-ci est « réunie » quand ses divers éléments sont en relation et assez proches pour n'être pas coupés par l'ennemi, et elle se trouve « concentrée » lorsque ceux-ci se rassemblent pour la bataille.

A cet effet, depuis 1803, l'unité tactique majeure est le corps d'armée, véritable petite armée autonome de quinze à quarante-cinq mille hommes commandés par un maréchal et constituant la plus grande formation opérationnelle interarmes. Chaque corps comprend deux à quatre divisions d'infanterie (avec quinze à vingt pour cent de voltigeurs), une brigade ou une division de cavalerie légère (éclaireurs, chasseurs), de l'artillerie divisionnaire et de réserve, du génie et des services. Même les différentes composantes de la réserve générale finissent par former des corps d'armée : corps d'infanterie, de cavalerie (de ligne - dragons - et de bataille - cuirassiers) ; corps de la Garde, ultime réserve interarmes qui protège la réserve d'artillerie. Outre cette réserve générale, la Grande Armée comporte généralement de six à douze corps que l'Empereur jette en avant comme les mailles d'un gigantesque filet. Suffisamment puissants pour résister à l'ennemi en attendant du secours, mais point trop massifs pour garantir souplesse et vitesse d'exécution, ces corps permettent de couvrir un grand territoire (sur lequel ils vivent aisément) à la recherche de l'ennemi, et de réaliser des manoeuvres enveloppantes tout en dissimulant les intentions jusqu'au dernier moment.


Lorsque Napoléon décide d'engager la bataille décisive, la plupart des corps convergent à marche forcée vers le point prévu tandis que certains assurent les arrières ou fixent des éléments adverses. Deux cas peuvent se présenter : soit l'Empereur dispose d'une nette supériorité (numérique ou morale) sur son théâtre d'opérations principal, soit il est plus faible.

Dans le premier cas, alors que le corps au contact retient l'ennemi par une démonstration, le gros de l'armée, précédé d'une avant-garde de cavalerie, par une marche audacieuse et rapide, se jette sur ses arrières afin de couper sa ligne de retraite : c'est la manoeuvre « sur les derrières », manoeuvre par excellence de Napoléon, qui produit une démoralisation préalable de l'adversaire (exemple de Iéna qui a réussi).

Dans le second cas, après une attente stratégique ou par un coup offensif, les corps font irruption au milieu des forces de l'ennemi en vue de l'empêcher de se concentrer ou de le diviser, les deux fractions adverses étant alors réduites une à une par l'intervention des réserves : c'est la manoeuvre « sur position centrale » (exemple de Ligny-Waterloo qui a échoué).

Sur chaque champ de bataille, dans le lent mouvement de flux et de reflux des combats marqués par l'alternance des attaques d'infanterie et de cavalerie préparées et soutenues par l'artillerie, Napoléon tente d'obliger l'ennemi à engager ses réserves en paraissant faiblir sur une aile (réussite d'Austerlitz) ou en lançant de forts assauts sur un point vital (échec de Waterloo). L'adversaire une fois épuisé ou à tout le moins déstabilisé par un mouvement débordant ou tournant, l'Empereur fait donner ses propres réserves qui entreprennent de le percer et de le couper en deux parties à poursuivre. Cette manoeuvre a réussi à Ligny où Blücher, attiré et fatigué sur sa droite, fixé sur sa gauche, a été percé au centre [Hitler reprendra, en l'inversant, ce plan contre les Français en 1940 !] ; elle a échoué à Waterloo où Wellington, bien retranché, a repoussé les assauts de l'infanterie et a résisté à ceux de la cavalerie le temps nécessaire à l'arrivée de Blücher, mal poursuivi et retenu, qui a contraint Napoléon à fractionner ses maigres réserves.

Toutefois, contrairement à ce que d'aucuns prétendent, rares sont les batailles dont l'issue est fatale : c'est ce qu'avait bien compris l'Empereur dont la principale qualité, outre la prise en compte de toutes les possibilités, était l'absence d'idées préconçues et la grande capacité d'adaptation aux circonstances (ainsi, à Austerlitz, modifia-t-il trois fois son plan). Même Waterloo, malgré la disproportion des forces (les alliés étaient près de deux fois plus nombreux que les Français), les erreurs commises et les retards accumulés, aurait pu être une victoire, car, si Blücher avait été mieux poursuivi et retenu ou si Napoléon avait déclenché l'offensive quelques heures plus tôt, comme le dit un historien belge (J. Logie) pourtant défavorable à celui-ci, « ...il n'est pas douteux que l'armée de Wellington, très éprouvée, n'aurait pu résister à une troisième attaque générale menée par l'infanterie de Lobau [corps de réserve] et de la Garde, et soutenue par la grosse cavalerie de Kellermann et Guyot ». Citons encore sur ce point le fameux théoricien militaire Carl von Clausewitz, adversaire de l'Empereur et critique impitoyable : Si nous considérons comme possible le succès près de Mont-Saint-Jean, ce n'est que parce que nous croyons soixante-dix mille Français, conduits par Bonaparte et Ney, bien supérieurs à soixante-dix mille alliés [...] [qui] ont bien plus vite fondu que les Français dans le combat ; cela semble résulter de l'aveu de tous les témoins oculaires. Si, effectivement, la situation de Wellington, à cinq heures de l'après-midi, était déjà très difficile, sans qu'un seul homme du 6e corps [de réserve] et de la Garde eût combattu contre lui, il faut reconnaître en cela la supériorité des troupes françaises.




Fantassin de l'armée impériale.



Quoi qu'il en soit, une bataille typique (bien que chaque bataille soit spécifique), aboutissement de tout un ensemble de savantes opérations, se déroule en gros de la façon suivante.

Les unités de cavalerie légère (hussards qui éclairent et chasseurs qui poursuivent), soutenues par la cavalerie de ligne (dragons qui peuvent combattre à pied et tenir une tête de pont) et par la grosse cavalerie (cuirassiers qui peuvent repousser une contre-attaque adverse), localisent l'ennemi, l'évaluent et le forcent à se déployer sur un terrain défavorable. Les colonnes d'infanterie arrivent et, sous la protection de la cavalerie et de l'artillerie, s'emparent de bonnes positions d'attaque en poussant le combat tard dans la nuit pendant laquelle les corps éloignés marchent sans relâche pour rejoindre le champ de bataille avant l'aube.

Au point du jour, l'armée concentrée prend ses dispositions de combat. L'artillerie ouvre le feu sur tout le front et, éventuellement, la cavalerie charge pour contraindre l'ennemi à se montrer ou à se fixer. Si ce dernier n'attaque pas une aile volontairement dégarnie, l'Empereur peut lancer un assaut général, mais semble vite s'acharner sur un point pour en fait essayer de percer sur un autre une fois que l'adversaire, ébranlé par un mouvement débordant ou tournant, a entamé ses réserves.

Avec la cavalerie légère aux ailes pour éviter les débordements, précédée d'une nuée de tirailleurs (voltigeurs dispersés de l'infanterie légère) qui harcèlent l'ennemi et couvrent les mouvements par la fumée de leur feu, l'infanterie de ligne des corps d'armée s'avance par divisions sur deux lignes (en général, une brigade par ligne plutôt que deux brigades accolées avec un régiment sur chaque ligne). Comme, à la fin du XVIIIe s., l'« ordre profond » (colonnes chargeant à la baïonnette, donc puissance du choc) l'a emporté sur l'« ordre mince » (lignes déployées, donc puissance du feu), la brigade de première ligne, quelquefois déployée en entier, présente le plus souvent une alternance de bataillons déployés et de bataillons en colonnes à « intervalles de déploiement », prêts à appuyer le feu des premiers par le choc ; la brigade de seconde ligne se trouvant entièrement disposée en colonnes : bataillons accolés, successifs ou en échelons débordants. Chaque bataillon (de six à neuf cents hommes) s'articule en six compagnies (à partir de 1808) : quatre ordinaires de fusiliers qui peuvent former la base d'un carré (mur de feu et d'acier) contre la cavalerie ; deux d'élite, une de voltigeurs qui précèdent et préparent, et une de grenadiers qui suivent et renforcent. Les voltigeurs utilisent le terrain pour tirailler ; à portée de l'ennemi, les fusiliers, déployés sur deux ou trois rangs (un rang tire pendant que l'autre recharge), s'arrêtent, lâchent une salve de ligne ou feu de file, puis tirent à volonté en feux de peloton ; massés en colonnes de bataillon avec deux compagnies de front (pour faciliter le déploiement ou la formation en carré), ils chargent en marchant à cent vingt pas à la minute, dans les cris et les roulements de tambours, à la baïonnette (c’est-à-dire l’arme au bras, qu’ils mettent crosse à la hanche, baïonnette en avant, au dernier moment, ce qui s’appelle « croiser la baïonnette »). De plus, contrairement à ce que montre l'imagerie courante, dans une compagnie, le capitaine se place, non pas devant ses hommes, mais à droite du premier rang ; les lieutenants et les tambours se tenant derrière les sections.

L'artillerie divisionnaire (en général un canon de « six » ou de « huit » par bataillon plus deux obusiers) est répartie dans les intervalles tandis que l'artillerie de corps (pièces de « douze ») est regroupée à l'arrière parfois en grandes batteries avec celle de la réserve générale sur le point d'effort principal.

La cavalerie de ligne (dragons qui crachent le feu et lanciers qui percent) et la grosse cavalerie (cuirassiers qui défoncent) précède quelquefois l'infanterie pour faciliter son action ; la plupart du temps, elle la suit, prête à la soutenir. Sur le point d'effort principal, c'est une grande partie de la réserve générale qui est mise en oeuvre en vue de rompre le front adverse et de créer l'« événement » (les cuirassiers, en particulier, jouent un rôle décisif par leur action de choc massive et brutale). Dans tous les cas, la cavalerie, organisée en divisions à deux brigades à deux régiments à quatre escadrons (de cent vingt à deux cents hommes), se trouve disposée en lignes ou en colonnes souvent placées en échelons pour multiplier les attaques. Appuyée par l'artillerie divisionnaire à cheval (un canon de « quatre » par régiment) qui la devance parfois pour mitrailler les rangs ennemis, elle lance une succession de charges, d'abord au trot, puis au galop (cent à deux cents derniers mètres) dans les hurlements et les sonneries de trompettes. Après chacune d'entre elles, les escadrons se reforment sur les ailes et repartent à l'assaut.

Finalement, la bataille offre le spectacle d'une série incessante d'attaques et contre-attaques d'infanterie et de cavalerie sous le déluge de feu de l'artillerie, interrompue par des changements brusques : mouvements tournants, rupture du front... Au fil des années, avec l'accroissement des pertes, la disparition des anciens soldats qui ne peuvent plus former des conscrits expédiés de plus en plus vite sur le front, avec l'intégration d'étrangers toujours plus nombreux, l'armée napoléonienne perd de sa qualité et notamment de sa capacité manoeuvrière. Pour compenser cette faiblesse, Napoléon simplifie son système qui devient trop rigide. De fortes concentrations d'artillerie se substituent à l'infanterie défaillante qui, à couvert de tirailleurs en « grandes bandes », ne manoeuvre guère et ne se déploie plus : en grosses colonnes compactes, très vulnérables au feu et aux charges, elle tente, appuyée par une attaque massive de la cavalerie, de percer d'un seul coup tel un bélier lancé à toute vitesse (exemple de Wagram où les cent pièces de Drouot ouvrent la voie à l'énorme colonne Macdonald suivie de toute la réserve de cavalerie).

Si l'ennemi épuisé, déséquilibré, percé, résiste encore, une fois toutes les réserves employées, l'Empereur engage sa Garde (divisions d'infanterie et de cavalerie de Jeune, Moyenne, puis de Vieille Garde, constituées de combattants d'élite chevronnés), « espoir suprême et suprême pensée », qui fonce sans esprit de recul...



Unités, composition et commandement dans les armes de mêlée : infanterie et cavalerie


Unités Composition et commandement dans l'infanterie Composition et commandement dans la cavalerie
escouade 10 à 15 fantassins + un caporal 5 à 10 cavaliers + un brigadier
demi-section ou demi-peloton 2 escouades + un sergent 2 escouades + un maréchal des logis
section ou peloton 4 escouades + un sous-lieutenant ou un lieutenant (1ère section) 4 escouades + un sous-lieutenant ou un lieutenant (1er peloton)
compagnie 2 sections + un capitaine, un sergent-major, un caporal-fourrier, 2 tambours, soit 100 à 140 hommes 2 pelotons + un capitaine, un maréchal des logis-chef, un brigadier-fourrier, 2 trompettes, soit 60 à 100 hommes
bataillon ou escadron 6 compagnies : chef de bataillon 2 compagnies : chef d'escadron
régiment 2 à 4 bataillons : colonel 4 escadrons : colonel
brigade 2 régiments : général de brigade 2 régiments : général de brigade
division 2 brigades : général de division 2 brigades : général de division

N.B. Le plus haut grade est celui de général de division, lequel peut porter le titre de général en chef lorsqu'il commande un corps d'armée ou de généralissime (dixit le général baron de Marbot) s'il commande une armée indépendante de la Grande Armée, qu'il soit ou non élevé à la dignité de maréchal, laquelle n'implique pas de commandement particulier.

Dans ces tableaux, ne sont pas mentionnés les grades suivants : adjudant sous-officier, qui, entre sergent-major et sous-lieutenant, « aide » (latin adjuvare, « aider ») les officiers subalternes ; major, officier supérieur, qui, entre chef de bataillon/escadron et colonel, est adjoint au chef de corps (le régiment avec son bataillon de dépôt) ; adjudant-commandant, officier supérieur, qui, entre colonel et général de brigade, est chef d'état-major d'une division ou sous-chef d'état-major d'un corps d'armée (ce grade ayant remplacé celui d'adjudant-général en 1800, car celui-ci se prenait souvent pour un général !). Le grade de chef d’escadrons avec un s apparaît sous la Restauration, en 1815, lorsque l’escadron est assimilé à la compagnie : ainsi le chef d’escadrons commande, non plus deux compagnies, mais deux escadrons commandés chacun par un capitaine. En outre, on peut noter que les membres de la Garde peuvent se prévaloir du grade supérieur au leur dans le reste de l’armée où, par exemple, un lieutenant a rang de capitaine. Cependant, le major d’un régiment de la Garde a vraiment le grade de colonel (on l’appelle colonel-major) et le chef de corps, celui de général.

Pourquoi Napoléon 1er, qui a rétabli le titre de colonel, jugé aristocratique par les révolutionnaires, lesquels l’avaient remplacé par celui de chef de brigade (commandant, en fait, d'une demi-brigade équivalant au régiment), n’a-t-il pas rétabli celui de lieutenant-colonel, qu’il a remplacé par celui de major ?
Voici ce qu’en dit le général baron de Marbot dans ses célèbres Mémoires :
[…] dès que j’eus dit à voix basse : « Le colonel est mort ! » Napoléon, fronçant le sourcil, prononça un Chut ! qui m’imposa silence, et, sans me rendre compte du parti que Sa Majesté voulait tirer de cet événement, je compris que, pour le moment, Elle ne voulait pas savoir que le colonel eût été tué !
L’Empereur, que ses calomniateurs ont accusé de manquer de courage personnel, s’élançant au galop malgré les balles qui sifflaient autour de nous, arrive au centre du régiment et demande où est le colonel. Personne ne dit mot. Napoléon ayant renouvelé sa question, quelques soldats répondent : « Il vient d’être tué ! – Je ne demande pas s’il est mort, mais où il est. » Alors une voix timide annonce qu’il est resté dans le village. « Comment, soldats ! dit Napoléon, vous avez abandonné le corps de votre colonel au pouvoir de l’ennemi ! Sachez qu’un brave régiment doit être toujours en mesure de montrer son aigle et son colonel, mort ou vif ! … Vous avez laissé votre colonel dans ce village, allez le chercher ! »
Le major, saisissant la pensée de Napoléon, s’écria : « Oui, nous sommes déshonorés si nous ne rapportons notre colonel ! » Et il s’élance au pas de course. Le régiment le suit au cri de « Vive l’Empereur ! » s’élance dans Essling, extermine quelques centaines d’Autrichiens, reste maître de la position et reprend le cadavre de son colonel, qu’une compagnie de grenadiers vient déposer aux pieds de l’Empereur. Vous comprenez parfaitement que Napoléon ne tenait nullement à avoir le corps de ce malheureux officier ; mais il avait voulu atteindre le double but de reprendre le village et d’inculquer, dans l’esprit des troupes, que le colonel est un
second drapeau, qu’un bon régiment ne doit jamais abandonner. Cette conviction, dans les moments difficiles, exalte le courage des soldats et les porte à soutenir le combat avec acharnement autour de leur chef, mort ou vif. Aussi, se tournant vers le prince Berthier, l’Empereur, en lui rappelant la discussion du Conseil d’Etat, ajouta : « Si, lorsque j’ai demandé le colonel, il y eût eu ici un lieutenant-colonel au lieu du major, on m’aurait répondu : Le voilà ! L’effet que je voulais obtenir aurait été bien moins grand, car, aux yeux du soldat, les titres de lieutenant-colonel et de colonel sont à peu près synonymes. »


Insignes des grades


Grades Insignes
Ancien, dit appointé ou sous-brigadier (fonction distinguée par un galon) Un galon de laine oblique sur l'avant-bras (à ne pas confondre avec les chevrons d'ancienneté sur le bras)
Caporal ou brigadier (gradé de troupe) Deux galons de laine obliques sur l'avant-bras
Caporal-fourrier ou brigadier-fourrier (fonction distinguée par un galon supplémentaire) Deux galons de laine obliques sur l'avant-bras et un galon argent (armes à cheval) ou or (armes à pied) oblique sur le bras
Sergent ou maréchal des logis (sous-officier) Un galon argent (armes à cheval) ou or (armes à pied) oblique sur l'avant-bras
Sergent-major ou maréchal des logis-chef Deux galons argent ou or obliques sur l'avant-bras
Adjudant sous-officier Sur l'épaule gauche, une épaulette à frange paillettes panachées rouge et argent ou or, avec deux galons longitudinaux argent ou or
Sous-lieutenant (officier subalterne) Sur l'épaule gauche, une épaulette à frange paillettes argent ou or, coupée par deux liserés rouges
Lieutenant Sur l'épaule gauche, une épaulette à frange paillettes argent ou or, coupée par un liseré rouge
Lieutenant adjudant-major (fonction distinguée par permutation de l'épaulette et de la contre-épaulette) Sur l'épaule droite, une épaulette à frange paillettes argent ou or, coupée par un liseré rouge
Capitaine Sur l'épaule gauche, une épaulette à frange paillettes argent ou or
Capitaine adjudant-major (fonction distinguée par permutation de l'épaulette et de la contre-épaulette) Sur l'épaule droite, une épaulette à frange paillettes argent ou or
Chef de bataillon ou d'escadron (officier supérieur) Sur l'épaule gauche, une épaulette à frange grosses torsades argent ou or
Major en second Deux épaulettes à frange grosses torsades métal de l'arme et attente autre métal, coupée par un liseré rouge
Major Deux épaulettes à frange grosses torsades métal de l'arme et attente autre métal
Colonel en second (régiment provisoire) Deux épaulettes à frange grosses torsades argent ou or, coupées par un liseré rouge
Colonel Deux épaulettes à frange grosses torsades argent ou or
Adjudant-commandant Deux épaulettes à frange gros bouillons or avec broderies spécifiques remplaçant l'étoile d'adjudant-général
Général de brigade (officier général) Deux épaulettes à frange gros bouillons or avec deux étoiles argent
Général de division Deux épaulettes à frange gros bouillons or avec trois étoiles argent (quatre si général en chef)
Maréchal (dignité) Deux épaulettes à frange gros bouillons or avec deux bâtons de maréchal croisés ou cinq étoiles argent



Fonctions d'état-major dans les unités


Grades ou emplois Fonctions
Caporal-fourrier ou brigadier-fourrier Adjoint au sergent-major ou au maréchal des logis-chef
Sergent-major ou maréchal des logis-chef Adjoint au commandant de compagnie
Adjudant sous-officier Adjoint à l’adjudant-major (deux par bataillon ou escadron)
Lieutenant adjudant-major Adjoint au capitaine adjudant-major
Capitaine adjudant-major Adjoint au chef de bataillon ou d’escadron
Major en second Adjoint au major
Major Adjoint au commandant de régiment et responsable du bataillon de dépôt (recrutement et instruction)
Adjudant-commandant Chef d'état-major d'une division ou sous-chef d'état-major d'un corps d'armée



Tailles


Taille moyenne des soldats entre 1800 et 1820 164 cm (études universitaires de David Weir et de John Komlos)
Taille de Napoléon 1er 169 cm
Taille des maréchaux Entre 170 cm et 180 cm (Murat et Bessières), sauf Sérurier : 187 cm, Brune : 192 cm et Mortier : 197 cm !
Taille minimale requise pour une recrue 162 cm en 1799 ; 154 cm en 1804
Taille minimale requise pour les grenadiers de la Garde 178 cm, puis 176 cm
Taille minimale requise pour les chasseurs de la Garde 172 cm, puis 170 cm
Taille minimale requise pour les cuirassiers 173 cm



Hôpital et ambulance de campagne : l'horreur !


Dans ses « Mémoires » (Carnet historique et littéraire, 1889, tome IV, page 92), Wolfe-Tone donne une idée d’un hôpital militaire de campagne en 1813 : […] j’eus, sous les yeux, un spectacle effrayant. Une longue table occupait un des côtés de cette petite pièce, dont le reste était couvert de paille et encombré de pauvres diables mutilés et sanglants. Une douzaine de jeunes chirurgiens, le corps à moitié nu et couvert de sang, mangeant et buvant, coupaient des membres avec toute la célérité possible à mesure que les blessés étaient déposés sur la table, et, dans un coin, où ils formaient un tas hideux, ils jetaient jambes, bras, mains et pieds amputés ; le plancher ruisselait de sang, la paille en était trempée, et il s’écoulait dans l’escalier. […] Quelques vieux soldats faisaient preuve du courage le plus intrépide en fumant pendant qu’on les amputait et en criant : « Vive l’Empereur ! » quand l’opération était terminée.
Dans L’Armée de Napoléon (Tallandier, 2003), Alain Pigeard rapporte le témoignage du carabinier Jef Abel en 1809 près de Wagram : « […] je tombais sur l’ambulance. Une vraie boucherie. On ne voyait, pêle-mêle, que des morts, des blessés, un éparpillement de bras et de jambes coupés. […] Les blessés pleuraient, criaient ; tous fuyaient, même les blessés qui pouvaient à peine se traîner. » Alain Pigeard précise : En cas d’hémorragie, on fait une compression digitale en amont ; la ligature étant le seul moyen d’hémostase définitive. […] Les complications sont dues à la gangrène gazeuse foudroyante, au tétanos, à la pourriture d’hôpital ; tout cela découlant le plus souvent du manque d’hygiène.



Mon maréchal d'Empire préféré : Louis-Gabriel Suchet (1770 – 1826)


Très éduqué et cultivé, courtois et bienveillant, Suchet s'est surtout montré intègre et soucieux du bien-être de ses soldats, tout le contraire d’un Soult, par exemple, sur ces deux points.
Affable et ferme à la fois, méticuleux et réfléchi, déterminé, capable d’initiative, c’était un grand travailleur, un excellent organisateur, un redoutable tacticien, un habile stratège et un brillant meneur d’hommes.
Nommé à la tête du 3e corps d’armée en Espagne en 1809, Suchet a remporté victoire sur victoire et s’est attiré l’estime de tous par son honnêteté rare, ses qualités d’administrateur et le soin qu’il a apporté à ses troupes, veillant constamment à ce qu’elles soient bien nourries, vêtues et équipées. S’étant finalement emparé d’une citadelle réputée imprenable en 1811, il a enfin obtenu son bâton de maréchal, amplement mérité, à l’âge de quarante et un ans.
Après avoir conquis d’autres places fortes et battu la meilleure armée espagnole, il a été fait duc d’Albufera en 1813, titre que le roi d’Espagne a – geste exceptionnel ! – confirmé pour « la façon chevaleresque dont il a fait la guerre à mes peuples » !!!
Lors des Cent-Jours, Suchet s’est rallié à l’Empereur qui lui a confié le commandement de la région militaire de sa ville de naissance : Lyon. Ayant défendu les Alpes et la Savoie avec brio, il a conclu un armistice avantageux avec les Autrichiens après Waterloo.
Radié des cadres au début de la seconde Restauration, Suchet s’est retiré sur ses terres où il a mené une vie familiale heureuse de gentilhomme campagnard. Sensible et vertueux, il a vraiment beaucoup aimé son épouse, Honorine Anthoine de Saint-Joseph (décédée à quatre-vingt-quatorze ans !), avec qui, malgré une différence d’âge de vingt ans, il a formé un couple uni, puisque, entre autres preuves d’amour, elle l’a suivi à cheval dans ses opérations en Espagne !
A Sainte-Hélène, Napoléon a déclaré : « Si j’avais eu deux maréchaux comme Suchet, je n’aurais pas seulement conquis l’Espagne, je l’aurais gardée ! » et « Si j’avais eu Suchet à la place de Grouchy, je n’aurais pas perdu à Waterloo ! » Bel hommage, même si l’on peut douter que, ces deux conditions ayant été remplies, les effets souhaités se soient produits malgré les indéniables compétences de Suchet.




La Garde impériale donne pour la dernière fois




Tambour des chasseurs à pied de la Garde.



Waterloo, « morne plaine »... Il est sept heures du soir... L'Empereur ordonne un nouvel assaut général de la ligne alliée. Tandis que Reille et d'Erlon poussent de nouveau leurs troupes en tirailleurs et en colonnes vers le plateau, Napoléon forme, en personne, deux vagues d'assaut avec les neuf derniers bataillons disponibles de sa Garde.

Une première vague, sous le maréchal Ney, constituée de cinq bataillons appuyés par une batterie à cheval, attaquera le centre de la droite anglaise ; une seconde vague, sous l'Empereur lui-même (puis sous Cambronne, puis sous Christiani), restera en réserve au pied du plateau avec les quatre autres bataillons.

La première vague d'attaque (moins de trois mille hommes) est organisée en deux colonnes : à droite, les grenadiers à pied sous Roguet (1er bataillon du 3e grenadiers et 4e grenadiers réduit à l'effectif d'un bataillon) ; à gauche, les chasseurs à pied sous Michel (1er et 2e bataillons du 3e chasseurs et 4e chasseurs réduit à l'effectif d'un bataillon), toutes unités de Moyenne Garde.

La seconde vague de réserve comprend le 2e bataillon du 3e grenadiers de Moyenne Garde, détaché vers le château de Gomont (dit au Goumont, déformé en Hougoumont), le 1er bataillon du 2e grenadiers, le 2e bataillon du 1er chasseurs et le 2e bataillon du 2e chasseurs, unités de Vieille Garde (le 2e bataillon du 2e grenadiers et le 1er bataillon du 2e chasseurs étant à Plancenoit sous Pelet, le 1er grenadiers étant à Rossomme sous Petit en protection avancée du Grand quartier général et le 1er bataillon du 1er chasseurs étant au G.Q.G. du Caillou).




Grenadier à pied de la Garde.



Soutenus par le feu redoublé de l'artillerie, les grognards s'élancent au pas de charge en scandant leur marche aux cris de « Vive l'Empereur ! » Quand ils débouchent sur le plateau, un violent tir à mitraille, provenant de toutes les batteries anglaises de réserve, converge sur eux et, les frappant de face et de flanc, leur cause de lourdes pertes. « A chaque décharge, les colonnes ondulaient comme blé au vent », a rapporté un artilleur britannique. Néanmoins, elles poursuivent imperturbablement leur attaque, droit au coeur de l'ennemi !


A droite, malgré le feu meurtrier de deux batteries qui croisent leur tir et la fusillade nourrie des troupes de ligne, le 1er bataillon du 3e grenadiers, qui porte son effort à la charnière des forces britanniques et néerlandaises, d'un seul élan, culbute deux bataillons alliés et repousse deux régiments anglais dont le reflux tourne à la déroute. Au même moment, un peu plus loin sur la gauche, le 4e grenadiers enfonce les deux autres régiments de la brigade britannique : la percée semble réalisée ! Hélas, surgissent une brigade de cavalerie anglaise et une brigade hollando-belge d'infanterie fraîche précédées de batteries à cheval qui tirent de plein fouet à mitraille. Quinze cents cavaliers et trois mille cinq cents fantassins, sans compter ceux de la ligne, contre un millier d'hommes : même les soldats d'élite de la Garde ne peuvent résister et se replient en combattant, en bon ordre.

A gauche, le 3e chasseurs attaque directement la brigade anglaise des gardes, plus nombreuse et bien retranchée. Fonçant à travers la mitraille, il chasse les artilleurs de trois batteries et aborde la ligne de défense. Mais les gardes anglais demeurent invisibles : les soldats se sont en effet couchés dans les blés et, d'un seul coup, se dressent et fusillent les grognards à bout portant de leur tir dense et précis. La décharge est dévastatrice. En une minute, trois cents hommes sont mis hors de combat (le général Michel est tué) ! Les chasseurs, surpris, tentent de se déployer, mais les Britanniques chargent et les soldats de la Garde impériale, bousculés par la fusillade, sont contraints de reculer pas à pas dans un furieux corps à corps. Cependant, le 4e chasseurs arrive et, fort de ce maigre soutien, les grognards contre-attaquent violemment malgré leurs pertes. Sans attendre le choc, les gardes anglais refluent en désordre. Heureusement pour eux, une nouvelle brigade britannique, appuyée par de la cavalerie, vient à leur secours sur le flanc des chasseurs. Selon un historien belge, « accablés par le nombre, fusillés de face et de côté, écharpés par le feu concentrique de l'artillerie, les grognards de la Garde impériale rétrogradent en bon ordre ».


Plus tard, au moment de la déroute française causée par l'irruption de nouvelles forces prussiennes sur les arrières, tandis que la Jeune Garde se fait tuer sur place en défendant le village de Plancenoit, la Vieille Garde, formée en carrés, fait front et tient ferme. Décimée par les assauts conjugués de l'infanterie, de la cavalerie et de l'artillerie alliées, elle serre les rangs, puis se replie lentement en triangles, marquant le pas comme à l'exercice pour repousser les attaques et se reformer. Echappant au déluge de feu, les survivants se réunissent en colonnes et couvrent la retraite de l'Empereur...



Unités de la Garde impériale


Source : La Garde impériale, Ph. J. Haythornthwaite, Osprey Publishing, Oxford, 1997, del Prado, Paris, 2004 pour l'édition en français.



Grenadiers à pied 1er régiment créé en 1799 - 2e régiment créé en 1806 (Vieille Garde)
3e régiment créé en 1810 - 4e régiment créé en 1815 (Moyenne Garde)
Chasseurs à pied 1er régiment créé en 1799 - 2e régiment créé en 1806 (Vieille Garde)
3e régiment et 4e régiment créés en 1815 (Moyenne Garde)
Fusiliers régiment de fusiliers-grenadiers et régiment de fusiliers-chasseurs créés en 1806 (Jeune Garde)
Tirailleurs 1er régiment et 2e régiment créés en 1809
3e à 6e régiments créés en 1811
7e à 13e régiments créés en 1813
14e à 19e régiments créés en 1814
(Jeune Garde)
Voltigeurs 1er régiment et 2e régiment créés en 1809
3e à 6e régiments créés en 1811
7e à 13e régiments créés en 1813
14e à 19e régiments créés en 1814
(Jeune Garde)
Flanqueurs régiment de flanqueurs-grenadiers créé en 1813 - régiment de flanqueurs-chasseurs créé en 1811 (Jeune Garde)
Grenadiers et chasseurs à cheval régiments créés en 1799 (Vieille Garde)
Dragons régiment créé en 1806, dit « de l'Impératrice » en 1807 (Vieille Garde)
Chevau-légers lanciers 1er régiment (polonais) créé en 1807 (Vieille Garde)
2e régiment (hollandais) créé en 1810 (Moyenne Garde)
Eclaireurs 1er régiment (attaché aux grenadiers), 2e régiment (attaché aux dragons), 3e régiment (attaché aux lanciers) créés en 1813
(Jeune Garde)
Gardes d'honneur 1er à 4e régiments créés en 1813
(composés de jeunes gens aisés s'équipant à leurs frais : appartiennent à la Garde DE FAIT, non DE DROIT !) (Jeune Garde)
Artillerie Artillerie à cheval créée en 1799
Artillerie à pied créée en 1808
(Vieille Garde)
Génie Sapeurs créés en 1810 (Vieille Garde)



Source : Le Factionnaire par Detaille (Musée de l'Armée).

Grenadier à pied de la Vieille Garde (2 chevrons d'ancienneté : au moins 15 ans de service) en faction auprès de l'Empereur.


GRANDE TENUE : souliers noirs, hautes guêtres blanches avec couvre-pieds et sous-pieds blancs, culotte et gilet blancs, habit à la française bleu impérial à grands revers blancs, collet de fond, parements de manches écarlates avec pattes blanches, et retroussis de basques écarlates, boutons à l'aigle dorés, épaulettes à attente, double tournante et frange écarlates, gants blancs, bandoulière blanche porte-giberne croisée avec baudrier blanc porte-sabre briquet, bretelles blanches pour havresac avec capote roulée au-dessus, bonnet à poil d’ourson avec plaque à l’aigle et grenades en laiton cuivré, avec cordon natté, tresse, raquette et gland blancs, gland frontal blanc et plumet écarlate, sabre briquet avec dragonne à tresse et gland écarlates, fusil modèle 1777 modifié an IX avec baïonnette (voir description au bas de la page suivante).



Capitaine (à gauche) des chasseurs à pied de la Vieille Garde.


GRANDE TENUE : bottes noires à retroussis et pompons dorés, culotte et gilet blancs, ceinturon blanc à boucle dorée ornée de l’aigle, habit à la française bleu impérial à grands revers blancs, collet de fond passepoilé de blanc, parements de manches écarlates à liseré blanc en pointe « à la chasseur », et retroussis de basques écarlates, boutons à l'aigle dorés, épaulette à frange paillettes or sur l’épaule gauche et contre-épaulette or sur l’épaule droite, hausse-col en laiton cuivré orné du cor de chasse, gants blancs, croix de la Légion d’honneur sous son ruban écarlate, bonnet à poil d’ourson avec cordon natté, deux tresses, raquettes et glands dorés, double gland frontal doré et plumet vert à pointe écarlate, épée avec dragonne à tresse et gland dorés.


Chasseur à pied (à droite) de la Vieille Garde (2 chevrons d'ancienneté : au moins 15 ans de service) en faction et au garde-à-vous.

N.B. En caractères gras, différences entre le chasseur et le grenadier.


GRANDE TENUE : souliers noirs, hautes guêtres blanches avec couvre-pieds et sous-pieds blancs, culotte et gilet blancs, habit à la française bleu impérial à grands revers blancs, collet de fond passepoilé de blanc, parements de manches écarlates à liseré blanc en pointe « à la chasseur », et retroussis de basques écarlates, boutons à l'aigle dorés, épaulettes à attente verte, double tournante et frange écarlates, gants blancs, bandoulière blanche porte-giberne croisée avec baudrier blanc porte-sabre briquet, bonnet à poil d’ourson sans plaque, avec cordon natté, tresse, raquette et gland blancs, gland frontal blanc et plumet vert à pointe écarlate, sabre briquet avec dragonne à tresse verte et gland écarlate, fusil modèle 1777 modifié an IX avec baïonnette (voir description au bas de la page suivante).



(Dans la Garde, la moustache est de rigueur avec la queue poudrée, les anneaux d’or aux oreilles et les tatouages !)




Les cuirassiers




Colonel (à pied) et cuirassier (à cheval).



Sous l'Ancien Régime, depuis la fin du XVIIe s., il n'existait plus qu'un seul régiment de cuirassiers : le 8e de cavalerie, dit « des cuirassiers du roi ». C'est Napoléon Bonaparte qui, en 1802, décida de doter de nouveau certains régiments de grosse cavalerie de la cuirasse complète. L'année suivante, douze régiments de cuirassiers furent créés et prirent rapidement la marque des soldats d'élite depuis Louis XIV : la peau d'ours, non pas en bonnet comme pour les grenadiers de la Garde ou les carabiniers, mais en bandeau autour du casque (complétant les épaulettes écarlates et les grenades sur les retroussis de basques)... Pour être admis au sein de ces troupes d'élite, il fallait remplir des conditions particulières : entre autres, mesurer au moins 1,73 m ; avoir fait trois campagnes, etc. En 1809, grandes nouveautés : furent formés deux autres régiments de cuirassiers, auxquels s'ajoutèrent les deux régiments de carabiniers, élite de l'élite, désormais pourvus d'une magnifique cuirasse cuivrée et d'un étincelant casque de cuivre surmonté d'une chenille de crin rouge ! Surtout, chez tous les cavaliers, l'habit à la française fut remplacé par un habit-veste plus fonctionnel, à basques très courtes, blanc et bleu ciel à parements rouges ou bleus pour les carabiniers, bleu foncé (dit national, puis impérial) à parements de différentes couleurs selon les régiments pour les cuirassiers. Seuls les trompettes, par respect d'une très vieille tradition, ne portaient pas de cuirasse, mais une sorte de dolman abondamment garni de brandebourgs et agréments en galon de la livrée de l'Empereur.

Comme leur nom le suggère, les cuirassiers, grands gaillards juchés sur de puissants chevaux, bottés et bardés de cuir, étaient protégés par une cuirasse (modèle 1804 amélioré 1807, puis 1812) formée d'un plastron (avant) et d'une dossière (arrière) en tôle de 2,8 mm d'épaisseur, attachés à la taille et reliés aux épaules par des bretelles de cuir recouvertes d'écailles de laiton et garnis de soixante-huit boutons également en laiton. Pesant environ sept kilos, elle était doublée d'une matelassure rembourrée de crin. Si elle assurait une assez bonne protection contre les coups de sabre ou de baïonnette et même contre les éclats, elle n'était toutefois pas efficace contre la mitraille ou une balle de fusil qui perçait 4,6 cm de sapin à 250 m (fusil français). Les cuirassiers portaient aussi un fort casque métallique (avec visière, couvre-nuque, protège-joues et jugulaire) surmonté d'un cimier, d'un plumet et prolongé par une crinière (le tout pour en imposer à l'adversaire !).

L'arme offensive de base du cuirassier était le sabre de grosse cavalerie (modèle an IX) appelé vulgairement « latte », car droit et long (lame de 98 cm) : davantage destiné à frapper d'estoc (de la pointe) ou de taille (du tranchant) qu'à croiser en duel d'escrime. Afin de se défendre contre les armes à feu, le cuirassier était également doté de deux pistolets d'arçon (modèle an IX, puis an XIII, calibre 17 mm, env. 35 cm) et même, lors de la campagne de Russie (où il pouvait se trouver isolé en rase campagne), d'un mousqueton (modèle an IX, calibre 17,5 mm, env. 1,10 m).





Normalement voués à la charge massive et brutale (soit en rupture d'infanterie, soit en contre-attaque de cavalerie), les régiments de cuirassiers (articulés en quatre ou, de 1806 à 1809, cinq escadrons de cent vingt à deux cents cavaliers répartis en compagnies et pelotons) étaient groupés par trois, puis par deux, en brigades. Deux brigades, avec une batterie à cheval (une pièce par régiment), constituaient une division. Les divisions de grosse cavalerie (carabiniers et cuirassiers), dont le nombre varia de deux à quatre, formaient la cavalerie de réserve que l'Empereur pouvait lancer presque en bloc, comme à Eylau, pour faire la décision au terme d'une bataille indécise...

Citons ce dernier : Les carabiniers et les cuirassiers sont seuls en mesure de créer l'événement par l'action de choc massive et brutale. Les cuirassiers sont plus utiles que toute autre cavalerie [...] Leurs charges sont bonnes également au commencement, au milieu et à la fin d'une bataille [...] sur les flancs d'une infanterie engagée de front [...] ou pour soutenir la cavalerie légère et la cavalerie de ligne.

Notons à ce point que, contrairement à ce qu'on voit dans le film Le colonel Chabert, les charges de cavalerie étaient plutôt lentes et s'effectuaient au trot (le galop n'étant pris que pour les cent à deux cents derniers mètres) : il fallait en effet à la fois garder un certain alignement pour accroître la violence du choc final et ménager les chevaux qui devaient pouvoir charger jusqu'à dix ou quinze fois ( ! ) dans un long mouvement de flux et de reflux. Montures et cavaliers, chargeant un front de troupes, devaient tout d'abord essuyer le tir de l'artillerie (à boulets à partir de huit cents mètres, puis à mitraille en deçà de quatre cents mètres), ensuite affronter la fusillade de l'infanterie (en deçà de cent mètres) et, en évitant leurs compagnons culbutés, se jeter contre son hérisson de baïonnettes ! Enfin, en théorie, car, en pratique, si celui-ci était maintenu et si les chevaux n'étaient pas lancés au grand galop à cause de la fatigue ou du terrain, ces derniers refusaient de venir s'empaler et, pour disloquer un carré, il fallait coordonner les attaques de cavalerie avec les tirs à mitraille de l'artillerie à cheval et les feux précis des tirailleurs. Les centaures sabraient alors les fantassins ennemis à coups répétés. S'ils ne réussissaient pas à percer, ils se repliaient sur les ailes pour reformer leurs escadrons qui repartaient à la charge dans les hurlements et les sonneries de trompettes... Les cuirassiers s'illustrèrent sur la plupart des champs de bataille de l'épopée napoléonienne.

En 1805, à Austerlitz, les cuirassiers, par trois charges successives, enfoncèrent et disloquèrent les forces du prince de Liechtenstein (Autriche) avant de contre-attaquer et de culbuter, avec les grenadiers à cheval de la Garde, la grosse cavalerie russe, réputée la meilleure d'Europe.

En 1806, à Iéna, la cavalerie de réserve, commandée par Murat, transforma la retraite des Prussiens en une fuite éperdue...

En 1807, à Eylau, alors que la bataille, entre une armée impériale éloignée de ses bases et un adversaire russe plus nombreux, demeurait indécise, l'Empereur (Murat, nous laisseras-tu dévorer par ces gens-là ?) lança toute sa cavalerie disponible (soit exactement cinquante-huit escadrons, hors ceux de la Garde) dans la boue glacée et la neige fondue en plein brouillard ! La célèbre charge, très coûteuse, fut néanmoins irrésistible. Précédée d'une « petite » charge de la 2e division de dragons (deux brigades et douze escadrons sous Grouchy) pour reconnaître le terrain et chasser la cavalerie ennemie, la « grande » charge, dirigée par Murat, fut menée par la 2e division de cuirassiers sous Hautpoul (brigade Saint-Sulpice avec le 1er et le 5e cuirassiers, et brigade Clément avec le 10e et le 11e cuirassiers). Hautpoul disposa ses seize escadrons sur deux lignes et cria son fameux commandement : « Cuirassiers, chargez à fond, à fond ! » Tandis que la première ligne, fusillée par les fantassins russes, se replia sur les ailes, la seconde ligne enfonça l'infanterie ennemie malgré ses baïonnettes dressées. La brèche s'élargissant, la 1ère division de dragons (deux brigades et douze escadrons sous Klein) et la 3e division de dragons (trois brigades et dix-huit escadrons sous Milhaud) suivirent et contraignirent les Russes à reculer et à chercher l'abri d'un bois. Mais l'artillerie ennemie ouvrit un feu d'enfer qui freina l'élan français et permit à de nouvelles unités d'infanterie de faire face. Ce fut à ce moment-là que chargèrent les grenadiers et les chasseurs à cheval de la Garde. Le grand maréchal du palais Bertrand écrivit : « Cette charge brillante et inouïe, qui avait culbuté plus de vingt mille hommes d'infanterie et les avait obligés à abandonner leurs pièces, aurait décidé sur le champ de la victoire sans le bois et quelques difficultés de terrain. » Cependant, Napoléon fut si satisfait des résultats obtenus par les cuirassiers qu'il embrassa le général Hautpoul devant le front des troupes !

La même année, à Friedland, les cuirassiers de Nansouty, dont certains régiments chargèrent plus de quinze fois ( ! ), causèrent à l'ennemi des pertes terribles...

En 1809, à Eckmühl, chargeant sans relâche jusqu'à la nuit, les cuirassiers mirent l'armée adverse en déroute et la poursuivirent au clair de lune. Napoléon écrivit au ministre de la Guerre : « Les cuirassiers me rendent des services inappréciables. »

La même année, à Essling, la grosse cavalerie française se dépensa sans compter au prix de lourdes pertes. Les cuirassiers de Nansouty et d'Espagne se couvrirent de gloire...

Toujours en 1809, la bataille de Wagram fut gagnée grâce à l'engagement de toute la réserve de cavalerie.

En 1812, en Russie, cette réserve, aux ordres de Murat, comprenait quatre corps composés chacun d'une division légère et de deux divisions de carabiniers, cuirassiers ou dragons, soit environ quarante mille cavaliers qui firent des prodiges d'héroïsme tout au long de cette terrible campagne. Deux exemples. Au début, à Borodino, sur la Moskowa, les grosses cavaleries des deux adversaires se livrèrent un combat acharné : les Russes durent finalement se replier et furent poursuivis jusqu'à Moscou. Au terme de la catastrophique retraite, lors du célèbre passage de la Bérézina, les débris des divisions de cuirassiers tinrent ferme et permirent aux restes de la Grande Armée de franchir les ponts lancés par les sapeurs de la Garde. Malgré leur épuisement et leur dénuement, les cuirassiers (brigade Oullembourg, division Doumerc) eurent la discipline d'astiquer casques et cuirasses ! Les cavaliers russes en furent frappés de stupeur... C'est alors que des fantômes amaigris, flottant dans leur cuirasse et chevauchant des haridelles, chargèrent furieusement dans l'éclatement des trompettes : les Russes se débandèrent...

En 1813, contre les Autrichiens, Murat et la cavalerie de réserve firent merveille : enfoncée, disloquée, sabrée, cernée ou poursuivie, l'infanterie ennemie perdit cinq mille tués et plus de dix-huit mille prisonniers.

En 1814, sur le territoire national envahi, les deux mille cavaliers de Nansouty battirent souvent un ennemi bien plus nombreux, mieux monté et instruit.

En 1815, au cours de la campagne de Belgique, lors de la victoire de Ligny contre les Prussiens, le cheval de Blücher lui-même s'abattit au milieu d'une charge vigoureuse du 9e cuirassiers. Deux jours plus tard, à Waterloo, le même régiment, accompagné du 6e, ramena la cavalerie de la garde anglaise « l'épée dans les reins ». Et, pendant plusieurs heures, dans les pires conditions de terrain (pentes boueuses d'un plateau), près de six mille carabiniers, cuirassiers et dragons, soutenus par près de quatre mille cavaliers de la Garde, se précipitèrent sur les carrés anglais et alliés encore intacts, peu bombardés, bien pourvus en artillerie et organisés en profondeur derrière les chemins creux et les crêtes. Le tir dense et précis des excellents canons et fusils britanniques fit des ravages parmi les cavaliers trop concentrés. Pourtant, à force d'acharnement (certains escadrons chargèrent seize fois !), les carrés ennemis furent ébranlés, pénétrés, pourfendus, amenuisés. Si l'Empereur avait disposé de l'infanterie d'élite qui contenait l'irruption prussienne sur les arrières, l'armée anglaise eût été bel et bien battue... En tout cas, les officiers alliés furent unanimes à souligner la bravoure et l'allant des cuirassiers français qui, sabre à la main, s'élançaient vers la mort surgissant des bouches à feu. Le commandant en chef des armées anglo-hanovrienne et hollando-belge, Wellington lui-même, déclara à ses officiers : Messieurs, vous ignorez peut-être quelle est actuellement la meilleure cavalerie d'Europe ? C'est la plus mal montée de toutes : la cavalerie française ! Depuis que j'ai eu personnellement à soutenir les effets de son audace et de sa détermination, je n'en connais aucune qui soit capable de la surpasser.





Formations de cuirassiers et carabiniers dans la Grande Armée de 1805 à 1815.


1805 : Deux divisions (Nansouty et Hautpoul), soit dix régiments à quatre escadrons de cent vingt cavaliers (environ cinq mille au total).

1809 : Une division de réserve (Nansouty) et deux divisions détachées (Espagne et Saint-Sulpice), soit quatorze régiments à cinq escadrons de cent soixante cavaliers (près de douze mille au total).

1812 : Un corps à deux divisions (Saint-Germain et Valence) sous Nansouty ; une division (Walther) dans le corps de cavalerie de Montbrun et une division (Doumerc) dans le corps de cavalerie de Grouchy, soit seize régiments à quatre escadrons de deux cents cavaliers (plus de douze mille au total).

1815 : Deux corps à deux divisions (Watier et Delort sous Milhaud ; Lhéritier et Roussel d'Urbal sous Kellermann), soit quatorze régiments (deux régiments de dragons pour compléter) à trois escadrons de cent vingt cavaliers (environ cinq mille au total).



Organisation de la cavalerie impériale.


La cavalerie est utile avant, pendant et après une bataille. Une armée supérieure en cavalerie aura toujours l'avantage de bien couvrir ses mouvements, d'être toujours bien instruite des mouvements de son adversaire et de ne s'engager qu'autant qu'elle le voudra. Ses défaites seront de peu de conséquence et ses efforts seront décisifs. Sans cavalerie, les batailles sont sans résultat. Napoléon

Avant la bataille, la cavalerie éclaire l'armée ; pendant la bataille, elle soutient l'infanterie, exploite ses succès ou crée l'« événement » ; après la bataille, elle poursuit l'ennemi ou couvre la retraite.

A. ORGANISATION FONCTIONNELLE :

1) CAVALERIE LEGERE : HUSSARDS pour la reconnaissance et CHASSEURS pour la poursuite.

2) CAVALERIE DE LIGNE : DRAGONS en soutien de la cavalerie légère, tête de pont (à pied) et LANCIERS en appui direct.

3) GROSSE CAVALERIE : CARABINIERS et CUIRASSIERS en soutien de la légère, de la ligne et pour créer l'« événement » (rupture d'un front).

REPARTITION et EVOLUTION :

1804 :

CAVALERIE LEGERE : 10 régiments de hussards ; 24 de chasseurs.

CAVALERIE DE LIGNE : 30 régiments de dragons.

GROSSE CAVALERIE : 2 régiments de carabiniers ; 12 de cuirassiers.

GARDE IMPERIALE : 1 régiment de chasseurs à cheval (légère) ; 1 régiment de grenadiers à cheval (grosse) : Vieille Garde.

Soit 80 régiments (35 de légère, 30 de ligne, 15 de grosse), chacun à 4 escadrons de 120 cavaliers (env. 500 « sabres ») : quelque 40 000 cavaliers au total.

1806 - 1807 (apogée) :

A la Garde impériale, s'ajoutent 1 régiment de dragons et 1 régiment de chevau-légers (ligne) : Vieille Garde.

Tous les régiments passent à 5 escadrons de 160 cavaliers (env. 800 « sabres ») : quelque 65 000 cavaliers au total.

1809 - 1812 :

2 nouveaux régiments de cuirassiers ; les carabiniers se cuirassent : 16 régiments cuirassés.

10 nouveaux régiments de chevau-légers lanciers (1 pour la Garde dont le régiment de chevau-légers devient aussi lanciers).

6 régiments de dragons supprimés.

2 nouveaux régiments de hussards.

6 nouveaux régiments de chasseurs.

Soit 96 régiments (42 de légère, 33 de ligne, 16 de grosse et 5 de la Garde en dernière réserve) qui reviennent à 4 escadrons, mais de 200 cavaliers (env. 800 « sabres ») : quelque 77 000 cavaliers au total.

1813 - 1815 :

En 1813, la Garde impériale accueille 3 régiments d'éclaireurs (légère) et 4 de gardes d'honneur (ligne) : Jeune Garde (en première réserve), mais la cavalerie, reconstituée tant bien que mal après la campagne de Russie, ne compte plus qu'env. 45 000 h. pour la campagne d'Allemagne. L'année suivante, lors de la campagne de France, elle est même réduite à env. 15 000 cavaliers qui sont à peine le double en 1815 (env. 22 000 dans l'armée du Nord en Belgique).

B. ORGANISATION TACTIQUE :

1) ORGANISATION GENERALE : les régiments de cavalerie, articulés en quatre, puis, de 1806 à 1809, en cinq escadrons (de cent à deux cents cavaliers répartis en compagnies et pelotons), sont groupés par deux ou trois en brigades qui, couplées, avec une batterie d'artillerie à cheval (une pièce par régiment), constituent une division.

2) ORGANISATION PARTICULIERE :

CAVALERIE LEGERE : organisée en brigades à trois régiments ou divisions à quatre régiments, chacune attachée à un corps d'armée. En 1806, trois brigades à deux régiments, en 1807, une division organique, puis une autre en 1809, sont placées au sein de la réserve générale dans laquelle, en 1812, une division à quatre régiments est attachée à chacun des quatre corps de cavalerie et, en 1815, deux divisions forment un corps de cavalerie légère.

CAVALERIE DE LIGNE : organisée en divisions à quatre régiments (dragons et lanciers), détachées auprès des corps d'armée, ou à quatre-six régiments (dragons), placées au sein de la réserve générale dans laquelle, en 1812 et 1815, deux d'entre elles forment un corps propre. (En 1812, un régiment de lanciers est attaché à chacune des divisions de grosse cavalerie ; en 1815, une brigade de lanciers à deux régiments est attachée aux deux premiers corps d'armée.)

GROSSE CAVALERIE : organisée en divisions à quatre-six régiments (deux en 1805, trois en 1809, quatre en 1812 et 1815), fer de lance de la réserve générale dans laquelle, en 1812, deux d'entre elles forment un corps propre et, en 1815, les quatre divisions forment deux corps.

N.B. A partir de 1805, la réserve de cavalerie rassemble les divisions de grosse cavalerie (forcément cavalerie de réserve) et deux à quatre divisions de ligne (dragons). En 1807, elle comprend organiquement une division de légère, suivie d'une autre en 1809. En 1812, elle est organisée en quatre corps (un de grosse cavalerie, un de ligne et deux mixtes), chacun à deux divisions, une division de légère et de l'artillerie à cheval. En 1815, elle comporte également quatre corps plus réduits (à deux divisions) et de l'artillerie à cheval : deux de grosse cavalerie, un de ligne et un de légère.

A la fin de l'Empire, la Garde impériale, outre deux escadrons de gendarmes d'élite, comprend :

- un régiment de grenadiers (grosse) et un de chasseurs (légère) avec la compagnie de mameluks, chaque régiment ayant deux escadrons supplémentaires de vélites (aspirants-officiers).

- un régiment de dragons, dits « de l'Impératrice », et deux de lanciers : lanciers polonais et lanciers rouges (ligne).

- trois régiments d'éclaireurs (légère) et quatre de gardes d'honneur (ligne).



La charge des cuirassiers sous le Premier Empire.


Emploi : les cuirassiers étaient destinés à la charge, c’est-à-dire à l’attaque impétueuse. Comme susmentionné, d’après Napoléon, […] [ils] sont seuls en mesure de créer l'événement par l'action de choc massive et brutale. Les cuirassiers sont plus utiles que toute autre cavalerie [...]. Leurs charges sont bonnes également au commencement, au milieu et à la fin d'une bataille [...] sur les flancs d'une infanterie engagée de front [...] ou pour soutenir la cavalerie légère et la cavalerie de ligne.

Aussi les régiments de cuirassiers, articulés en quatre escadrons à deux compagnies à deux pelotons, et regroupés au sein des divisions de grosse cavalerie, formaient-ils la cavalerie de réserve que l'Empereur pouvait lancer pour obtenir la décision au terme d'une bataille.

Formation : en général, les cuirassiers chargeaient par escadron sur deux rangs (une compagnie sur chaque rang, soit un front de soixante à cent mètres, cavaliers presque botte à botte) afin d’éviter la chute sur les chevaux abattus par le feu. Face à ce dernier (boulets, mitraille, balles), le maintien de la formation, aussi bien durant l’attaque qu’au cours du repli, requérait une instruction et un entraînement extrêmement poussés (voir Ordonnance pour la cavalerie, rédigée par ordre du maréchal Berthier, ministre de la Guerre, Paris, Magimel, 1813), car la charge était loin d'être la ruée sauvage qu'elle paraît ; pour être efficace, non seulement elle supposait des chevaux et des cavaliers longuement entraînés au combat et aux manoeuvres complexes, des officiers expérimentés ayant le fameux coup d'oeil et l'esprit de décision, mais encore elle devait, au grand galop sous le feu de l'artillerie et de l'infanterie, garder les alignements et les intervalles entre les escadrons, ce qui exigeait beaucoup de résolution et de sang-froid.

Citons l'Empereur à ce sujet : C'est dans la grosse cavalerie [carabiniers et cuirassiers] que doit être, au plus haut degré, la science de l'homme à cheval. [...] Cette arme, qui m'a rendu de si importants services, a besoin d'être bien instruite, et on peut dire que l'instruction fait tout. (Correspondance XII, au prince Eugène, 1806)

Les chefs d'escadron chargeaient à la tête de leur unité ; le colonel se plaçait là où il estimait être le plus nécessaire, le major à ses côtés ; les trompettes se tenaient un peu en arrière du centre avec leur brigadier, sauf si le colonel gardait ce dernier auprès de lui.

Contre la cavalerie ou l’infanterie en ligne, la charge des cuirassiers s’effectuait de même en ligne, parallèle ou oblique si le front adverse était plus étendu, à l'effet de lui ôter cet avantage en refusant une aile et en débordant éventuellement l'une des siennes.

Contre la cavalerie en colonne ou l’infanterie en colonne ou en carré, la charge des cuirassiers s’effectuait également en colonne, les escadrons se suivant l’un derrière l’autre à distance double de leur front, de sorte que le premier escadron ayant été repoussé, il pût se replier de part et d'autre, dégageant le front pour le deuxième escadron. Si celui-ci perçait l'ennemi, l'escadron suivant avait l'occasion de provoquer sa déroute en se jetant sur ses flancs. La charge contre une colonne ou un carré d'infanterie pouvait aussi être exécutée par échelons, c'est-à-dire en vagues successives, dans le cas d'un carré, dirigées surtout contre les angles, points les plus vulnérables.

Allure : en principe, la charge des cuirassiers se déroulait au trot, puis au galop sur les cent à deux cents derniers mètres au grand maximum afin de maintenir la cohésion de l’ensemble, de garder l’alignement pour accroître la violence du choc final, et aussi afin de ménager les chevaux qui devaient être en mesure de charger éventuellement plusieurs fois. Idéalement, la charge débutait au pas (environ 100 m/minute) ; ensuite, elle s’accélérait graduellement, passant du trot de plus en plus rapide (200 à 240 m/minute) au petit galop (300 m/minute) et, enfin, au grand galop (360 m/minute) juste avant de percuter l’ennemi.

Premier commandement pour la charge :
Garde-à-vous pour charger !
Sabre à la main !
Au trot !
Marche !

Second commandement pour la charge :
Au galop !
Marche !

Sonnerie pour la charge :
Chargez ! (grand galop)

Dans les faits, selon les situations et les chefs, le galop pouvait être pris à une dizaine de mètres seulement contre de la cavalerie ou à une cinquantaine de mètres contre de l’infanterie, sachant que les balles de celle-ci perçaient à coup sûr une cuirasse en deçà de cette distance, même si les fantassins visaient surtout les chevaux. Parfois, en fonction du terrain et de la fatigue, la charge ne consistait qu’en une avance massive au pas pour tenter de submerger l’ennemi comme à Waterloo où le général anglais Mercer décrit ainsi la charge des cuirassiers français contre ses batteries : Je vis, au travers de la fumée, les escadrons [qui progressaient] au trot rapide […]. […] le feu commença à mon commandement. La toute première salve jeta à terre un certain nombre d’hommes et de chevaux, mais [les cuirassiers] continuaient néanmoins à avancer à allure réduite, presqu’au pas, et il apparut qu’ils allaient nous submerger.

De plus, la raison aurait voulu que les cuirassiers ne missent le sabre à la main qu’au dernier moment afin de ne pas fatiguer inutilement leur bras et mieux conduire leur monture, mais l’on préconisait de brandir les sabres au plus tôt en vue d’effrayer l’adversaire par une rangée de lames étincelantes, et donner du cœur aux cavaliers. Ceux-ci, qui, pendant l’approche, se penchaient sur l’encolure pour éviter les projectiles, se redressaient soudain juste avant le choc, s'élevaient sur leurs étriers en agitant leur sabre (pointé au premier rang, croisé au-dessus de la tête au second) en poussant un hurlement, ce qui accentuait la vision terrifiante d’une masse déferlante dans le fracas des sabots et des trompettes !

Combat : si les cuirassiers frappaient ou piquaient les fantassins ennemis à coups répétés avec leur long sabre droit et pointu qui leur servait aussi à parer les coups de baïonnette, c’était dans les combats de cavalerie, contre les coups des sabres adverses, que leur cuirasse se révélait le plus utile.

Le général Thiébault résume ainsi la question : La plus grande force d’une cavalerie qui charge étant dans l’effet moral qu’elle produit, et dans son choc, et cet effet moral et ce choc ne pouvant résulter que de l’ordre et de la vitesse, tout doit être sacrifié à le maintenir et à la rendre toujours croissante, sans rien perdre de la régularité dans les rangs, dans la formation, dans les mouvements et dans l’attaque.

Quand Napoléon, impatient de ne pas voir avancer sa bataille vers la conclusion de la victoire, disait à Murat : « Sire, coupe-moi ça en deux ! » nous partions d'abord au trot, puis au galop ; une, deux ! L'armée ennemie était fendue comme une pomme avec un couteau. Une charge de cavalerie, mon vieux, mais c'est une colonne de boulets de canon ! (le chef d'escadron Genestas dans Le Médecin de campagne de Balzac)




Chant Les cuirassiers :

Au milieu de la bataille,
Sur les étriers de leurs grands chevaux,
Grisés par le sang, la mitraille,
Les cuirassiers chargent au galop.
C’est la charge, c’est la foudre,
C’est l’assaut dans le sang et dans la poudre.
L’ennemi s’enfuit, l’épée dans les reins,
Laissant tous ses morts sur le terrain.

Les cuirassiers sur les étriers
De leurs grands chevaux,
Pour mieux boire à la victoire,
Remettent vivement les sabres au fourreau.




Cuirassier Cerri et son cheval en 1978 (club d'équitation du 12e régiment de cuirassiers, 3e division blindée, Forces françaises en Allemagne).



Cuirassier Cerri devant le Quartier Turenne en 1978 : 12e régiment de cuirassiers, devise : In periculo ludunt (« Au danger mon plaisir » ; littéralement, « Ils jouent dans le danger  »).



Le 12e régiment de cavalerie (Dauphin-cavalerie*, l'un des plus anciens régiments de France) a reçu la cuirasse complète de sept kilos en 1803 lorsque Napoléon Bonaparte a constitué les douze premiers régiments de cuirassiers (avec le bandeau en peau d'ours des soldats d'élite). Depuis cette époque, le 12e cuir n'a cessé de s'illustrer sur les champs de bataille. Dans la grosse cavalerie de la Grande Armée, il a chargé avec succès entre autres à Austerlitz, à Iéna, à la Moskowa... Plus tard, à Solferino... Au cours de la Grande Guerre, sur l'Avre, sur l'Yser, à Saint-Mihiel... A la fin de la Seconde Guerre mondiale (les chars ayant remplacé les chevaux), à Paris, puis à Strasbourg... Le 12e cuir appartenait alors à la fameuse 2e D.B. du général Leclerc. La prestigieuse grande unité n'ayant pas encore été reformée au moment de mon service militaire, le 12e en maintenait cependant les traditions au sein d'une autre formation. Ainsi, avec un camarade photographe, ai-je été choisi pour représenter le régiment lors du 35e anniversaire de l'entrée de la 2e D.B. dans Paris fin août 1944...

En effet, d'octobre 1978 à octobre 1979, j'ai effectué mon service militaire national au sein de l'escadron de commandement et des services (E.C.S.) du 12e régiment de cuirassiers, l'un des deux régiments de chars de bataille de la 3e division blindée du 2e corps d'armée (Forces françaises en Allemagne). En sus de l'E.C.S., le régiment comprenait quatre escadrons de chars AMX 30 et un escadron d'engins blindés AMX 10 P.

Après mes « classes », j'ai été nommé responsable du journal régimentaire Dauphin* Actualités (rédaction et mise en pages). Dans ce cadre, j'ai réalisé différents reportages (dont un à Berlin) et j'ai aussi écrit des articles pour la revue divisionnaire Les Carnets du Rhin. Toutefois, mon poste de journaliste régimentaire n'existant pas en temps de guerre, j'ai également fait fonction de chef de groupe de combat sur engin blindé AMX 10 P d'accompagnement des chars au sein du 5e escadron. Dans ce cadre, j'ai suivi un entraînement militaire régulier (tirs réels : pistolet-mitrailleur, grenades à main, fusil semi-automatique, grenades à fusil, lance-roquettes) ; j'ai été, entre autres, instructeur radio et j'ai participé à plusieurs manoeuvres en Allemagne et en France...

* Créé le 24 mars 1668 par Louis XIV pour assurer la protection de son fils Louis, dauphin de France, le régiment a reçu l'appellation de Dauphin-cavalerie.


Page suivante.


Page précédente.


Table générale des matières.


Alain Cerri : E-mail.


page 14